Le livre de février 2009

 

 

Critina GANDINI,

Des campagnes gauloises aux campagnes de l’Antiquité tardive.

La dynamique de l’habitat rural dans la cité des Bituriges Cubi (IIe s.av. J.-C. - VIIe s. ap. J.-C.),

33e suppl. à la RACF, ed FERAC, Tours 2008, 512 p. + un CD Rom d’annexes.

 

 

 

 

 

 

 

 

PRÉSENTATION

 

Cette étude suit l’évolution du peuplement dans le territoire de la cité antique des Bituriges Cubi, entre le IIe s. av. J.-C. et le VIIe s. apr. J.-C. Cette échelle permet de saisir l’évolution du peuplement dans des milieux variés.

L’étude repose sur des données de prospections archéologiques — aériennes et pédestres — complétées par la documentation provenant de sites fouillés.

Après avoir mesuré les distorsions qui affectent la carte archéologique, l’étude se développe selon trois axes, typologique, spatial et diachronique. Elle passe par l’identification des formes de l’habitat, par l’identification des critères de hiérarchisation, par l’organisation du peuplement et le rôle de chaque habitat dans le réseau du peuplement. La confrontation avec les données environnementales est faite grâce à l’emploi d’un Système d’Information Géographique.

 

 

LE SOMMAIRE DU LIVRE

 

I - Pour une approche systémique du peuplement rural biturige : ambitions et réalités

État de la question

Cadre de l’étude : repères historiques et géographiques

Le temps de la recherche

La représentativité du corpus

 

II - La structure du peuplement rural : caractérisation et hiérarchisation de l’habitat

Évolution de l’habitat et dynamiques spatiales

Typologie de l’habitat rural. Image aérienne et image de surface

 

III - Organisation des espaces et appropriation du territoire

De la typologie aux réseaux de peuplement

Des espaces et des hommes : interactions sociétés-milieux

 

IV - Essai sur une histoire des campagnes bituriges : de la fin de l’Âge du Fer au haut Moyen Âge

De la fin de l’âge du Fer au Haut-Empire

De l’Antiquité tardive au haut Moyen Âge

 

Conclusion

Glossaire

Annexes

Bibliographie

Tables

 

 

 

La figure 30 de l’ouvrage (p. 117) illustre la densité des matériaux issus des prospections

 

ANNEXES

 

Le CD Rom comprend 13 annexes, dont une volumineuse annexe 11 de 571 pages :

 

Localisation de la villa de Clion, “le Grand Mée”, p. 411 de l’annexe 11.

 

 

RAPPORT DE SOUTENANCE

 

Ce livre étant la publication de la thèse de l’auteur, il a paru intéressant de rendre compte de cette soutenance (à Paris en 2006) à travers de très larges extraits du rapport établi à cette occasion et qui a valu à l’auteur le grade de Docteur en Archéologie de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, avec la mention « Très honorable avec les félicitations du jury », accordée à l’unanimité à l’issue d’un vote à bulletins secrets.

Archéogéographie.org remercie François Favory, président du jury, pour la communication de ce rapport.

 

Jury

Mme Françoise DUMASY, Professeur d’Archéologie à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, directeur de la thèse

M. Olivier BUCHSENSCHUTZ, Directeur de recherches au CNRS, rapporteur

M. François FAVORY, Professeur d’Histoire ancienne et d’archéologie, rapporteur

Mme Catherine PETIT-AUPERT, Maître de Conférences à l’Université de Rennes II

 

Françoise DUMASY souligne  à quel point ce travail  marque une étape importante dans ce processus de décryptage  d’un territoire dans lequel  l’équipe du PCR « L’occupation du sol dans la Cité des Bituriges Cubes » est engagée depuis 1998. Elle poursuit l’entreprise entamée par d’autres chercheurs en se concentrant sur le tissu rural, les exploitations agricoles et artisanales examinées à l’échelle des unités paysagères, puis de la cité et elle y apporte une contribution personnelle tout à fait  remarquable.  [...]

F. Dumasy insiste d’abord sur le plaisir que l’on éprouve à lire une thèse pourtant copieuse. Tout y est agréable : la présentation claire, aérée, alors que la matière est dense, l’écriture simple et fluide, l’illustration de très grande qualité avec le parti pris d’une couleur toujours discrète mais très efficace, le  choix de la miniaturisation des figures et des diagrammes, enfin le recours aux tableaux, essentiel pour détailler et classer une documentation très abondante. On apprécie  également la présentation de la bibliographie en deux colonnes, la présence d’un glossaire et la richesse des annexes.

On est ensuite sensible, dans la conception du plan, au rythme adopté  -une démarche en quatre parties- et à la répartition en dix chapitres aux titres suggestifs. D’abord une 1e partie qui s’intitule « Pour une approche systémique  du peuplement rural biturige :  ambitions et réalités », 160 pages de réflexion méthodologique qui va d’un état de l’art aux interrogations sur la représentativité du  corpus et à la mise en place des différentes échelles d’observation adaptées à la disparité des connaissances, en passant par une présentation du cadre politique et géographique, notamment de ces « 12 visages  du territoire biturige ». L’importance -primordiale- que tient cette réflexion méthodologique dans la démarche de la candidate indique avec quelle rigueur seront traitées les données, avec quelle prudence elles seront croisées et avec quelle attention seront appréciés les résultats.

