Le livre de décembre 2008

 

 

Pedro C. CARVALHO,

Cova da Beira.

Ocupação e exploração do território na época romana,

(um território rural no interior norte da Lusitania)

Fundão, Coimbra 2007, 592 p.

 

[ La Cova de Beira.

Occupation et exploitation du territoire à l’époque romaine

(Un territoire rural du nord et de l’intérieur de la Lusitanie) ]

 

 

 

 

 

PRÉSENTATION

 

Ce livre, issu de la thèse de Doctorat de l’auteur, a comme objectifs généraux l’établissement d’un modèle d’organisation du territoire rural romain d’une région du centre du Portugal actuel et du nord de la Lusitanie romaine, la Cova de Beira. Il s’agit de caractériser les divers types ou formes des noyaux de peuplement, ce qui a impliqué à la fois une analyse des relations entre les divers noyaux de peuplement, et une analyse des structures sociales et économiques qui émergent à cette période, et dont l’organisation du peuplement est le reflet.

 

Este estudo, que forma a dissertação de doutoramento, tem como objectivos gerais o estabelecimento de um modelo de organização do território rural romano e a caracterização dos diversos tipos ou formas dos núcleos de povoamento, o que implicou quer a análise das relações entre os diversos núcleos de povoamento e entre estes e o meio natural que os enquadra, quer a análise das estruturas sociais e económicas que emergem neste período e das quais a organização do povoamento é um reflexo.

 

LE SOMMAIRE DU LIVRE

 

(traduction résumée du sommaire)

 

1. Introduction

 

2. La Cova de Beira

Le milieu physique

Le paysage actuel et l’organisation de l’espace

Du cadre géographique à la recherche archéologiques : remarques initiales

 

3. Théorie et méthode

De l’enregistrement de terrain à l’analyse du paysage : encadrement théorique

Méthodologies de prospection et de fouille

 

4. Le cadre territorial et politico-administratif

L’Âge du Fer et la problématique des Lusitani

La conquête militaire romaine

Les aspects généraux de l’organisation administrative et territoriale romaine

Les civitates : populus, res publica, territorium

La problématique des civitates des Lancienses

Le réseau viaire

 

5. Les travaux de terrain

Les prospections

Une première analyse globale des données : aspects quantitatifs

Les fouilles

 

6. Le peuplement

Les populations agglomérées

Les noyaux ruraux dispersés

 

7. Considération additionnelles au sujet de l’occupation et de l’exploration de terrain

Des types de sites très fréquents à la variabilité des modèles de peuplement

Propriété, parcellement, paléo-environnement

Des activités économiques de subsistance aux circuits commerciaux

La création du bétail et le pâturage

Les mines

Profil social et statut juridique des individus et des communautés

La demande de sacré et l’attachement à la tradition

 

8. Remarques finales et axes de recherche futurs

 

Bibliographie

 

Abstract de 4 pages (en anglais)

 

Index des sites

Index épigraphique

Index des figures

 

 

 

L’AUTEUR

 

Pedro C. Carvalho, docteur de l’Université de Coimbra en 2006, est professeur auxiliaire d’archéologie à la Faculté des Lettres de cette université.

Comme enseignant à l’Université, il a professé des cours sur les Techniques d’investigation archéologique ; l’histoire de l’Antiquité classique ; la Proto-histoire de la péninsule ibérique ; l’histoire de Rome ; l’histoire de l’Hispanie romaine ; la Gestion du Patrimoine archéologique ; l’archéologie de laboratoire ; l’analyse des matériaux ; l’Architecture et l’Urbanisme du monde romain.

Il a participé à plusieurs chantiers et projets de recherche de terrain, parmi lesquels ceux qui ont porté sur la Cova de Beira, le Château de Lousa (Mourão), le forum romain d’Aeminium (Coimbra), la basilique du forum romain de Conimbriga (Condeixa-a-Velha), des fermes romaines, le temple romain d’Orjais, le forum romain de la civitas Igaeditanorum.

 

 

Doutorado em Arqueologia em 2006, Pedro C. Carvalho é professor auxiliar na Faculdade de Letras da Universidade de Coimbra desde Julho de 2006.

