Le livre d'octobre 2009

 

Antoon CORNELIS MIENTJES

Paesaggi Pastorali

Studi etnoarcheologico sul pastoralismo in Sardegna

CUEC Editrice, Cagliari 2008, 264 p.

 

Paysages pastoraux.

Etudes ethnoarchéologiques sur le pastoralisme en Sardaigne

 

 

 

 

 

 

 

La table des matières

 

(Traduction résumée du sommaire)

 

I - Introduction. Archéologie des paysages en Sardaigne.

 

II - Archéologie et ethnographie du pastoralisme en Europe méridionale.

 

III - L'économie pastorale dans l'île de Sardaigne. Un cadre introductif.

 

IV - Le temps et le paysage. Une chronologie archéologique des pratiques rurales et une histoire de “localité”.

 

V - Les paysages ruraux à Fonni et à Solarussa. Une prospective socioarchéologique.

 

VI - Fonni : une vision historique et ethnohistorique de la vie rurale aux XIXe et XXe siècle.

 

VII - Observations de conclusion.

 

Note bibliographique

 

Annexes

 

Bibliographie

 

 

Présentation de l'ouvrage

 

(D'après la couverture du livre)

 

Le pastoralisme comme type d'économie rurale n'a pas souvent été l'objet de la recherche archéologique. En effet, l'opinion courante est que l'archéologie peine à reconnaître les traces de la culture matérielle de la société pastorale. Dans ce livre, l'auteur, attentif aux caractéristiques matérielles et sociales de ce type d'économie, relève l'insuffisante attention accordée par les archéologues au phénomène du pastoralisme de l'antiquité. L'étude présentée en fait la démonstration : c'est une étude athnoarchéologique du pays sarde de Fonni et de son territoire, dans les montagnes de la Barbagia. L'auteur accorde une attention toute particulière au caractère transhumant de cette économie pastorale.

Le matériel archéologique soumis à l'étude date des XIXe et XXe s. Il est analysé comme élément du paysage, et mis en relation avec les faits historiques et ethnographiques. L'étude se concentre sur l'interaction entre développements socioéconomiques et développements politiques, aux niveaux local, national et international. Elle cherche, à la lumière de ceux-ci, une explication des caractéristiques matérielles du paysage et de ses transformations. Les thèmes centraux sont la relation entre l'usage agricole de la terre et l'usage pastoral, les divers marchés des produits de l'élevage et l'influence de l'État et de son administration sur l'usage de la propriété de la terre.

 

Le livre d'Antoon Cornelis Mientjes est somptueusement édité par la Coopérative Universitaire Éditrice de Cagliari. Initialement écrit en anglais, il a été traduit en italien par Maria Beatrice Annis.

http://www.cuec.eu/?p=593

 

L'auteur

 

Diplomé de l'Université de Leiden en archéologie, Antoon Cornelis Mientjes a soutenu sa thèse en 2002 à l'Université de Wales (Lampeter) sur cette recherche ethnoarchéologique concernant les paysages pastoraux de Sardaigne. Il travaille actuellement comme chercheur à la Vrije Universiteit d'Amsterdam, se consacrant à l'étude des paysages postmédiévaux de la Sicile centrale.

 

Le pastoralisme comme “mode de production”

 

À la recherche d'un “mode de vivre” pastoral, les populations paysannes de Sardaigne ont façonné un paysage et laissé des vestiges qui attendent leur analyste. Ces vestiges sont partout. Sur ce point, la position théorique de l'auteur est de penser que ce ne sont pas les données qui font défaut mais plutôt l'absence ou l'impossibilité de l'analyse.

Dans une première partie, l'auteur se lance dans une archéologie et une ethnographie du pastoralisme en Europe méridionale. Il définit le "mode de vivre" pastoral (notamment à travers les travaux de Claudia Chang), évoque la notion d'élevage en étudiant le critère de dépendance et celui de mobilité (p. 25-27), et se demande si le pastoralisme est un "mode de production" (p. 27 et sv). Le développement de sa réflexion le conduit à penser, à la suite des travaux de T. Ingold et E. Terray en Angleterre, de M. Godelier en France, que le pastoralisme peut être étudié selon cette grille. Par exemple, il reprend l'idée selon laquelle la distribution et la circulation des produits dépendent de la distribution des moyens de production (animaux, terre, travail) et de l'accès à ceux-ci.

Le développement théorique conduit l'auteur à évoquer une combinatoire de plusieurs modes de production. Suivant C. Meillassoux, il évoque la distinction entre système tribal à village collectif et distribution égalitaire, et système lignager avec propriété collective mais où une personne plus âgée garde les moyens de production en faveur du groupe. Le terme de coprésence ne lui paraît pas adapté car les modalités sont dynamiques et un mode de production peut en dominer un autre et la situation ensuite se modifier. La démonstration de cette dynamique des modes de production est tentée dans un passage concernant Fonni (VI, 2, 2, 2).