Avec la deuxième partie « La structure du peuplement rural : caractérisation et hiérarchisation de l’habitat »(120 p.), nous entrons, après un premier chapitre très bien venu qui souligne les évolutions de la distribution spatiale des sites conformément à ce que l’on observe dans d’autres régions, dans le coeur du travail, ce qui en fait l’originalité profonde et qui est liée aux modalités de la recherche archéologique en Berry. C’est en effet l’une des rares régions  où l’on dispose à la fois d’un grand nombre de photos aériennes d’habitats ruraux et des résultats des prospections menées sur ces mêmes sites. C.G. a donc décidé d’exploiter systématiquement  ces deux séries d’informations  et de comparer « image aérienne et image de surface ». Pour cela, elle a recouru  à l’analyse multivariée et suivi une formation qui l’a préparée à cette approche exigeante. Dans cette entreprise passionnante parce que novatrice, mais difficile, austère  et complexe, elle a déployé toutes les qualités du chercheur qu’elle est -méthode, ténacité, inventivité- et elle a abouti à des résultats convaincants. Grâce à ce travail qui s’inspire de la démarche du programme Archaeomedes, on sait désormais quels sont les critères pertinents  dans  l’approche morphologique pour un classement hiérarchique des établissements bituriges -notamment  le type de clôture et le nombre de bâtiments, alors que la superficie ne permet pas de distinguer une villa d’une grosse ferme. Pour les descripteurs de surface, c’est essentiellement celui relatif à la durée d’occupation et ceux liés aux assemblages de mobilier qui sont les plus convaincants.

Elle aboutit à un classement hiérarchique en sept classes où les trois premières correspondant aux habitats de type villa représentent 36% du corpus, où les trois suivantes rassemblant fermes et annexes agricoles représentent 38% du corpus, tandis que la dernière classe qui regroupe les sites à vocation artisanale atteint 25%. Proportions suggestives qui constituent l’identité du territoire biturige et qu’on ne peut guère comparer à d’autres, faute d’étude du même type, fondées sur des critères communs, d’où l’intérêt évident de l’ACI Archaedyn à laquelle elle participe. Elle tente néanmoins (p. 300) des confrontations intéressantes avec la vallée du Rhône, la Somme et la Limagne, à propos des villae : 21% dans le Rhône, 24% dans la Somme, 36% pour le territoire biturige et 43% pour la Limagne. Le rapprochement entre Limagne (43%) et Champagne (45%), correspondant aux terres agricoles  les plus exploitées de deux cités limitrophes est très suggestif.  Il sera précieux de voir ce qu’il en est pour les autres types d’habitat.

La troisième partie « Organisation des espaces et appropriation du territoire », au même nombre de pages que la précédente, met en musique les résultats obtenus  en essayant de préciser, pour chacun des éléments qui composent  le territoire, son rôle dans la constitution des réseaux et dans leur évolution. C’est ainsi qu’elle s’interroge sur les relations entre les différents types d’habitats, sur le rôle des agglomérations, sur la relation aux voies. Tout cela abordé dans une perspective chronologique. Ces croisements  à l’échelle d’un vaste territoire nous valent des résultats particulièrement intéressants sur l’évolution du système de peuplement rural chez les Bituriges, avec la prééminence au Ier s. av. J.-C. et au Ier s. ap. J.-C. des fermes, auxquelles succèdent au IIe s. les villae dont un certain nombre se maintient jusqu’à la fin de l’Antiquité, mais aussi une approche rénovée de l’histoire des agglomérations saisies en liaison avec les campagnes qui les entourent. Elle poursuit par une confrontation avec les données environnementales où elle analyse le rôle de la position topographique, de l’orientation, mais surtout celui des sols  et de leur variété dans la fixation et l’évolution de l’habitat. Elle définit 8 classes environnementales qu’elle croise avec les 7 classes d’habitat, ce qui lui permet d’examiner les stratégies d’occupation déployées par les Bituriges pendant les huit siècles  retenus. Si les tableaux révèlent clairement  la part jouée par le milieu dans le choix du site d’implantation, en fonction de sa spécialisation (agricole, artisanale, métallurgique), ils indiquent aussi clairement que son maintien n’en dépend pas : ce sont alors des facteurs socio-économiques qui entrent en jeu.

Enfin, dans une dernière partie elle esquisse, malgré les lacunes de la documentation archéologique qui expliquent  le nombre réduit de pages consacrées à cette approche, une histoire des campagnes bituriges. Elle souligne la forte structuration des campagnes de l’Age du fer dont le dynamisme en matière de productions agricoles et de créations d’exploitations se poursuit au Ier s. ap. J.-C., en bénéficiant des stimulations apportées par l’insertion de la Gaule dans l’orbite romaine. Elle souligne la complexité du processus de romanisation qui voit le développement des habitats du type villa, mais qui permet aussi le maintien d’une grande variété de formes d’exploitations. Rappelant que le milieu influe peu sur la résistance d’un site au long des siècles qui ont suivi sa création, elle insiste enfin  sur la  multiplicité  des agents économiques et sociaux  qui interviennent dans les évolutions de la fin de l’Antiquité. 