Como docente universitário foi já responsável pelas seguintes disciplinas: Técnicas de Investigação Arqueológica, História da Antiguidade Clássica, Proto-história Peninsular, Análise de Materiais II, História da Roma Antiga, Métodos e Técnicas de Investigação Arqueológica, Arquitectura e Urbanismo no Mundo Romano. Neste ano lectivo 2007/08 lecciona as seguintes unidades curriculares: História da Roma Antiga, História da Hispânia Romana, Gestão do Património Arqueológico, Arqueologia de Laboratório.

Projectos de investigação e direcção de trabalhos de campo: Dirigiu as escavações arqueológicas que decorreram no Museu Nacional Machado de Castro (Coimbra) entre 1992 e 1998. Entre Abril de 2000 e Maio de 2006 preparou, sob a orientação do Prof. Doutor Jorge de Alarcão, a Dissertação de Doutoramento em Arqueologia intitulada Cova da Beira: ocupação e exploração do território na época romana. Coordenou, juntamente com Jorge de Alarcão e Ana Gonçalves, a equipa de investigação que elaborou a monografia da Castelo da Lousa (Mourão) – trabalho efectuado no âmbito do “Plano de Minimização de Impactes sobre o Património Arqueológico” na área do regolfo de Alqueva (a publicar na série monográfica Memórias d’Odiana – Estudos Arqueológicos do Alqueva, EDIA). Coordena a intervenção arqueológica em curso no Museu Nacional de Machado de Castro (no quadro do projecto de execução das obras de ampliação e requalificação do Museu) e prepara, juntamente com outros autores, a publicação dos resultados das escavações efectuadas, desde 1998, na área do fórum de Aeminium. Dirigiu no terreno os trabalhos de escavação arqueológica no fórum romano de Aeminium (Coimbra, 1992 a 1998), no casal romano da Charneca IV (Mourão, 1998 e 1999), na basílica romana do fórum de Conimbriga (Condeixa-a-Velha, 2001 e 2003), na quinta romana de Terlamonte I (Covilhã, 2000 a 2003), no templo romano de Orjais (Covilhã, 2001), na quinta romana da Caverna (Fundão, 2006) e no fórum da "civitas Igaeditanorum" (2007).

 

COMMENTAIRE

 

La région de la Cova de Beira forme-t-elle une unité territoriale intégrée dans le système provincial romain ? La thèse de Pedro Carvalho affronte courageusement ce problème classique de l’érudition archéo-historique, dans la mesure où cette région, comme de nombreuses autres, ne permet pas de disposer de documents suffisants sur les peuples, les territoires, leurs limites, leurs fonctions, leurs institutions, leur dynamique pour répondre aisément à ce type de questions.  Sur la base d’un travail archéologique sans lequel le discours aurait été vain, à savoir inventorier les richesses archéologiques et assurer les mises en perspective minimales, la thèse affronte quelques-uns des problèmes les plus intéressants que pose l’espace étudié.

L’espace choisi est une conque d’environ 750 km2 située entre les Serra de Estrela, de Malcata et de Gardunha, traversée par les rivières Zêzere et de Meimoa, ponctuée par les localités actuelles de Monsanto, Covilhã, Belmonte, Fundão et Pedrogão. Dans cet espace, la vallée de la Meimoa a été particulièrement retenue comme lieu privilégié des prospections, dans l’impossibilité de mettre en place un programme de prospection intensive couvrant l’ensemble de la zone.

Les inventaires de base témoignent du travail approfondi de l’auteur. Celui des gisements archéologiques occupe les pages 157-280 du livre et recense 320 lieux. Celui des inscriptions d’époque romaine étudie les 56 inscriptions connues dans cet espace.

La typologie des établissements est classique mais éloquente quant à la structuration de l’espace agraire et elle fournit le modèle de l’occupation du sol. Le classement repose principalement sur l’aire de dispersion des vestiges, complétée ou corrigée par des critères de densité et de visibilité au sol des vestiges.

Les types retenus sont les suivants : trouvaille isolée ; village (“aldeia”) ; barrage ; capitale de cité ; hameau (“casal”) ; castrum ou castellum ; gisement de scories (“escorial”) ; station routière ; exploitation minière ; gisement indéterminé ; nécropole ; localité d’occupation romaine incertaine ; ferme (quinta) ; temple ; tronçon de voie ; chaumière ou cabane (tugurium) ; vicus ; villa.

Concernant l’habitat rural dispersé (carte de synthèse p. 402-403) :

- 46,5 % des gisements sont des tuguria, c’est-à-dire des petits sites formant la couche de base de l’occupation du sol ;

- 29 % sont les hameaux ;

- 14,5 % sont des fermes ;

- enfin 10 % sont des villae.