Mais l'élevage est aussi un genre d'activités et une pratique productive. C'est ici qu'intervient l'archéologie du pastoralisme. Celle-ci est évoquée à travers l'archéozoologie, l'identification des sites pastoraux, les données palynologiques, ainsi qu'une une étude de la distribution géographique des artefacts (distribuzioni extrasito ou off-site distributions) pour révéler à la fois la mobilité pastorale et le commerce à longue distance. Cette dernière partie de l'étude apparaît majeure, parce qu'elle est jusqu'ici la plus difficile à mettre en œuvre.

La mobilité du mode pastoral de vivre et de produire est-elle le résultat d'une adaptation écologique ou historique ? La transhumance est-elle le résultat des variations climatiques ? Actuellement, beaucoup de chercheurs cherchent plutôt les explications du côté des contextes économiques et politiques des marchés urbains et de la société de type étatique aux époques médiévale et post-médiévale. Par exemple, le pastoralisme corse ou sarde aurait plus à voir avec l'insécurité des côtes (piraterie et malaria) qu'avec une dynamique écologique.

Progressivement le projet du livre se dessine : tenter une ethnoarchéologie et une étude de la culture matérielle pastorale dans un contexte géographique ; mettre le paysage au centre de la recherche et ne pas le traiter comme un fond passif ; adopter le concept post-processuel de paysage culturel.

 

 

Socioarchéologie du paysage rural

 

Ne pouvant reprendre tous les développements du livre, il paraît intéressant d'insister sur le chapitre 5 qui en forme, en quelque sorte, le cœur. À partir des résultats de la prospection, et notamment d'une étude des champs et des enclos de pierre sèche de Fonni et Solarussa, l'auteur tente une mise en relation de l'information historique avec les observations du terrain. Mais on regrettera que les figures des pages 102, 110, 119, 140, 156, etc. soient fortement schématisées. Il y avait une opportunité pour réaliser une étude des paléo-planimétries et cette occasion est manquée. De même manque une exploitation des images aériennes, lesquelles révèlent des formes fossiles qui auraient pu entrer dans la documentaiton de l'auteur. En voici un exemple sur le territoire de la commune de Solarussa, au  nord-ouest du village.

 

Formes pastorales fossiles au nord-ouest de Solarussa (Sardaigne). Échelle linéaire de 300 m. Cliché Google Earth, traité.

 

 

Ces remarques n'obèrent pas l'intérêt de la réflexion. Des observations intéressantes sont produites au sujet des enclos à bétail, des sites pastoraux, de leur agglomération en véritables “complexes” (ensembles aurait suffi ?), de la morphologie des chemins. Il est intéressant de relever, à Fonni, un exemple d'empilement de pierres, de forme conique, qui est interprété par l'auteur comme un probable signe de limite territoriale (p. 137, fig. 5. 31). Cet exemple fait immédiatement penser aux scorofiones ou scorpiones des textes des arpenteurs romains.

 

Fonni (Sardaigne), pile de pierres. Cliché Antoon Cornelis Mientjes

 

 

Le passage des observations archéologiques aux interprétations paraît être la pierre angulaire du travail. Son étude est particulièrement importante dans la mesure où elle peut offrir des points de comparaison pour des périodes plus anciennes, privées de documents écrits. Existe-t-il des structures et des formes qui soient caractéristiques de l'usage communautaire du sol ? La mise en œuvre par l'auteur d'une « archéologie de l'usage communautaire de la terre » (p. 138 sq) le conduit à identifier des “complexes” : par exemple un enclos central et quatre ou cinq petits enclos périphériques (fig. 5.34 et 5.38) ; un cluster d'enclos, pour reprendre le terme anglais (fig. 5,36) ; etc. Ensuite, l'étude du cadre ethno-historique lui permet, pour les mêmes zones, de définir le statut juridique et territorial de la zone au XIXe s (voir p. 146 sq), de connaître de cas de conflits d'usage du sol avec d'autres communautés, d'évoquer des exemples d'associations de pasteurs (forme de contrat nommée soccida), p. 150), etc. 

L'étude de la vie rurale du village de Fonni, qui occupe le chapitre 6, développe encore plus les aspects historiques et ethno-historiques de l'étude. L'auteur y découvre des classes rurales à la définition moins rigide que ce que dit la pensée marxiste orthodoxe. Cela le conduit à une réflexion d'ensemble sur la société villageoise et le mode de production, dans laquelle il met en valeur, pour comprendre la modification des structures, autant l'action des forces internes que la seule réceptivité aux processus extérieurs de plus vaste échelle (p. 187-192).

 

En définitive, ce livre est une belle entreprise interdisciplinaire associant archéologie moderne, ethnologie et histoire au service d'une connaissance de l'économie pastorale de la Sardaigne aux XIXe et XXe s.

 

La bibliographie de l'ouvrage est riche, principalement anglaise et italienne. Lorsque l'auteur cite des auteurs français, il se limite aux grands anciens (Febvre, Braudel, Le Lannou, Le Roy Ladurie). On aurait aimé que l'auteur utilise des travaux les plus récents, notamment ceux des archéologues, et cite, à propos de l'élevage et des structures pastorales, des noms comme  ceux de Gaétan Congès, Philippe Leveau, Jean-Pierre Brun ou de Christine Rendu.

GC - 3 novembre 2009

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