Parmi les autres résultats suggestifs de ce travail, F. Dumasy note le caractère novateur des informations livrées par l’étude des campagnes  dans un rayon de 25 km autour de Levroux et d’Argentomagus (p. 364-365). Les histogrammes sur la chronologie, la nature et le rythme des créations rurales permettent de préciser le visage de ces deux agglomérations bituriges, différentes dans leur mode de développement  et dans leurs ressources : l’une plus précoce et tournée vers l’agriculture, l’autre au démarrage plus tardif, soutenu par des activités artisanales. Démonstration convaincante de la nécessité d’étudier l’ensemble du tissu rural et d’y insérer les agglomérations  

 Un autre dossier a nettement progressé, c’est celui de la viticulture biturige. Victime de la négligence  de Pline l’Ancien qui, à la différence de ce que fait Strabon, ne précise pas à quelle branche du peuple biturige rapporter la biturica, victime également du prestige des vins du Bordelais, la viticulture biturige n’a jamais été considérée comme une hypothèse sérieuse. Depuis quelques années, la situation a évolué et tous les indices convergent désormais pour envisager sa réalité. En sélectionnant un certain nombre de bâtiments qui pourraient être des chais, C.G. propose un programme de recherches  qui, pour la première fois, pourrait apporter des preuves décisives.

Au fil du travail, on voit se profiler de nouveaux axes de recherches, par exemple celui des habitats du type hameau, que la classification automatique ne permet pas de différencier de l’habitat des classes supérieures, ce qui rejoint des préoccupations exprimées par les chercheurs d’autres régions, comme l’a montré le dossier dirigé  par Ph. Leveau et P. Garmy dans la RAN. Il faudra tester d’autres critères. C.G. envisage par ailleurs d’affiner la typologie  des fermes en terre et bois qui correspondent à un nombre élevé d’habitats insuffisamment analysés. Elle propose également  de réfléchir aux habitats installés à proximité immédiate des voies et qui pourraient comporter une mutatio ou une mansio.

F.Dumasy invite enfin  la candidate à lancer une étude sur le parcellaire, sur  la forme des champs, sur les trames qui structurent le paysage. La région bénéficie en effet de nombreux travaux, dont certains très récents. Sans doute le poids historiographique de ces enquêtes est-il lourd et les difficultés d’interprétation nombreuses. Mais il faudrait reprendre ces données et tenter de réfléchir à la mise en place et à l’évolution de ces trames parcellaires, composantes  essentielles du tissu rural. Ce d’autant plus que C.G. signale elle-même l’intérêt du recours aux fumures  dont elle trouve des traces dans ses prospections autour d’Issoudun-Vatan-Graçay. Ce début d’enquête débouche sur l’archéologie du champ ; c’est une invitation à l’étendre aux réseaux parcellaires.

En conclusion, F. Dumasy  revient sur les remarques faites par Chris Wickham au Colloque Ager de 2001, regrettant l’absence de travaux sur le centre de la Gaule, ce qui rendrait l’absence de synthèse sur l’évolution de l’habitat rural en Gaule impossible, car on ne saurait où placer la ligne de partage entre le Nord et le Sud. Cette thèse constitue une superbe réponse à ces propos. Et elle ne correspond pas du tout à ce qu’attendaient les spécialistes. Loin d’être une zone de transition, une sorte de ventre mou entre le Nord et le Sud,  cette cité de Gaule centrale  révèle un dynamisme rural qui remonte à la fin de l’âge du fer : il se caractérise par une grande adaptabilité  à des milieux différents et une grande variété des habitats où s’affirment, jusqu’à la fin du Ier s. de n. è., des continuités fortes avec la période précédente, continuités qui n’excluent pas des évolutions progressives. A partir du IIe s. l’habitat du type villa l’emporte en nombre et ses plans se révèlent proches de ceux que l’on connaît dans les cités septentrionales. Impossible désormais de spéculer sur l’existence de zones sans caractère affirmé, ouvertes à toutes les influences. Il s’agit au contraire de zones à forte identité, comme le dit également F. Trément à propos de la cité arverne.

Cette thèse a atteint ses objectifs : saisir l’évolution d’un  système de peuplement pendant les huit siècles de la période antique  sur un territoire aux  ressources très différentes et à partir de données archéologiques hétérogènes. Son auteur a su tirer un parti remarquable de ce qui constitue la spécificité de la recherche en Berry, cette double approche aérienne et pédestre. Ce travail de très grande qualité scientifique et formelle permet  désormais à la cité biturige de figurer parmi les zones de référence pour notre connaissance de  l’habitat rural antique. 

 

 

Olivier Buchsenschutz.

