Le livre de juin 2009

 

 

Joëlle BURNOUF,

Danielle ARRIBET-DEROIN, Bruno DESACHY, Florence JOURNOT, Anne NISSEN-JAUBERT,

 

Manuel d’archéologie médiévale et moderne

Armand Colin, collection U, Série Histoire, Paris 2009, 352 p.

 

 

 

 

 

PRÉSENTATION

 

(4e de couverture)

 

Les apports de l’archéologie, et singulièrement de l’archéologie préventive, sont considérables et donnent matière à repenser profondément le Moyen Âge. 

L’archéologie médiévale mise en perspective sur la longue durée, spatialisée, a découvert la géographicité de ses objets d’étude. Ce changement d’échelle spatiale, comme la nouveauté parfois surprenante d’« objets archéologiques » mis au jour en abondance, ont bousculé les paradigmes et cadres d’interprétation anciens. 

Les archéologues médiévistes sont désormais en situation d’établir ou de reconsidérer les héritages, de marquer de nouveaux seuils et de mieux tisser les liens indispensables à l’intelligence de la complexité des produits matériels et de leurs effets. 

Et cette archéologie médiévale remontée en puissance débouche à présent sur une relance comparable de l’archéologie des périodes moderne et contemporaine. 

C’est donc un univers très ouvert et porteur d’avenir que le présent livre fera découvrir aux étudiants. 

 

 

LES AUTEURS

 

Joëlle BURNOUF est Professeure d’Archéologie Médiévale à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne – UMR 7041 ArScAn

 

Danielle ARRIBET-DEROIN est Maître de Conférences d’Archéologie et d’Histoire Médiévales à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne – UMR LAMOP

 

Bruno DESACHY est Ingénieur d’Études au Ministère de la Culture, Chargé de cours d’Archéologie Urbaine et de méthodologie à l’Université de Paris 1 Panthéon- Sorbonne – UMR 7041 ArScAn

 

Florence JOURNOT est Maître de Conférences-HDR d’Archéologie Médiévale à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne – UMR 7041 ArScAn

 

Anne NISSEN-JAUBERT est Maître de Conférences d’Archéologie Médiévale à l’Université François Rabelais de Tours – UMR CITERES-LAT

 

À noter que Joëlle Burnouf et les autres auteurs principaux ont fait appel à de nombreux autres collaborateurs pour la rédaction des encadrés : Julia Wattez, Cécilia Cammas, Cyril Castanet, Christophe Jorda, Philippe Blanchemanche, Isabelle Daveau, Marie-Christine Marinval, Sébastien Jesset, Stéphane Joly Bénédicte Pradat, Magali Watteaux, Hélène Noizet, Quentin Borderie, Clément Alix, Nicolas Thomas, Luc Bourgeois, Émilie Portat, Brigitte Boissavit-Camus, Quitterie Cazes, Yves Hennigfeld, Gilles Rollier, Gérard Chouquer.

 

 

LA TABLE DES MATIÈRES

 

Introduction

 

De l'archéologie médiévale

Petite histoire de l'archéologie médiévale (JB)

Questions de méthode (JB et FJ)

Traitement de l'information (BD)

Du bon usage de la documentation archéologique (JB et FJ)

 

Les champs de la recherche

Archéologie environnementale : des milieux et des hommes (JB)

L'espace rural (ANJ)

Archéologie de l'espace urbain (JB et FJ)

Archéologie des techniques (DAD)

Du matériel à l'immatériel (JB et FJ)

 

Conclusion

Repenser le Moyen Âge grâce à l’archéologie

 

Bibliographie

 

COMMENTAIRES

 

La question de la définition d’une archéologie médiévale et moderne est plus que légitime et c’est probablement l’apport le plus neuf de ce livre, parmi de nombreux autres, que de l’avoir tenté. “Médiéval”, tout autant que “moderne”, évoquent, bien entendu, des périodes, ce que les sciences historiques ont longtemps eu tendance à présenter comme une succession d’états, et ce que l’archéologie a aussi longtemps contribué à formaliser de cette façon.

Or Joëlle Burnouf a eu l’intelligence de poser elle-même et de susciter par des contributions variées, un certain nombre de considérations qui dérangent, au sens propre, l’ordonnancement des objets et des cadres de la discipline. Ce sont, pour aller à l’essentiel :

- la notion d’héritage et la « théorie des scénarios », dont elle est l’auteur, qui ouvrent sur d’autres dynamiques et d’autres types d’objets que ceux issus d’une conception ancienne de l’histoire médiévale (voir p. 64-77) ;

- le changement de perspective que représente la géographicité retrouvée des sociétés (id.) ;

- le déplacement même de la notion d’archéologie, que des théories comme celle de la médiation, adaptée par Philippe Bruneau pour l’archéologie moderne (encart de Florence Journot, p. 31-32), ou celle de Laurent Olivier sur la temporalité des objets archéologiques, ou encore celles qu’évoque Bruno Desachy (p. 49-50), transforment de façon importante ;

- la thèse archéogéographique, également (encart p. 77-79), qui en mettant les dynamiques planimétriques de très long terme en place, et en montrant le rôle transmetteur du Moyen Âge et de l’époque moderne, change une partie de sa définition ;

- la thèse éco-environnementaliste, enfin, qui en mettant les archéologues en relation avec les archéo-naturalistes, ainsi nommés p. 66 du livre), conduit à une autre forme de dynamique que celle habituellement posée par l’histoire.

