Le livre du mois de mars 2012

 

 

 

 

António José Marques da Silva

 

Vivre au-delà du fleuve de l’Oubli

 

BAR International Series, Oxford 2012, 176 p.

 + environ 200 pages d’annexes (non paginées)

 

 

 

 

 

 

 

Présentation

 

L’ouvrage est la publication de la thèse de l’auteur, soutenue à Coimbra en 2008 devant un jury international. Elle porte sur une communauté villageoise, celle du Castro de Vieto, située au nord du rio Lima, dans le nord du Portugal actuel. L’auteur y a conduit des fouilles importantes en 2004 et 2005 et son travail tente de caractériser le village et ses habitants au moment de l’intégration de la partie nord-occidentale de la péninsule ibérique dans l’orbis romanum. On peut résumer ce travail en disant qu’à partir d’un dossier archéologique exemplaire, l’auteur cherche les voies de l’interprétation. Ce chemin lui permet de lever les contradictions des raisonnements habituels, de dire les doutes qui l’assaillent, de puiser dans les théories les plus récentes de quoi nourrir sa réflexion. En définitive, l’exercice s’avère particulièrement fructueux.

 

 

 

Sommaire

 

Abstract

 

Présentation

 

Chapitre I

Classer, compter, dater : les règles de l’art

 

Chapitre II

Le village ou la structure d’un système complexe : la communauté villageoise

 

Chapitre III

Une identité en construction

 

Chapitre IV

Communauté et territoire

 

Chapitre V

Appartenir à l’orbis Romanum

 

Remerciements

 

Encadrés

 

Bibliographie citée

Annexes

 

Table des annexes

 

Table des encadrés

 

 

 

 

L’auteur

 

António José Marques da Silva est un archéologue portugais qui a fait sa thèse à l’Université de Coimbra et participé à différentes opérations d’archéologie préventive au Portugal. Il a enseigné l’archéologie pendant plusieurs années à l’Université de Coimbra.

L’auteur est complètement bilingue et a choisi de réaliser et de soutenir sa thèse en français, devant un jury composé de professeurs espagnol, français et portugais.

 

Dans son post-doctorat, il a choisi d’explorer une thématique nouvelle, celle d’une épistémologie et d’une anthropologie comparées des traditions culinaires. Mais il affirme ainsi son goût profond pour l’anthropologie sociale, déjà présent dans sa thèse.  Ces nouvelles recherches seront prochainement publiées chez Errance-Actes-Sud.

 

 

Commentaire

 

La thèse d’António da Silva présente de nombreuses qualités. Elle repose sur une fouille exemplaire, importante, conduite dans des conditions qui paraissent avoir été excellentes, avec une problématique claire et une progression assurée. Le texte de fond de la thèse est relativement bref (environ 150 p), parce que l’auteur ne perd jamais de vue la préoccupation qui est la sienne, celle de réfléchir à partir de ses travaux et de ses découvertes de terrain. C’est ce qui le rend particulièrement lisible. Ce n’est pas une thèse exposant des données archéologiques et se contentant de cela, mais une thèse sur ce qu’on peut élaborer à partir d’un matériau archéologique. Les bases intellectuelles à partir desquelles le discours est soutenu sont donc particulièrement étudiées. Enfin, la documentation graphique et iconographique est remarquable, à la fois abondante et soignée.

 

Concernant la ligne de fond de la thèse, le sujet est le suivant : comprendre comment une communauté a vécu, selon quelle économie, avec quelle structure sociale, sur quel territoire et se demander sans cesse comment on peut parvenir à répondre à ces questions. Or, précisément, l’auteur mobilise des données en ayant clairement conscience que le matériau ne permet guère ou que très imparfaitement, de répondre directement aux questions posées, sauf si l’on s’autorise à introduire des changements significatifs dans le mode de raisonnement.

Dans ce domaine, la thèse démontre la capacité d’António José Marques da Silva à déplacer les termes habituels des problématiques, à résister aux effets des classements académiques. Ce que l’auteur appelle « observer comme le ferait un néophyte » est, en fait, une très perspicace façon de reformuler les questions.

 

Antoine da Silva a choisi de lire l’abondant matériau de sa fouille à la lumière d’un paradigme renouvelé qu’il choisit de d’explorer à partir de deux séries de travaux récents. L’une est la série des travaux archéologiques qui considèrent que les vestiges archéologiques ne sont pas le reflet exact de telle ou telle société, mais qu’ils sont plutôt ce que le temps a fait de ces vestiges, dans une résilience marquée des structures et des formes. L’autre est la série des travaux archéogéographiques qui posent la question de la dynamique des formes, de leur transmission à travers leur transformation, et donc de l’impossibilité de faire une lecture directe du très ancien à partir de la forme observable et observée.

 

 

GC mai 2012

 

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