Le travail de Mme C. Gandini comprend plusieurs volets : un corpus de plus de deux mille sites, un traitement des données rigoureux, une mise en place historique, et l’ouverture de nombreuses perspectives. Il s’agit en effet ici de fonder et d’exploiter les résultats d’une enquête archéologique pour améliorer notre perception de l’histoire du monde rural dans une cité gauloise depuis la fin de l’âge du Fer jusqu’à l’aube du Moyen-Âge. La mise en évidence d’un réseau hiérarchisé d’installations agricoles, et de son évolution chronologique pendant près de huit siècles, est le résultat le plus tangible de cette enquête. Le modèle de la villa d’inspiration romaine est bien sûr dominant, notamment pour les plus gros établissements, et caractéristique de cette période. La grande phase de création des établissements au Ier siècle, leur concentration au IVème siècle,puis les variantes de ce modèle dans les différentes unités naturelles du territoire, sont bien mises en évidence, et comparées au cadre plus général de la Gaule. Partout où les conditions de conservation et de prospection ont permis de le mesurer, tous les niveaux hiérarchiques, depuis la très grande villa jusqu’aux plus petits établissements, sont présents ensemble.

La méthode d’analyse a été particulièrement bien maîtrisée : l’auteur combine les découvertes aériennes, les prospections de surface en milieu labouré ou non, les sondages et les fouilles. Le Berry a la chance en effet de livrer à la fois des plans de villa et des concentrations de mobilier en surface bien délimitées. La corrélation entre ces données disparates a demandé beaucoup d’attention et de sens critique, et O.B. juge leur traitement conjoint particulièrement bien réussi. L’analyse statistique (Analyse Factorielle des Correspondances et Classification Ascendante Hiérarchique) est rigoureuse et bien intégrée dans la problématique. La candidate explique avec beaucoup de clarté comment elle sélectionne les sites pertinents pour chaque phase de l’analyse. Par exemple les classements obtenus sur les gisements dont on connaît le plan, puis sur les concentrations de mobilier, puis sur les sites qui réunissent les deux catégories de sources, sont testés en fonction de la chronologie et des différentes micro-régions.

L’utilisation des cartes et du SIG est également très développée. Même s’ils demandent une lecture attentive, parce que tout le territoire analysé n’est pas prospecté de façon uniforme, les documents cartographiques mettent en évidence des secteurs essentiellement agricoles, des secteurs artisanaux, des secteurs mixtes, et des concentrations de différentes natures autour des agglomérations, Bourges et Levroux par exemple. La sémiologie des cartes pourra sans doute encore être améliorée pour une lecture plus instantanée. Enfin le corpus est à la fois abondant, précis, et bien présenté, aussi bien sur le plan graphique que dans les notices ou dans les tableaux statistiques. Si C.G. a profité au départ d’une enquête collective, elle a entièrement pris en charge la vérification, la rédaction du corpus sur les installations agricoles, et son traitement. Elle a presque doublé, grâce aux prospections qu’elle a menées, le nombre des sites datés et bien identifiés par l’analyse de leur mobilier. Son apport au travail collectif sur le Berry est très important, comme l’ont déjà montré les recherches et les publications auxquelles elle a participé avec ses collègues.

Au-delà d’une utilisation bien comprise des méthodes d’analyses statistiques et spatiales, et d’une présentation claire des résultats, la candidate parvient déjà à nous présenter une synthèse cohérente de l’histoire du monde rural antique dans cette cité. Si nous ignorons les relations sociales entre les individus, comme les régimes de propriété et d’exploitation du sol, en revanche nous disposons d’un corpus très représentatif de l’implantation humaine. Nous suivons son évolution à travers les siècles, qui reflète les changements politiques ou culturels plutôt que les variations climatiques ou environnementales, dans ce milieu privilégié du Berry où les contraintes naturelles sont faibles. Les résultats de ce travail, bien que fondés presque uniquement sur des sources archéologiques nombreuses mais peu spectaculaires, apportent, selon O.B., une contribution cohérente et pertinente à l’histoire du monde rural.

Pour avoir accompagné la candidate sur le terrain, dans des stages de formation à la topographie ou aux Systèmes d’Information Géographique, et au laboratoire, O.B. voudrait enfin souligner sa capacité à maîtriser toutes les phases de la recherche, depuis la récolte matérielle des données jusqu’à leur présentation et à leur intégration dans une trame historique.

 

Catherine PETIT-AUPERT

C’est avec une grande rigueur que C.G. a mené à bien cette vaste étude : les méthodes mises en œuvre le sont avec toujours un sens critique qui met l’accent sur leurs nombreuses limites. L’ensemble est bien structuré et rédigé dans une langue claire. L’inventaire de sites est impressionnant. Les données sont réunies dans des fiches bien conçues et parfaitement documentées. On soulignera, également, le soin apporté à l’illustration qui constitue en soi une documentation de premier ordre.

Sans s’attarder sur les chapitres préliminaires, qui, en bonne méthode, présentent les cadres géographique, politique et historique, ainsi que la problématique du sujet, C. P.-A. souhaite en revanche insister d’abord sur l’acquisition des données, qui constitue le point fondamental, puisque c’est sur ces données que repose ensuite la synthèse, puis sur la classification des sites.

