Le livre de juin 2011

 

 

 

 

Simulacra Romae II

Rome et les capitales de province (capita provinciarum) et la création d'un espace commun européen.

Une approche archéologique

 

 

Bulletin de la Société Archéologique Champenoise, Mémoire n° 19, 2010

 

 

 

 

 

Présentation

 

 

Extrait de la préface de Ricardo Gonzalez Villaescusa

 

L’aventure Simulacra Romae remonte au début des années 2000, avec la mise en place d’une page web issue d'un network ou réseau informatique, financé par un projet européen dans le cadre de Culture 2000.

 

Ce projet réunit les équipes d’archéologues des différentes villes qui partagent le rôle de chef lieu d’une ancienne province de l’Empire Romain. L’objectif de ce projet était de réunir les connaissances et acteurs de la recherche sur les villes qui avaient formé un premier espace commun aux européens. Le site Simulacra Romae présente au grand public toutes les actualités de la recherche selon une double approche, à la fois scientifique et vulgarisatrice. Il s’agit de mettre à disposition des chercheurs et du grand public des études architecturales et des analyses historiques et archéologiques, ainsi qu’un matériel bibliographique. Les administrateurs du site proposent une mise à jour permanente des données et résultats à travers la réalisation de cartes archéologiques et de documents d’évaluation urbaine et des visites virtuelles des différents sites étudiés.

 

L’aventure Simulacra Romae c’est aussi un colloque qui s’est tenu les 12, 13 et 14 décembre 2002, dont les actes, édités en 2004 dans le volume “Simulacra Romae. Roma y las capitales provinciales del occidente europeo. Estudios arqueológicos, peuvent être consultés sur le site www.simulacraromae.net.

 

Le projet d’organiser une seconde session de conférences est né à Tarragone, ancienne capitale de province de la tarraconensis par une magnifique journée de juillet 2007 à la belle ville méditerranéenne  Simulacra Romae II devait réunir les participants de l’ancien projet et en accueillir de nouveaux qui n’avaient pas pu collaborer au premier colloque. Cette nouvelle édition devait présenter les données récentes recueillies sur l’urbanisme antique des anciennes capitales de province romaines et examiner les méthodologies d’approche des villes historiques à partir des problèmes soulevés par l’urbanisation actuelle.

 

L’ouvrage rassemble les communications du colloque Simulacra Romae II, organisé les 19, 20 et 21 novembre 2008 à Reims. Le choix d’adopter une démarche comparatiste à l’occasion de cette manifestation s’est naturellement imposé. Il s’agissait d’évaluer le processus historique de la romanisation à travers l'étude de différentes capitales provinciales. Tout au long de ces conférences, les intervenants, originaires de divers pays européens, nous ont fait visiter les actuelles villes de Lyon, Narbonne, Bordeaux, Trèves, Reims, Carthagène, Tarragone, Mérida, Braga et Rome et leurs sosies antiques : Lugdunum, Narbo, Burdigala, Augusta Treverorum, Durocortorum, Carthago Nova, Tarraco, Emerita Augusta, Bracara Augusta et, bien sûr, Roma.

 

Toutes ces villes n’ont pas nécessairement eu le même statut juridique, ni les mêmes chronologies et processus de fondation. En revanche, elles partagent leur nature de effigies parvae simulacraque (Romae) "images de Rome" en apparaissant comme d’authentiques exempla auprès des populations locales de leur environnement provincial. À travers leurs grands ouvrages et monuments publics (enceintes et portes, aqueducs, forums, thermes, théâtres, amphithéâtres, cirques, monuments funéraires et voies routières...), l'architecture de ces villes a toujours souligné la présence d'un "passé commun" dans l'histoire des différentes nations européennes.

 

Durant ces dernières années les villes ont été intensément étudiées à l’occasion de fouilles préventives liées aux aménagements contemporains. Les nouvelles méthodes de gestion archéologique développées dans la dernière décennie ont produit une grande quantité de données qui ne sont pas toujours convenablement exploitées. Parallèlement, de nouvelles formes de muséalisation et de revalorisation du patrimoine archéologique se sont mises en place.