Une série d’études et de cartes mettent les sites en rapport avec des variables planimétriques et paysagères : temps de parcours (carte 16), déclivité du terrain (carte 17), orientation de la surface du terrain (carte 18), capacité de drainage (carte 19), surface visualisée depuis un point (carte 20).

 

Un exemple : les vici de la Cova de Beira

La thèse fournit d’intéressants dossiers pour poursuivre la discussion de questions régulièrement débattues entre les chercheurs. Je souhaiterais prendre l’exemple de ce que ce travail apporte à la notion de vicus, parce que c’est un des meilleurs exemples des nouveautés qui figurent dans ce travail. Pedro Carvalho rappelle (p. 333) la classification de Jorge de Alarcão lequel a proposé de définir les agglomérations urbaines en distinguant trois types : les agglomérations principales (ce sont les cités capitales de civitas), secondaires (les vici) et tertiaires (castella ; “aldeias”). J. de Alarcão procède ainsi à la recherche de critères qui permettent d’obtenir des éléments comparables, et il transfère de ce fait une notion connue par un mot (ex. vicus) à une réalité archéologique estimée (par exemple par la diffusion des vestiges) afin de disposer d’un élément de comparaison dans des régions où la notion n’existe pas ou n’est pas connue. Un paramètre archéologique sert donc de medium pour définir une catégorie, celle des agglomérations secondaires, et vicus, par comparaison avec des cas référencés, peut alors être amplifié et devenir un terme de référence de la catégorie, qu’il soit attesté ou non.

Le dossier des vici de la Cova de Beira présente dès lors un très grand intérêt pour réfléchir à cette façon d’établir le modèle de l’occupation du sol, car la densité des mentions de vici par rapport à la taille relativement modeste de cet espace régional, offre des conditions finalement assez exceptionnelles.

Les inscriptions donnent :

- n° 3 = mention d’un vicus (anonyme) dans une inscription récemment trouvée sur le gisement de “Centum Celas” à Colmeal da Torre (n° 5). L’inscription est faite par un personnage nommé Caecilius, qui se dit (via)tor, si la lecture du début du mot est exacte ;

- n° 28 = mention d’un vicus Talabara, dans une inscription trouvée aux environs de Capinha

- n° 50 = correpond au site n° 313 : dédicace des vicani Veniensis à Trajan.

À cette liste qui concerne la Cova de Beira, on peut ajouter la découverte récente, en marge de la zone, sur le site de Quinta de S. Domingos, à Benespera, immédiatement au nord de Belmonte, d’une inscription mentionnant les VICANI OCEL[.]N/N[.][.]S, témoignant peut-être d’un vicus Ocellonia ou Ocelonnia comme Jorge de Alarcão l’a proposé (Alarcão 2001, p. 315).

Dans le catalogue des gisements archéologiques, Pedro Carvalho retient comme vici :

- le gisement de Capinha (n° 154) d’après la proposition de Jorge de Alarcão ;

- de manière hypothétique, le gisement archéologique de Casal de Santa Maria (n° 236), qui pourrait aussi bien être une villa ;

- le gisement de Canadinha (n° 310), qui pourrait être le lieu du vicus Venia, attesté par l’épigraphie, ou, au minimum une importante villa dans la zone de Venia.

- le gisement de Meimoa (n° 313) qui est en concurrence avec le précédent pour la localisation du vicus Venia.

La comparaison entre les deux listes donne un cas de discordance puisque le gisement de Centum Celas mentionne un vicus alors qu’il est classé comme villa dans l’inventaire archéologique (mais avec discussion) ; deux cas de concordance avec Capinha et Meimoa ; et un cas d’emploi du terme de vicus là où il n’y a pas de mention épigraphique.

 

C’est ici qu’on peut faire intervenir la logique du dossier réuni par Pedro Carvalho. On ne sort pas des difficultés si on pense que le vicus est, exclusivement, une agglomération secondaire, et qu’il faut disposer de la trace archéologique d’une agglomération pour que la mention épigrahique trouve son sens.