La tâche était ardue : en raison de la superficie du territoire choisi par l’auteur, l’une des plus vastes de l’Aquitaine, avec ses 18 000 km; en raison aussi du caractère hétérogène de la documentation archéologique, issue de prospections pédestre, aérienne et de fouilles. Bien sûr, l’auteur disposait de clichés aériens préexistants, qui fournissent des données précieuses pour l’analyse morphologique de l’habitat rural. Mais elle a surtout consacré une part importante de son travail à la prospection pédestre pour vérifier un nombre considérable de gisements et, surtout, préciser la chronologie et la nature de ces sites, ce qui est indispensable pour les inscrire dans un processus historique. Elle a aussi  effectué des prospections dans des zones tests, ce qui lui a permis, d’une part d’en découvrir de nouveaux et, d’autre part, de se forger une idée sur leur densité dans une zone définie. J’ai été très sensible à ce travail de terrain long et fastidieux, qui était capital.

Les photographies aériennes constituaient donc une masse documentaire particulièrement intéressante. Encore fallait-il les exploiter convenablement. C.G. les a donc réexaminées, en les soumettant à une analyse très poussée, de façon à permettre une classification, laquelle consent ensuite l’étude des évolutions et des influences. L’objectif de cette classification est d’individualiser des groupes de sites en fonction de leur morphologie, d’analyser leurs caractéristiques architecturales et de les situer dans leur contexte environnemental. L’étude morphologique se fonde sur 295 sites, corpus considérable, et utilise 8 descripteurs. Ceux-ci permettent de déterminer 17 classes, dans lesquelles 3 groupes se distinguent. Cette étude minutieuse fait apparaître une grande variété des modèles architecturaux au sein de ce territoire. Diversité observée également dans la taille des habitats. Le principal mérite du système de classification à multiples variables semble résider dans la prise en compte rigoureuse de tous les éléments disponibles. Les différentes classes sont, dans l’ensemble, tout à fait pertinentes et mettent clairement en lumière les modèles architecturaux de la cité des Bituriges.

Néanmoins, certains cas sont, en raison des lacunes des révélations aériennes, difficiles à classer : il faut donc trancher par le raisonnement ou ranger, ne serait-ce que provisoirement, dans la catégorie des apories. C’est par exemple le cas de la classe E, qui regroupe la majorité des sites et qui se caractérise par une distribution des constructions autour de deux cours. Dans cette classe, différents plans posent, selon C. P.-A., des problèmes d’interprétation. Il n’est, en effet, pas toujours aisé de reconnaître la deuxième cour ou, au contraire, il existe une possibilité pour qu’il y en ait trois. A Sury-en-Vaux, Echy, les bâtiments sont, plutôt, organisés sur trois côtés d’une cour unique ouverte. Ce dispositif trouve des parallèles en Aquitaine méridionale pour des villae modestes. Le plan de Quincy, Boigisson, toujours dans la catégorie E, est en fait, sans doute, incomplètement révélé. Il est vraisemblablement identique à celui de Saint-Caprais, Pouplin et relève plutôt de la catégorie D, comme ce dernier. Il est également difficile de se prononcer en ce qui concerne l’organisation générale du site de Paudy, Poncet-la-Ville. L’autre cour est-elle celle qui se développe au nord ? Il pourrait, semble-t-il, en exister une troisième à l’est, dans le prolongement de la première et du porche… En tout cas, s’il y a une cour accolée latéralement au bâtiment principal, comme à Neuvy-Pailloux, les Gloux , c’est un dispositif qui diffère de celui des cours axées. Selon C. P.-A., il mériterait une mention particulière.  Le classement, ici, de Villedieu-sur-Indre, Celon, de plan trop incomplet, suscite bien des interrogations ; on dirait qu’il s’agit d’un corps résidentiel avec un habitat accolé à un péristyle et l’on peut même se demander si les espaces qui flanquent cet élément central sont des cours, puisqu’ils sont bordés au nord, comme ce dernier, par une galerie, élément généralement absent des cours. Si tel est le cas, peut-on ranger cette villa dans la même classe que Levet, Chaume aux Couards ?  Il serait à classer parmi les types en attente de clarification, comme du reste Bussy, les Croyats dont on ne sait s’il comporte deux ou trois cours.

En ce qui concerne la classe G, comme le souligne C.G., l’absence d’une deuxième cour peut être due au hasard des révélations ; en effet, on serait fort tenté de reconnaître, ici, le schéma dominant dans le territoire biturige, à deux cours incomplètement révélées. Il faut souligner à cet égard que C.G. prend de la distance par rapport aux résultats du classement et qu’elle manifeste une grande prudence dans l’interprétation.

Ainsi, dans le cas des petites fermes ou bâtiments agricoles  (M à O), C.G. hésite, à juste titre, entre bâtiment agricole et maison rurale réunissant sous un même toit les locaux d’habitation et les locaux d’exploitation. Il est effectivement impossible de statuer sur le régime de leur exploitation. Ces sites sont, en effet, mal connus. Ils sont dans la majorité des cas décelés en prospection aérienne et leur interprétation pose problème partout, notamment en Aquitaine méridionale. C. P.-A. signale toutefois que l’un d’eux, de 15 x 5 m, a été fouillé, à Pouche, et que ses deux salles ont été reconnues comme servant l’une aux activités agricoles et l’autre à l’habitat.

