Le livre de juillet 2010

 

 

 

Anaïs ROUMÉGOUS

 

ORANGE ET SA RÉGION

84/3

 

Collection Carte archéologique de la Gaule, Pré-inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel Provost, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Maison des Sciences de l’Homme, Paris 2009, 372 p.

 

 

 

Orange

 

 

Présentation de l’ouvrage

 

Ce troisième volume de la Carte Archéologique du département du Vaucluse est consacré à la ville d’Orange et à ses environs (communes de Bollène, Caderousse, Camaret-sur-Aigues, Chateauneuf-du-Pape, Grillon, Jonquières, Lagarde-Paréol, Lamotte-du-Rhône, Lapalud, Mondragon, Mornas, Orange, Piolenc, Richerenches, Sainte-Cécile-les-Vignes, Sérignan-du-Comtat, Travaillan, Valréas, Violès, Visan).

 

 

Table des Matières

 

Préface

Bibliographie

 

Chapitre I, Géographie

La vallée du Rhône (R. Grosso)

Le paysage fluvial (C. Allinne)

 

Chapitre II Historiographie

Histoire de la recherche (A. Roumégous)

Le Musée d’Orange (M. Woehl)

 

Chapitre III, la Protohistoire (P. Boissinot)

 

Chapitre IV  Le Haute Empire

Cadre historique (X. Lafon)

Le territoire de la colonie (A. Roumégous)

Le réseau routier (A. Roumégous)

Les plans cadastraux et la centuriation (C. Jung)

L’occupation du territoire rural (A. Roumégous)

Orange antique, Urbanisme et habitat (J.-M. Mignon)

Productions et échanges (Ph. Prévost ; J. Roussel-Ode)

Les Nécropoles (I. Doray)

 

Chapitre V Antiquité tardive

L’occupation tardo-antique (A. Roumégous et J.-M. Mignon)

Les nécropoles (I. Doray)

 

Pré-inventaire archéologique (p. 145-330)

 

Index alphabétique

Index thématique

Index des communes

Index des lieux-dits et rues

Index des figures

 

Cartes communales

 

 

Contributeurs de l’ouvrage

 

L’ouvrage est un travail collectif réunissant de nombreux chercheurs :

L’auteur principal est Anaïs Roumégous, allocataire de recherches pour la CAG et attachée temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université d’Aix-Marseille.

 

Auteurs des synthèses

Cécille Allinne, maître de conférences, Université de Caen

Philippe Boissinot, EHESS

Isabelle Doray, Service Archéologique du Département du Vaucluse

René Grosso

Cécile Jung, INRAP

Xavier Lafont, professeur à l’Université de Provence

Jean-Marc Mignon, Service Archéologique du Département du Vaucluse

Philippe Prévôt, Doctorant allocataire, Université de Provence

Jannick Roussel-Ode, docteur de l’Université de Provence

Marise Woehl, conservatrice du musée d’Orange

 

Auteur de quelques notices

Guillaume Hairy (société Archéodunum) 

Michel Janon, Xavier Lafon, Jean-Louis Paillet (IRAA)

Dominique Tardi, Jean-Charles Moretti, Alain Badie (IRAA)

 

Commentaires

 

La situation d’Orange est originale par son déséquilibre. Alors qu’on ignore la date exacte de la fondation coloniale (la conjecture la meilleure étant vers 36 ou 35 av. J.-C.), alors qu’on ignore à peu près tout de l’oppidum antérieur et des raisons qui l’ont fait retenir, le site a fourni une documentation tout à fait exceptionnelle, d’une part avec les monuments urbains, d’autre part avec l’ensemble des documents cadastraux trouvés dans le sous-sol de la ville. L’ouvrage d’Anaïs Roumégas rend parfaitement compte de cette situation.

On soulignera tout d’abord quelques points forts concernant l’ensemble de l’ouvrage. À commencer par sa richesse documentaire : le livre offre de nombreux documents anciens qui permettent de comprendre l’évolution du site et l’histoire de la recherche. Ensuite, la présence de cartes communales, cartographiant l’emplacement de toutes les découvertes dont les centaines de notices du texte donnent la description, offre un grand intérêt par rapport à d’autres volumes de la collection qui n’en disposent pas.

