Le livre de juillet 2009

 

 

Laurent LASNE

Géomètres et arpenteurs d’utopies, Une histoire de l’ATGT, préface de Bertrand Delanoë, ed. Scopedit, Auxerre 2002, 128 p.

 

 

 

 

 

 

 

LA TABLE DES MATIÈRES

 

Préface de Bertrand Delanoë, maire de Paris

 

Un jour d’été

 

L’esprit rebelle

 

Organisation : la révolution permanente

 

Les années d’expansion

 

Une nouvelle donne

 

Des plans sur la comète

 

 

Histoire d’un état d’esprit rebelle

 

C’est un ouvrage différent de ceux qui sont habituellement présentés sur ce site qui a été choisi comme livre du mois de juillet. Ce n’est pas un travail universitaire, mais le récit d’une expérience originale à plus d’un titre, celle d’une coopérative devenue la première entreprise de son secteur d’activités en France.

 

Dans la profession de Topographe-Géomètre, l’ATGT (Association de topographes-géomètres et techniciens d’études) a été la première coopérative de production (ou Scop) dans cette profession, créée en mars 1947 par des militants syndicalistes communistes ou proches du parti communiste qui s’étaient connus au syndicat CGT des employés géomètres dans les années 1935-36 (mais l’un des fondateurs et le premier dirigeant de l’entreprise, Pierre Cordier, quitte le parti communiste français en 1952, en désaccord avec la politique conduite en URSS). Créée contre l’ordre des Géomètres, qui ne reconnaissait pas alors son existence comme entité collective, l’ATGT voulait défendre une organisation autogestionnaire pour faire valoir l’idée qu’un autre rapport au travail était possible. À la place du patron, elle substituait le collectif de salariés associés. L’ATGT mettait en œuvre l’idée de Paul Ramadier qui voulait faire le plus large appel possible aux coopératives de tous ordres. Son histoire est indissociable de la reconnaissance de la première convention collective de la profession, en 1946. Ensuite, il fallut environ 40 ans pour éteindre le contentieux avec l’Ordre des Géomètres-Experts.

 

Aujourd’hui, l’ATGT est devenue la première entreprise de géomètres-experts de France, employant 160 personnes en 2007 et assurant des missions de géomètre-expert, d’ingénieur conseil et de juriste. L’entreprise fonctionne toujours sur les principes démocratiques et coopératifs qui ont présidé à sa naissance, même si les brevets de militantisme ne sont plus la condition pour intégrer l’entreprise et accéder à sa direction comme ils l’étaient du temps des fondateurs. Tout ceci ne va pas sans interrogations - par exemple chaque fois que l’entreprise est conduite à racheter divers cabinets de géomètres-experts - ni sans contradictions - quand on songe à la montée en puissance de l’esprit individualiste, et à la chute du militantiste dans tous les domaines. 

 

Le livre de Laurent Lasne — lequel est journaliste au mensuel Participer —, raconte l’histoire de cette entreprise originale sur un ton vivant qui soutient la lecture et capte l’attention.

 

Le récit de cette expérience fait bien ressortir une conjonction d’idées et d’intérêts caractéristiques d’une époque. Ces professionnels engagés dans la mise en œuvre d’idées de solidarité et de rigueur dans la gestion du bien commun, à commencer par celui de l’entreprise, ont accompagné l’esprit et l’œuvre progressistes de l’après-guerre, participant aux remembrements (Haute-Marne et Finistère), réalisant des plans de villes, de gares, d’aménagements hydrauliques, de barrages (Corrèze, Hautes-Pyrénées, Bouches-du-Rhône), traçant les lignes des pipelines, implantant des routes et des autoroutes (Autoroute de Normandie, A 86), participant à l’aménagement urbain, jusqu’à des réalisations de prestige comme l’Opéra-bastille et le Grand Louvre. De même l’entreprise a dès l’origine assuré plusieurs missions au Tchad, créant des agences en Afrique dont deux existent encore (Tunisie et Madagascar).

De cette histoire peu commune on retiendra la forte contradiction d’une entreprise qui a su devenir la première de France dans son domaine d’activités, mais qui n’a absolument pas fait école.

 

L’ouvrage explique très bien les nombreuses difficultés et contradictions d’une telle entreprise, ce qui lui évite de tomber dans l’hagiographie : la rigueur des principes qui confine à la rigidité ; les dissensions internes, notamment idéologiques, à propos de l’URSS et du PCF ; les liens privilégiés avec le réseau des élus et des responsables communistes, notamment de la “banlieue rouge” de Paris ; le faible écho à la CGT, plus ouvriériste que coopérative ; la concurrence initiale des architectes pour l’octroi des marchés et la difficulté à émarger au titre du “quart coopératif” des marchés publics qui était rarement respecté ; la difficulté de diversifier les marchés malgré la croissance de l’entreprise (jusqu’à la fin des années 50, le chantier de l’électrification des lignes SNCF et les activités au Tchad représentent 80 % de l’activité) ; les procès avec l’Ordre des Géomètres-Experts, qui ne reconnaissait que les personnes mais pas la coopérative ; la difficulté d’assumer les licenciements, notamment lors de la crise de 1975-76, due à un fléchissement de l’activité.

 

L’entreprise est actuellement dirigée par Armel Bertin

Elle dispose d’un site internet avec une revue de presse (articles en pdf)

http://www.atgt.fr/index2.html

ATGT est co-fondatrice avec l’Ordre des Géomètres-Experts de Géoexpert, pour la promotion du métier à l’étranger.

 

 

 

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