Enfin, au sein de la classe L, dans laquelle C.G range des bâtiments rectangulaires de grande taille, le site 14 (Malicornay, Le Cony) ne paraît pas être à sa place. Il présente, en effet, une organisation très symétrique par rapport à une salle centrale ;  cette salle est encadrée par deux autres salles de mêmes dimensions, auxquelles elle est reliée par deux groupes de deux salles symétriques ; les trois grandes salles sont en saillies identiques sur la limite ouest et bordées par une galerie commune à l’est. C’est donc de ce côté que se situe l’ouverture ou les ouvertures. Ce serait là une disposition totalement inédite dans la série des « habitats » et l’on serait donc tenté de reconnaître dans un tel dispositif, un temple à triple cella, qui trouve par exemple un parallèle chez les Lémovices en Corrèze (Naves / Tintignac). Il est souvent difficile de faire la distinction entre les sanctuaires ruraux et les villae, comme la candidate l’a elle-même noté.

Si le classement des divers édifices liés à l’exploitation du sol se signale par sa complétude, on aurait en revanche souhaité un peu plus d’ampleur aux comparaisons architecturales que la candidate en fait avec le reste de la Gaule. Elles sont succinctement évoquées à propos de tel ou tel descripteur ou classe et le passage que C.G. consacre aussi p. 236-237, reste très général. Elles ne sont en outre guère puisées au sein même de l’Aquitaine. Or, la filiation des formes peut renseigner sur les influences culturelles, de même que l’agencement des constructions entre elles peut être instructif quant aux modes de vie et d’exploitation.

Quant au dossier sur la viticulture, C.G. a réuni un certain nombre d’indices qui, mis bout à bout, invitent à entrevoir une culture viticole biturige, malgré la rareté des révélations d’équipements de vinification. C.G. a toutefois repéré, ce qui semble particulièrement pertinent, l’association, dans la villa de Saint-Loup-des-Chaumes, Sauzay d’un espace empierré et d’un long hangar, dispositif comparable à ceux découverts dans le Gers et dont la fonction viticole a été assurée par la fouille de Lestagnac. La mise en évidence de fosses de provignage à Bourges constitue en fait la véritable confirmation de l’hypothèse de la candidate. Il serait particulièrement intéressant, dans cette perspective, de mettre au jour les bâtiments d’exploitation auxquels ces fosses sont liées et de voir s’ils comportent ou non ces longs hangars que la candidate signale en d’autres lieux : si oui, l’observation permettrait d’élargir le champs des domaines viticoles et, par là, de porter un autre regard sur la vie économique de la région.

C. P.-A. précise que les quelques critiques qu’elle a pu formuler procèdent du regard extérieur que l’on attend d’un membre de jury. Il y a en fait beaucoup à dire à la louange du travail jugé. Elle cite dans le désordre l’étude de la dynamique du peuplement, qui embrasse huit siècles d’une histoire complexe et qu’elle a trouvée très pertinente, par exemple. Ou la méthodologie de terrain, exemplaire, la masse documentaire et la maîtrise qu’en a la candidate. Sans oublier la qualité et la pertinence hors pair de l’illustration.

En un mot, C. P.-A. juge que c’est une thèse d’une ampleur et d’une qualité d’analyse remarquables, dont on ne peut que remercier et féliciter l’auteur. Elle ajoute que l’on en attend avec impatience la publication, de façon à pouvoir s’y référer avec une pagination définitive !

 

François FAVORY ne revient pas sur les qualités formelles de l’imposant ouvrage soumis par la candidate déjà saluées par ses collègues du jury. Il tient toutefois à souligner l’importance des volumes d’annexes qui présente le catalogue des établissements, p. 311 à 691, classés par département et par commune, renseignés par une fiche descriptive normalisée accompagnée d’illustrations (plan, photographies) et d’une bibliographie spécifique. C’est une somme impressionnante d’informations, qui constitue assurément le socle documentaire de la thèse.

La thèse s’attache à l’étude d’un espace, le Berry, et se fixe une ambition, celle d’une approche nettement plus régionale que micro-régionale, échelle adoptée par la plupart des autres enquêtes similaires, puisqu’on a affaire là aux limites d’une cité gallo-romaine. L’ambition scientifique de cette recherche est de caractériser l’habitat rural et d’étudier sa dynamique dans la longue durée, sur plus de huit siècles, de la fin de la protohistoire à l’orée du haut Moyen Âge, soit un large éventail chronologique qui assure à la candidate la possibilité de suivre l’évolution des établissements durables de la protohistoire à la fin de l’Antiquité tardive, ce qui, comme l’a prouvé son expérience personnelle en la matière, permet de suivre l’évolution complète du cycle du système de peuplement antique. La méthodologie retenue est celle du recours à l’analyse spatiale et au traitement statistique des données par des analyses multivariées, en exploitant un système d’information géographique et archéologique.