Les circonstances de la découverte des centaines de fragments de marbre sont rappelées à la notice 88 de la commune d’Orange. Mais l’absence d’une présentation de synthèse des marbres d’Orange, qui peut se comprendre étant donné l’ampleur du matériel, reste cependant regrettable. Leur relecture ayant fait l’objet de plusieurs publications dispersées, principalement de la part de Michel Christol, il aurait été utile d’en avoir un exposé d’ensemble par cet auteur.

 

Ces inscriptions sont cependant bien présentes dans les commentaires ce qui offre un autre des intérêts du volume. Plusieurs auteurs s’y arrêtent. La présentation de Xavier Lafon est assez générale (p. 76-79), mais très utile pour fixer quelques idées essentielles, à savoir que la fondation est liée à l’histoire mouvementée d’une IIe légion dite Gallica qui a été démobilisée, et que les inscriptions cadastrales « intéressent un territoire qui va bien au-delà du territoire colonial ». Il a surtout le mérite de rappeler, de façon très opportune, que deux logiques complémentaires sont envisageables pour comprendre la question, l’une traditionnelle et territoriale, l’autre purement foncière.

Philippe Boissinot, traitant de la période protohistorique, reprend les éléments traditionnels, issus des textes anciens et que Guy Barruol avait utilisés dans sa synthèse, pour montrer que leur lecture peut être nuancée : imprécision des limites ; difficulté à bien saisir les contours de la confédération cavare. Anaïs Roumégous tente une brève description du territoire de la colonie, utilisant les documents d’Orange.

C’est à Cécile Jung qu’on doit l’article le plus approfondi, qui constitue une synthèse des connaissances et des hypothèses à la date de l’article. C’est, semble-t-il, la première fois qu’une synthèse développée fait le lien entre les questions épigraphiques et juridiques, les informations morphologiques et les résultats archéologiques. Il en résulte un tableau particulièrement convaincant, notamment pour le “cadastre B”, le mieux connu. À une échelle rarement mise en œuvre ailleurs, il est possible de voir ce que l’arpentage initial provoque dans le domaine de la planimétrie agraire et de la dynamique de long terme. Quant à la part toujours hypothétique du dossier, Cécile Jung a raison de rappeler que la richesse de l’information est inouïe et qu’il reste de nombreux points à approfondir.

Je formulerai deux réserves et je répondrai à une question :

- dans la carte de la figure 30, le bloc de centuries le plus méridional aurait pu être relocalisé et remonté dans le massif d’Uchaux, afin de suivre les excellentes remarques formulées par Jean-Louis Ballais et Joël-Claude Meffre (1996) ;

- dans le texte concernant les catégories de terres, il faut mentionner que les terres dites RP (res publica), ont été interprétées différemment par F.T. Hinrichs. Alors que Piganiol et Saumagne y voyaient, en effet, des terres restées au peuple romain, Hinrichs (1989, p. 154) a rappelé que ce n’était pas le cas. La terre restant au peuple romain, donc à l’État, est dite res populi romani. Ici, on se trouve en présence d’une mention de loca publica, renvoyant bien à l’essentiel du dossier : restaurer la base foncière et fiscale des revenus de la res publica Secundanorum.

Enfin, il faut répondre à une question que me pose Cécile Jung lorsqu’elle écrit : « aucun argument rédhibitoire contre le calage [de la grille du C] proposé par Piganiol n’est cependant donné » (p. 95). L’argument principal pour refuser cette proposition est le suivant : le travail de R. Amy, le cartographe d’André Piganiol, est un travail de pure topographie fondé sur une hypothèse : caler les insulae Furianae entre Caderousse et Roquemaure. Ensuite, pour justifier de l’orientation retenue, Piganiol écrit superficiellement : «  on peut observer dans la partie méridionale et orientale de la plaine d’Orange, la fréquence des lignes topographiques qui supposent un quadrillage orienté à 7 ½ grades Ouest » (p. 271). Malheureusement, cette mention n’est pas à l’origine d’une étude morphologique et le résultat est que ce qui manque à la proposition de Piganiol, c’est précisément l’essentiel, à savoir une grille de centuriation... Comme l’examen détaillé de la morphologie m’a conduit à observer que dans leur localisation de la grille de la centurtiation B les auteurs n’avaient pas tenu compte de la morphologie agraire, mais uniquement de la topographie, alors que les éléments pour faire ce travail sont évidents (ce qui explique une légère distorsion de leur grille par rapport aux réalités), j’en ai déduit que pour un cas plus difficile à trancher, on ne pouvait pas leur faire confiance. En outre, pour rester au simple plan de la topographie, ils n’ont rien proposé de pertinent pour la fossa Augusta, pour la route oblique située près du croisement du decumanus maximus et du kardo maximus ; ils n’ont pas d’hypothèse pour le vicus mentionné dans la zone des insulae Furianae, etc.

