Le livre de juillet 2011

 

 

Édité par Janken MYRDAL et Mats MORELL

 

The Agrarian History of Sweden

From 4000 bc to ad 400

 

 

Nordic Academic Press, 2011

 

 

 

 

 

 

Présentation

(adaptée de la présentation du livre)

 

L'ouvrage propose la première synthèse en anglais de l'histoire agraire de la Suède, du Néolithique à nos jours. Attentif aux productions autant qu'au niveau de vie des paysans, il met l'accent sur les hommes et les femmes qui ont mis la terre en valeur, sur les technologies qu'ils ont développées, et la façon dont ils ont cultivé le sol.

L'approche est chronologique. Les auteurs mettent en avant les liens entre les groupes sociaux, la distribution du travail et des responsabilités entre les hommes et les femmes, le niveau de vie du peuple Sami, et l'interdépendance entre l'agriculture et les autres activités économiques en Suède. Le tout est conduit avec le souci des comparaisons internationales.

Les auteurs sont les meilleurs spécialistes chacun dans son domaine et sa période.

 

Les éditeurs

 

Janken Myrdal et Mats Morell sont tous deux historiens économistes

 

Sommaire

 

 

Commentaires

 

Cet ouvrage de synthèse présente de multiples intérêts. Le premier est sans aucun doute la façon dont les responsables du volume ont découpé la matière et périodisé l'histoire agraire suédoise.

L'espace de référence pose évidemment problème car les frontières de la Suède actuelle ne se sont stabilisées que bien après le début de cette histoire. Il y a donc difficulté à faire entrer une histoire non nationale dans un cadre qui l'est. Les auteurs ne l'ignorent pas.

Un premier chapitre couvre le Néolithique et l'âge du Bronze, de 4000 à 800 av. J.-C. Un second rassemble la matière archéologique pour la période qui va de 800 av. J.-C. jusqu'à l'an mil, et qui représente une espèce de long âge du Fer nordique, qui va jusqu'à l'expansion de l'âge du fer tardif, de 700 à 1000 apr. J.-C.  Le chapitre 3 envisage la période du féodalisme et couvre la durée 1000-1700. Sa logique est déterminée par l'existence de nouvelles “sources” (écrites, donc). Le chapitre 4 est celui qui décrit la révolution agricole et qui resserre la période aux années 1700-1870.

Les chapitres 5 et 6, les plus denses, concernent respectivement la période 1870-1945 et 1945-2010.

Finalement, ce choix de périodes très larges au début et qui ne se resserrent qu'assez tardivement dans l'histoire, permet de tenir compte de la difficulté de l'exercice et n'empêche pas de décrire, au sein de chaque période, des rythmes différenciés de progrès ou de crise.

 

Le second intérêt est l'ensemble des paradigmes qui dominent la conception de l'ouvrage. On observe une conception évolutive que résume bien la succession dans le temps des systèmes sociaux, évoquée p. 268, en conclusion : société tribale, esclavage, féodalisme, capitalisme. Ces paradigmes sont évidemment en débat.

Ensuite, l'ouvrage offre, avec talent et ordre, des informations variées de type agronomique et social. Manquent cependant les “paysages” agraires (les morphologies), les dynamiques de longue durée, et les discussions les plus actuelles sur la façon de les décrire et de les comprendre. L'absence de toute représentation cartographique de formes agraires dans la plupart des chapitres, est frappante. On aurait aimé trouver, par exemple, une illustration cartographique du parcellaire de l'île d'Öland, site mentionné à plusieurs reprise dans l'ouvrage, puisqu'il a été classé au titre du patrimoine mondial de l'Humanité.

On sait les risques de cette absence, c'est que derrière la marginalisation de ce type d'approche ne se rencontre l'oubli d'objets historiques. On aurait aimé, par exemple, avoir des aperçus sur la colonisation agraire et ses effets sur la morphologie, aussi bien au Sud que dans les provinces plus septentrionales du pays où les formes et les usages diffèrent assez sensiblement. Les parcellaires visibles sur les diverses missions aériennes existantes y sont en effet caractéristiques et leur étude aurait aidé à mieux percevoir les différences régionales.

Ces choix sont dus, à l'évidence, aux orientations personnelles des éditeurs et des auteurs qu'ils ont réunis et aux habitudes de l'histoire agraire, plus statistique que géographique. Janken Myrdal et Mats Morell sont tous deux historiens économistes et les auteurs qu'ils ont réunis sont principalement historiens ou archéologues. L'un des auteurs, Mats Widgren est géographe-historien, mais cela ne suffit pas à faire pencher la balance vers une approche géographique susceptible d'équilibrer, dans l'ensemble du livre, les angles économiques, statistique, agronomique et archéologique qui caractérisent cette histoire. Un regret, donc, qui ne minimise pas l'intérêt de ce que cette synthèse apporte au fil des pages.

Les références étrangères que les auteurs exploitent sont inégales. On comprend bien la difficulté de ce genre d'exercice et la critique est à prendre avec nuances. Mais, si certains auteurs majeurs, notamment de langue anglaise, sont exploités avec raison (Chris Wickham), les références françaises sont anciennes (Marc Bloch, Georges Duby, Robert Fossier et Jean Chapelot, Maurice Aymard) et des auteurs essentiels manquent pour certains chapitres (Jean-Pierre Devroey, par exemple pour les chapitres 2 et 3 ; W.G. Hoskins, A. Fleming, H. Bowen et P. Fowler du côté des auteurs anglais ; J.-M. Moriceau, pour citer quelques exemples). Et quand des ouvrages récents sont cités, il arrive qu'il s'agisse de synthèses qui ont, elles-mêmes, une bibliographie en grande partie très ancienne (Mazoyer et Roudart 2006).

 

GC août 2011

 

 

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