F.F. partage la définition de l’habitat adoptée par la candidate qui englobe toutes les structures bâties et aménagées par les communautés rurales pour occuper et exploiter les ressources d’un espace ainsi que la démarche analytique consistant à étudier l’habitat dans ses composantes dispersées et agglomérées et s’efforçant de penser l’habitat en termes de tissu et de réseau.

Il discute ensuite le choix de l’échelle d’étude, celle d’une cité. Faut-il travailler dans un cadre microrégional géomorphologiquement et archéologiquement homogène ou doit-on adopter un cadre régional plus large pour mieux approcher la structuration du peuplement de la capitale de cité à la modeste annexe agricole ? Les deux options se défendent, mais il précise que certaines analyses spatiales exigent une continuité géographique dans l’information. De ce point de vue, il remarque que la grande carte représentant, en annexe II, la cité des Bituriges Cubes, ample de 18000 km2, montre bien une répartition particulière et discontinue de la documentation, avec de grands vides et une répartition déséquilibrée de la typologie des établissements, avec des zones dotées d’un large spectre typologique et d’autres zones moins diversifiées, voire même une zone sud-est, le Bourbonnais, truffée d’établissements indéterminés et donc très peu hiérarchisés, si ce n’est dans quelques secteurs restreints, bien prospectés. Le choix d’une échelle impose donc des contraintes spécifiques. A petite échelle, on gagne certainement une échelle d’observation régionale, mais on perd une documentation homogène au plan spatial.

Comme ses collègues F. Dumasy et O. Buchsenchutz, F.F. regrette que la candidate n’ait pas eu le temps, ou le goût, de trier dans les hypothèses variées et contradictoires sur les parcellaires étudiés entre 1977 et 2005 et d’offrir une synthèse personnelle sur ce thème important de la morphologie agraire.

Le mémoire a le mérite de bien préciser la part que C.G. a prise dans l’élaboration et l’amélioration de la base de données archéologiques. Aux 828 établissements traités dans son DEA, s’ajoutent 1445 établissements renseignés : au total, 2275 établissements retenus et analysés, dont 397 établissements précisément datés. Ce corpus offre en outre un grand intérêt méthodologique et informationnel : si les 3 quarts sont documentés par la prospection au sol, 36 % ont été identifiés par prospection aérienne et 7 % par la fouille.

La seconde partie, consacrée à la structure du peuplement rural et à sa dynamique spatio-temporelle, d’une part, et à la typologie des établissements (828 habitats retenus, hors agglomérations), d’autre part, permet d’utiles et stimulantes comparaisons avec les expériences conduites dans le Midi méditerranéen (programme européen Archaeomedes) et dans d’autres régions. En outre, C.G. introduit et développe une double approche, très neuve, par analyse de données multivariée, des établissements selon leur mode de détection : prospection aérienne et prospection au sol.

La procédure de classification des établissements est tout à fait exemplaire et bien schématisée dans le graphique de la p. 192 : on part de 1786 établissements datés entre le Ier et le IIIe s., soit près de 80 % de l’effectif total des sites étudiés, on ne retient que 588 établissements les mieux renseignés auxquels on applique l’une ou l’autre des classifications adaptées au mode de découverte de l’établissement, soit par prospection au sol (« image de surface »), soit par prospection aérienne (« morphologie »), et on propose in fine une typologie synthétique appliquée aux 125 établissements renseignés par les deux types de prospection.

La classification morphologique est innovante. Plus largement, les AFC répétitives montrent bien que C.G. a compris cette approche statistique comme une démarche exploratoire, qu’elle maîtrise et présente très bien. F.F. émet quelques réserves sur certains détails des analyses opérées et suggère des solutions pour en améliorer la présentation.

La troisième partie s’attache en premier lieu à étudier les réseaux d’habitat dont la typologie a esquissé la hiérarchie et les relations entre le réseau des agglomérations et les réseaux de l’habitat dispersé.

L’analyse porte sur 828 établissements répartis en 7 classes hiérarchiques, marquées par une proportion notable, plus du tiers, de villae, structurées en 3 classes, auxquelles s’ajoutent 3 classes de fermes et d’annexes agricoles et 1 classe d’ateliers artisanaux (le quart des établissements). Le contraste avec ce qui est observé dans le Sud-Est méditerranéen est frappant. Ce qui est également intéressant, c’est d’observer les différences de répartition selon les microrégions et le contraste entre un système de peuplement, en Champagne berrichonne, polarisé par des centres nombreux, et un système de peuplement, ailleurs, polarisé par quelques habitats majeurs, dotés d’un réseau dense d’établissements secondaires. L’approche du rapport spatial ville-habitat dispersé, p. 313 sq., est perspicace et on mesure très bien, là, l’intérêt de travailler à petite échelle, avec un réseau conséquent d’agglomérations : on note ainsi que près d’un quart des établissements ruraux sont implantés à moins de 5 km d’une agglomération ou d’une station routière.

