Le livre du mois de février 2013

 

 

 

 

 

Daniel Vallauri, Audrey Grel,

Evelyne Granier et Jean-Luc Dupouey

 

 

 

Les forêts de Cassini

Analyse quantitative

et comparaison avec les forêts actuelles

 

 

 

 

 

 

Présentation (4e de couverture)

 

En 1747, Louis XV confie à Cassini de Thury la réalisation de la «  Carte générale et particulière de la France ». L’objectif est alors d'achever la mesure du Royaume et de déterminer la position des innombrables bourgs, villes, lignes principales constituées par les rivières et par les grands chemins. En 42 ans, 96% de la France actuelle mais aussi 1,8 millions d’ha en position frontalière ont ainsi été cartographiés. Les forêts y sont représentées sous différents figurés. Utilisée régulièrement par les forestiers pour avoir une idée de l’histoire d’une région forestière, cette carte n’a jamais été analysée dans son ensemble avec l’aide d’un système d’information géographique (SIG). La présente étude cherche à combler cette lacune, notamment dans le but d’explorer et de préciser son intérêt et ses limites pour les utilisations possibles (identification des noyaux forestiers anciens, étude de l’évolution des paysages, analyse des conséquences de l’ancienneté sur la biodiversité, la dynamique ou la fertilité…). Sur les parties du territoire francais actuel représentées par la carte de Cassini (52,6 millions d’ha), seuls 6,6 millions d’ha sont des forêts, soit un taux de boisement égal à 12,6%. Ce rapport et son CD-Rom, qui contient libre de droit les couches SIG redressées à l’échelle nationale, ne constituent qu’un début des analyses de l’ancienneté des boisements de France et présentent de nombreuses perspectives en termes scientifiques (histoire, sciences de la nature) ou de gestion et conservation des forêts.

 

 

Sommaire

 

Ce rapport se présente sous un double aspect, un rapport édité de 64 pages et un CD comportant les annexes numériques, inséré en fin d’ouvrage.

Le rapport présente successivement :  la carte de Cassini (p. 8) ; la méthode de digitalisation des forêts (p. 20) ; l’analyse critique des informations forestières de la carte de Cassini (p. 26) ; la méthode de comparaison avec les forêts actuelles (p. 34) ; la première approche de synthèse sur les forêts dans la carte de Cassini (p. 38) ; le devenir des forêts cartographiées dans la carte de Cassini (p. 44) ; la relation entre la présence de noyaux forestiers anciens et caractéristiques des peuplements forestiers (p. 54) ; les perspectives (p. 58).

Bibliographie (p. 62-64).

 

Le rapport peut être téléchargé.

 

 

Commentaire

 

Ce travail est particulièrement bienvenu. Il cherche à combler une lacune en se donnant pour objectif d’explorer et spécifier les forces et limites de la carte de Cassini pour des usages possibles aussi variés que l’identification des forêts anciennes, l’étude de la dynamique des paysages, l’impact de l’ancienneté sur la biodiversité, la dynamique et la fertilité des écosystèmes actuels…

Utilisant les 181 feuilles au 1:86 400 de la carte de Cassini géolocalisée, les auteurs ont digitalisé l’ensemble des contours forestiers, quelle que soit leur surface. Au-delà de la discussion de nombreuses questions d’ordre méthodologique (erreurs géométriques de la carte, qualité et exhaustivité de la représentation des forêts…), qui sont abordées dans le rapport complet, les quasi 50 000 polygones forestiers dessinés donnent une vision synthétique des forêts du royaume de France durant la seconde moitié du XVIIIe siècle.

 

De ce fait, un vaste champ de recherches et d’applications est désormais ouvert. L’information sur les forêts de la carte de Cassini est fiable à large échelle et pour les grandes forêts anciennes (évidemment plus faible et contestable à échelle détaillée, comme le montre la comparaison avec des cartes contemporaines). Mais, par rapport aux différentes cartes anciennes dessinant les forêts disponibles pour la France, la carte de Cassini présente des avantages (large échelle, date ancienne, facilité de digitalisation, bonne précision géodésique) malgré des désavantages certains (faible précision des contours et position des forêts, lacune dans les petits bois, date antérieure au minimum forestier). Des cartes plus récentes, datant du XIXe siècle, sont actuellement en cours de digitalisation dans certaines régions de France, conduisant à une information complémentaire et plus précise.

Cette étude n’est qu’à son début et ouvre de nombreuses perspectives sur la cartographie de l’ancienneté des forêts en France à large échelle. Elle est riche en perspectives scientifiques (histoire, sciences naturelles) et de gestion. Parmi celles-ci :

- Recherches dans les champs multiples de l’écologie historique (étude à large échelle de l’impact de l’histoire agricole sur la répartition actuelle d’espèces indicatrices, le stock de carbone des sols, la dynamique des habitats…).

- Conservation de la nature et aménagement forestier (identification des forêts anciennes et à haute valeur pour la conservation, congruence du réseau de protection, adaptation aux changements climatiques, délinéation des réseaux d’îlots de sénescence…).

 

NB - à la liste des sites sur lesquels on peut visualiser la carte de Cassini donnée page 18 de l’ouvrage, il faut ajouter le site « Géofoncier » de l’Ordre des Géomètres-Experts, où la carte de Cassini peut être mixée à diverses autres couches d’information, comme le plan parcellaire.

http://public.geofoncier.fr/

 

 

Exemple de mixage de la carte de Cassini et du plan parcellaire, ici au nord-est de Dole (Jura).

 

 

Gérard Chouquer, février 2013

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