 

L'intérêt pour Rome et son empire s’est révélé à différents moments et de diverses manières, par exemple au XIXè siècle avec le romantisme et le nationalisme lorsque des historiens qui avaient aussi la condition de politiciens comme T. Mommsem (1817-1903) ou M. Weber (1864-1920) se sont penchés sur le droit et les institutions romaines. Mais aussi sous un aspect plus superficiel bien que peut-être plus prégnant dans l'imaginaire des sociétés, avec le style second Empire, la naissance de l'urbanisme avec Ildefonso Cerdà (1815-1876), ou l'urbanisme parisien de Haussman (1809-1891), et, enfin, l'institutionnalisation de la colonisation lors de la conférence de Berlin (1884-1885). L'autre moment est probablement la période actuelle. L'intérêt de l'Union européenne pour ce projet en est la preuve. Les vestiges de ces villes doivent en effet être montrés au grand public sous un prisme commun qui nous aide à comprendre les origines de l'idée d'Europe et une toute première ébauche de ce qu'on appelle maintenant la mondialisation. Nous sommes aussi dans l’époque du postmodernisme et du relativisme épistémologique qui influencent les plus récentes approches de la romanisation. Il faudra donc certainement entreprendre un jour l’histoire de nos propres recherches.

 

Il est maintenant temps de comprendre les nuances et différences que chaque ville apporte au modèle commun, lequel s’est peut-être moins imposé que ce que nous pouvions penser jusqu’à présent. En effet, il s'agit probablement d'une utopie de la pensé colonisatrice romaine, plus appliquée hors de Rome qu’à Rome même, ou bien, appliquée d'une manière synchrone à Rome et dans ses provinces.

 

Durant les rencontres de novembre 2008 d'importantes interventions se sont succédé. Chacune à leur manière insistait sur la nécessité de revaloriser le patrimoine archéologique afin d’affiner nos connaissances sur la ville selon des problématiques qui "prennent en compte l’ensemble de l’espace urbain comme objet d’étude unique", pour reprendre les mots de R. Neiss dans sa communication sur Reims. Cette approche qui vise à éviter l’accumulation positiviste des données permet de réinterpréter d’anciennes fouilles. C’est ce qu’illustrent la mise en valeur et la reconstruction des fora impériaux de Rome, lorsque les deux intervenantes évoquent la pratique d’une "archéologie de l'archéologie", passant par la "fouille" des dépôts archéologiques pour montrer au public les nouvelles connaissances acquises de cette manière; ou encore les exemples des "marchés de Trajan" de Rome qui ont été réinterprétés et du sanctuaire dédié au culte impérial à Bordeaux. C'est aussi ce dont témoignent les nouvelles interprétations de la topographie monumentale de l'ancienne ville de Narbonne avec la réalisation d’un SIG au service de la compréhension de la ville.

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Les éditeurs

 

Ricardo González Villaescusa est professeur d'archéologie à l'Université de Nice-Sophia-Antipolis

Vincent Barbin est professeur de géologie à l'Université de Reims Champagne-Ardenne

Joaquín Ruíz de Arbulo est chercheur de l'Université de Lleida en Espagne

Ricardo Mar Medina est chercheur de l'Université Rovira i Virgilii de Tarragona en Espagne

 

 

Sommaire

ÍNDICE / TABLE DES MATIÈRES

R. GONZÁLEZ VILLAESCUSA, J. RUIZ DE ARBULO ..... Proemio

Milella MARINA, Il tempio di Venere Genitrice et le novità archeologiche sul Foro di Cesare

Lucrezia UNGARO,  Roma: Il Museo dei Fori Imperiali nei Mercato di Traiano. Un quartiere antico da raccontare architteture da mostrare