 

L’article de Cécile Allinne sur le “paysage fluvial dans l’Antiquité” retient particulièrement l’attention. Appuyé sur la présentaiton géographique et géologique de René Grosso, cet article rassemble et cartographie les recherches de l’auteure sur la morphologie fluviale. Elle démontre, par exemple, que la question du tracé de l’Aygues à l’époque antique ne peut pas uniquement reposer sur les spéculations autour des fragments 104 et 105 du plan cadastral B (ce qui revient à une approche seulement topographique de la question), mais doit prendre en compte une approche hydromorphologique (approche plus globale et morphologique). Il faut connaître les rythmes d’activités de la rivière dans l’Antiquité, en étudiant la nature des dépôts alluviaux, calmes ou perturbés. Précisément, ceux-ci donnent des indications générales, mais rien ne permet de conclure directement quant au tracé de l’Aygues à l’époque romaine.

L’excellente carte de synthèse de la figure 9 rassemble ce qui est connu. Elle conduit à mettre en évidence les fortes contraintes hydrologiques du site, ce qui n’a pas empêché son choix pour installer la colonie de vétérans.

 

Le sujet de l’urbanisme d’Orange fait l’objet de l’exposé de Jean-Marc Mignon. Sa conclusion est que si Orange dispose bien d’un plan colonial régulier, que de nombreux vestiges archéologiques indiquent avec précision, il n’est cependant plus possible de conserver les plans plutôt idéalisés qui figuraient dans les anciennes publications. Le plan de la figure 41 rassemble les données. Pour la partie de la ville située au nord de la colline, en plaine, le schéma actuel situe 7 axes ouest-est (appelés decumani) et 4 axes sud-nord (appelés kardines). Il y en avait sans doute d’autres, mais la restitution des axes manquants serait très spéculative. Cet urbanisme régulier de la partie centrale et septentrionale de la ville est d’autant plus remarquable que la muraille, désormais assez bien connue, est toujours en disposition oblique par rapport à l’orientation de la trame viaire.

On sait que c’est par pure convention que les axes urbains d’une ville antique sont nommés par les historiens, les archéologues et les urbanistes kardo et decumanus. Comme en témoignent Vitruve et encore Isidore, à la fin de l’Antiquité, les noms habituels des rues sont platea pour les voies les plus larges, et angiportus pour les voies plus étroites. Kardo et decumanus sont des mots de l’arpentage agraire. En outre, on pourrait convenir de ne les employer que dans le cas où leur prolongement dans la campagne dessinerait les axes majeurs du carroyage d’une centuriation. Or, dans le cas d’Orange, l’orientation urbaine (qui tourne autour de 15° 45’ à l’ouest) n’est pas l’une de celles qui ont été retenues pour les diverses centuriations.

Dans la partie méridionale de la ville, les effets déterminants de la colline se font sentir et les orientations s’adaptent à la courbure du piémont. C’est ce qui provoque, par exemple, la rupture d’orientation des axes nommés par l’auteur k1 et k2 à l’est et l’orientation de celui nommé k4 à l’ouest.

GC juillet 2010

 

Bibliographie

 

Guy BARRUOL, Les peuples préromains du sud-est de la Gaule, Étude de géographie historique, 1er supplément à la RAN, Paris 1969, 408 p. (réédition en 1975).

Focke Tannen HINRICHS, Histoire des Institutions gromatiques, Recherches sur la répartition des terres, l’arpentage agraire, l’administration et le droit fonciers dans l’Empire Romain, trad. D. Minary, Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris 1989, 268 p.

Joël-Claude MEFFRE et Jean-Louis BALLAIS, Le cadastre B d’Orange et la géoarchéologie du cours inférieur de l’Aigues et du Bois d’Uchaux. Pour une nouvelle localisation d’un fragment du plan antique, dans G. Chouquer (dir), Les formes du paysage, t. 2, Ed. Errance, Paris 1996, p. 67-80.

André PIGANIOL, Les documents cadastraux de la colonie romaine d’Orange, XVIe suppl. à Gallia, Paris 1962.

 

 

 

 

 

 

Accès privé