 

Le lecteur attentif saisira tout l’intérêt de ces débats au long de l’ouvrage. Par exemple, Joëlle Burnouf fait brièvement allusion, p. 61, aux difficultés qu’on rencontre avec le terme d’environnement et au débat qui existe à son propos. Il vaudrait mieux, en effet, parler d’archéo-écologie, ou d’archéologie des relations entre les sociétés et les milieux, et laisser à l’environnement l’actualisme qui le caractérise. Environnement, on le sait très bien, signifie uniquement la nature en ce qu’elle fait problème pour les sociétés actuelles, et uniquement cela. Le concept est, sauf par concession conventionnelle, inapplicable aux périodes anciennes. De ce point de vue, le chapitre 1 de la 2e partie souffre d’une ambiguïté : il traite plus globalement de la géographicité des sociétés médiévale et moderne, de la complexité des relations entre les hommes et les milieux et ce champ ne peut pas être correctement couvert par l’intitulé d’archéologie environnementale, pour les raisons dites au début de ce commentaire. À moins de postuler que désormais le terme environnement remplace purement et simplement celui de géographie ? Mais à ce moment-là, pourquoi parler de géographicité ? Pourquoi ne pas rester cohérent et chercher plutôt un concept comme « environnementalité » des sociétés médiévale et moderne...

 

Le chapitre sur l’espace rural, qui peut être tenu comme exemplaire de l’esprit qui anime l’ouvrage, montre ce qu’est la situation actuelle de l’archéologie médiévale et moderne : un passionnant moment de transition.

Anne Nissen Jaubert, auteur de ce chapitre, recense tout ce qui a été fait et dresse un bilan historiographique tout à fait intéressant. On observe, en la lisant, que les archéologues médiévistes ont abandonné la notion trop radicale de révolution de l’an mil, qu’ils actent une évolution du concept d’incastellamento en l’étalant dans le temps et en le nuançant, qu’ils acceptent désormais de faire un usage beaucoup plus circonspect qu’on ne le faisait jadis de notions issues des textes mais dont la “matérialité” peut poser de redoutables problèmes (ex. villa, manse, etc.).

 

Le chapitre sur l’espace urbain n’est pas moins novateur. Il porte à la fois sur la forme de la “ville” (avec une perspective sur l’archéogéographie urbaine), sur les réseaux urbains, sur les grandes questions que pose la matérialité archéologique de l’urbain, avec le délicat problème des terres noires, et sur l’archéologie du bâti, une des ouvertures les plus neuves de l’archéologie médiévale et moderne.

On trouvera de même des informations essentielles dans le chapitre sur l’archéologie des techniques, qui couvre le domaine des matières premières, de leur transformation, les différentes formes d’artisanat, la construction navale, etc.

Avec le dernier chapitre (“du matériel à l’immatériel”), se poursuit la présentation des multiples archéologies des plus anciennes à celles que la recherche a fait surgir dans les années passées : du château, des églises, des cimetières, des outils, des productions de céramique, des poubelles, des jeux.

 

La conclusion doit être tout particulièrement soulignée. Elle fera débat, n’en doutons pas, car elle raconte l’histoire des relations entre les historiens et les archéologues médiévistes, pour montrer comment le Moyen Âge peut trouver avantage à être repensé par l’archéologie. Non pas que les historiens ne contribuent pas, et même lourdement, à cette refonte : on pourrait citer maints exemples et J. Burnouf en donne quelques-uns (p. 325). Mais il est vrai que les vingt ou trente dernières années ont été celles d’une ambiguïté que le texte de Joëlle Burnouf met vigoureusement à plat : comment, pour exister, les archéologues ont apporté aux historiens les preuves matérielles qui leur manquaient pour asseoir, à travers l’archéologie des châteaux, les thèses de la mutation de l’an mil et de l’incastellamento (dont on sait qu’elles structurent fortement la Médiévistique), alors que leurs travaux se situaient ailleurs, dans l’émergence d’un domaine archéologique autre que celui de la documentaiton écrite, et dans un rapport aux historiens autre que l’auxiliariat. Le résultat est que le temps est venu de fermer la page de cette ambiguïté. Les récits fondateurs doivent être réexaminés, réécrits ou au moins nuancés : le désert et la reforestation du haut Moyen Âge ; la révolution de l’an mil ; les grands défrichements ; la sous qualification du village du haut Moyen Âge « pour ne pas porter ombrage au “vrai” village d’après l’an mil » (p. 321) ; les terres noires, mal qualifiées également parce qu’on ne se défait pas du couple interprétatif rural-urbain ; etc.

 

 

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