R. Mar, J. RUIZ DE ARBULO, D. VIVÓ, El foro de la colonia Tarraco entre la República y el Imperio

J. F. MURILLO, Colonia Patricia Corduba hasta la dinastía flavia. Imagen urbana de una capital provincial

S. F. RAMALLO ASENSIO, E. RUIZ VALDERAS, Carthago de Hispania, emporio comercial del Mediterráneo occidental

M. MARTINS, L. FONTES, Bracara Augusta. Balanço de 30 anos de investigaçâo arqueológica na capital da Galécia Romana

E. DELLONG, Narbo, la ville et son proche territoire dans l'Antiquité: pour une approche renouvelée des espaces littoraux

D. BARRAUD, CH. SIREIX, Burdigala à la lumière des nouvelles découvertes

A. DESBAT, Nouvelles données sur la topographie de Lugdunum

R. NEISS, REIMS. Quelques acquis récents de la recherche archéologique

M. TRUNK, Augusta Treverorum - Débuts et développement d'une métropole

R. GONZÁLEZ VILLAESCUSA, Reims capitale de la Gaule Belgique et le réseau des villes de la province. Un essai.

 

 

Commentaires

 

Simulacra Romae, “images de Rome”, au sens des apparences ou représentations de la Ville, ce sont ces villes des provinces romaines qui sont de “petites” Rome dans leur région, à l'image de l'Urbs. De ce fait, il est logique et tentant de rechercher tout ce qui peut contribuer à la romanité de ces capitales provinciales, plus romaines même par la régularité et la monotonie de leur plan que la Rome qui leur sert de modèle.  Le sujet comparatif de ce volume est donc l'appréciation du degré et des formes du processus de la romanisation urbaine

Le réseau du même nom réunit les archéologues qui ont souhaité échanger leur expérience et établir des comparaisons. 

Le critère du "premier espace commun européen", présenté dans le livre, peut être discuté et renversé : on est en présence d'une manifestation scientifique que l'Europe encourage et finance parce qu'elle réunit des partenaires européens et contribue à forger l'identité commune... actuelle. Que Rome, en tant repère majeur de la mémoire commune, soit invitée à participer au processus est habituel de la forgerie courante des identités. Mais sans plus... L'espace commun de Rome est surtout méditerranéen.

 

On commentera brièvement ce livre principalement archéologique, du point de vue de l'apport que cette série de monographies peut offrir à la pratique de la morphologie urbaine. La difficulté principale pour réaliser une étude de morphologie d'une ville ayant été une ville romaine et dont l'urbanisation a été permanente jusqu'à nos jours, est la compilation de l'information archéologique sur des bases suffisamment précises et géoréférencées pour pouvoir être exploitées. L'idée est donc excellente de réunir différents spécialistes et, dans une perspective comparatiste, de les inviter à rédiger des articles de mise à jour des connaissances. C'est ce qui est fait ici pour une douzaine de sites majeurs dont le sommaire donne la liste.

Les plans antiques des capitales de province ne brillent pas tous par l'originalité. Rome, Lyon, on le sait, font exception. Mais partout ailleurs, ou presque, le damier s'impose comme forme générale, quelquefois en deux trames juxtaposées, comme à Corduba.

L'intérêt des notices plus ou moins détaillées que le livre propose est d'offrir des points de référence pour tenter de comprendre comment on peut passer de formes urbaines antiques régulières à des formes postérieures différentes, adoptant une autre régularité ou même devenant irrégulières. Les chercheurs désirant conduire une analyse des formes urbaines trouveront donc ici ou là des matériaux utiles à compiler et à intégrer à un raisonnement sur la dynamique morphologique.

Il serait particulièrement intéressant qu'une troisième édition de ces simulacra Romae débouche sur un programme de morphologie comparative dans lequel on parlerait, cette fois, comme parlent les spécialistes de morphologie et d'urbanisme : orientations, mesures, types de plan, transmission, transformation, types de dynamiques et durées de ces dynamiques.

 

 

GC juillet 2011

 

 

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