F.F. exprime son vif intérêt pour l’enquête sur les très grands établissements qu’il qualifie de « casernes » et sur la main d’œuvre travaillant dans ce type d’établissements. Il persiste à penser que l’approche du statut de la main d’œuvre opérant dans ses grands établissements à partir des seuls indices archéologiques est plutôt naïve et il rappelle que la place de la main d’œuvre servile dans une société esclavagiste a des répercussions contraignantes sur les conditions d’émergence de la parole servile dans la documentation. La main d’œuvre rurale est muette, quel que soit d’ailleurs son statut. Une publication récente de l’INRAP démontre combien il est difficile, dans des régions comme les Antilles où personne ne viendrait contester l’existence de l’esclavage noir, d’identifier l’habitat des esclaves. L’absence de preuves ne signifie pas nécessairement la preuve de l’absence d’esclaves. « Les esclaves sont non seulement muets, ils sont discrets. »

Le développement sur la dynamique du peuplement synthétisée dans deux tableaux, l’un par type d’habitat, groupé ou dispersé, l’autre par microrégion, est excellent.

La partie sur le rapport entre l’implantation de l’habitat et l’espace environnant, dans le prolongement des approches développées, dans le cadre du Berry, par Boris Vannière, plutôt paléo-environnementales (le milieu qui accueille les établissements), et par Anne Maussion, plutôt « sitologiques », le milieu environnant perçu et utilisé par les occupants, est très affinée et très intéressante : elle permet à Ch. G., de manière prudente et contrôlée (les effectifs étudiés ne sont pas comparables d’une période à l’autre), d’esquisser un panorama dynamique des facteurs attractifs et répulsifs de la fin de la Protohistoire à la fin de l’Antiquité tardive.

F.F. souligne l’intérêt des conclusions qui montrent que les sols les plus attractifs et les plus susceptibles de favoriser la durabilité des établissements étaient les sols légers, ce qui confirme ce qu’on avait déjà constaté dans le cadre du programme Archaeomedes, mais également les sols argileux lourds, bien drainés, mais plus difficiles à mettre en œuvre. En outre, c’est la forte proportion de sols argileux lourds dans un finage qui stimule la réoccupation de sites abandonnés.

Sont tout aussi instructives les observations sur le contexte d’installation des ateliers métallurgiques qui préfèrent la proximité de la ressource en bois plutôt que la proximité de la ressource en minerai de fer, ainsi que la proximité d’agglomérations et de voies de communication.

La quatrième partie livre, sous la forme d’un « essai », une synthèse historique de l’évolution des campagnes bituriges dans la longue durée définie plus haut, de la fin de l’Age du Fer à la fin de l’Antiquité tardive, avec les contraintes propres à ce type d’exercice où la structure agraire disparue, mieux renseignée dans le registre de l’habitat dont l’étude constitue le cœur de cette thèse, ne se livre qu’avec parcimonie et souffre d’un nombre de lacunes sur des informations essentielles touchant à la morphologie agraire et au système agro-pastoral : que produit-on et où, dans quels types d’établissements, etc. ? C’est un exercice incontournable, méritoire, mais difficile pour le chercheur qui doit mobiliser des sources beaucoup plus variées et complexes que celles qui constituent la base essentielle du travail présenté dans le mémoire. Il faut donc féliciter la candidate d’avoir réussi à surmonter les difficultés inhérentes à ce type de démarche.

Au final, F.F. insiste sur  la forte impression que lui a procurée la lecture de cette thèse dont il souhaite la publication rapide, car elle marque d’une empreinte très originale et très féconde le paysage des recherches sur la dynamique du peuplement antique.

 

Argumentaire

Le jury a convenu que Mme Christina Gandini avait réalisé un travail exemplaire, impressionnant, depuis la collecte et le contrôle de l’information sur le terrain jusqu’aux traitements les plus complexes et les plus sophistiqués en laboratoire, un exercice de virtuosité, fondé sur une base de données richement et rigoureusement documentée, qui donne une assise sûre et solide aux approches statistiques multiples et diverses (statistique descriptive, analyse de données multivariée, statistique spatiale à l’aide d’un système d’information géographique et archéologique) qui jalonnent le mémoire et scandent la progression de l’enquête et de l’interprétation.

C’est un travail qui explicite fort honnêtement sa place dans un concert scientifique et méthodologique particulièrement dynamique, à l’œuvre dans d’autres régions et microrégions, sans être nullement suiviste : en effet, l’approche et les outils utilisés sont à bien des égards innovants, même s’ils s’inscrivent dans une démarche collective, déjà à l’échelle du Berry (PCR Berry antique), mais également à l’échelle nationale et internationale (programme ArchaeDyn au sein de l’ACI Espaces et Territoires).

Cette thèse constitue un plaidoyer efficace et convaincant pour une approche intégrée de l’espace rural, où toutes les composantes de l’habit sont impliquées, où toutes les ressources documentaires sont prises en compte.

Elle livre aussi une véritable leçon de méthode, remarquable de rigueur, soucieuse du contrôle des procédures analytiques, attachée à situer la démarche adoptée par rapport aux expériences conduites ailleurs, dans le respect le plus scrupuleux des autres chercheurs.

Pour toutes ces raisons, il importait que cette thèse fût particulièrement distinguée par la plus haute des mentions.

 

 

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