Deux niveaux assez différents interfèrent :

- celui, propre aux archéologues, de l’identification et de la qualification du réseau des agglomérations qui se situent entre la « capitale de cité » et les castella ou les villages. Que par usage on ait quelquefois appelé, dès l’Antiquité (c’est le cas de César dans ses récits), ces agglomérations des vici est une chose bien connue et qui est source de confusions. C’est d’ailleurs cette définition qui peu à peu l’emporte dans l’Antiquité même.

- celui relatif aux outils de la colonisation romaine, de l’emploi du terme de vicus dans une série typo-fonctionnelle propre à la prise de possession des ressources et des espaces : dans ce cas, on appelle vicus l’appropriation par Rome d’une richesse (une mine, un port, un péage, une mansio, une saline, etc.) et l’organisation de sa gestion par un groupe de citoyens romains formant éventuellement une res publica et  disposant ou non de terres. Le vicus est alors un outil institutionnel possible de l’appropriation, et la mise en place de cette institution ne passe pas obligatoirement ni d’abord par la fondation d’une agglomération secondaire — le type archéologique précédent — même s’il paraît logique que la présence d’un établissement exploitant la ressource finisse par y conduire... Sur cette seconde lecture du sens du mot vicus, l’ouvrage de Michel Tarpin est désormais le point de référence, bien qu’il faille signaler qu’il n’a pas eu connaissance des trois mentions de vici de la Cova, ce qui ajoute à sa synthèse un dossier particulièrement important.

Le dossier covean apporte en effet une justification intéressante. Le vicus Venia est celui qui contrôle les exploitations aurifères de Presa et Covão do Urso (Carvalho p. 363) ; celui de Centum Celas, est celui qui contrôle un itinéraire majeur (Emerita-Bracara Augusta). On peut alors suggérer une autre lecture du gisement exceptionnel de Centum Celas.

 

Belmonte : gisement de Centum Celas. Cliché Carlos Castela (www.portugalnotavel.com)

 

 

Pedro Carvalho, rendant fidèlement compte des fouilles d’Helena Frade qui y voit une villa, relevant aussi comme Jorge de Alarcão que le nom de Caecilius peut indiquer un colon, et notant qu’on a aussi pensé à une mansio, se demande où pourrait bien être localisé le vicus en question, cherchant l’agglomération qui devrait répondre à ce titre. En s’interrogeant ainsi, il fusionne les deux sens du terme, ce qui est une position défendable mais non exclusive. En effet, ne pourrait-on suggérer que le vicus soit ici une institution, et qu’il n’y ait absolument pas besoin d’identifier une agglomération pour que le mot prenne sens (sans préjuger de l’existence ou non de ladite agglomération) ? L’institution peut être rattachée à un espace, un territoire, et aux établissements (une mansio et/ou une villa peuvent convenir) qui exploitent la ressource dont il est question. Il n’est pas nécessaire d’en faire obligatoirement la forme urbaine et agglomérée que l’autre sens du terme vicus véhicule.

Pour le vicus Talabara à Capinha, en revanche, ce type de lien entre l’institution du vicus et une ressource éventuelle n’est pas connu et on ne voit pas la richesse précise que les citoyens de ce vicus auraient eue à gérer, si ce gisement entre bien dans cette catégorie.

Malgré cette dernière incertitude concernant Talabara, on peut suggérer de lire le sens du mot vicus dans les inscriptions de la Cova de Beira comme ressortissant de préférence au second sens que j’ai rappelé. On peut suggérer aussi que les vici dont parlent ces inscriptions ne soient pas lus comme étant le signe d’un niveau — ici “secondaire”, pour reprendre l’expression courante — dans la hiérarchie civique et urbaine du territoire d’une cité, “en-dessous” de la cité et “au-dessus” des castella et des villages, alors qu’il s’agit de réalités d’une autre type. Il y a d’ailleurs des régions sans vici de ce type, mais qui ont bien, néanmoins, un réseau d’agglomérations.

 

Cet exemple a permis de montrer une des nmbreuses qualités de l’ouvrage. La Cova de Beira apporte des informations de première main sur des dossiers actuellement débattus. L’approche de Pedro Carvalho, qui est archéologique mais reposant sur une solide culture historique, sait fort opportunément soulever les questions importantes.

Le livre de Pedro Carvalho prend légitimement place parmi les œuvres marquantes de l’historiographie sur le monde rural romain.

 

GC - 3 janvier 2009

 

Remerciements à Carlos Castela (www.portugalnotavel.com) pour l’autorisation de reproduction du cliché de Belmonte.

 

Bibliographie

Jorge de ALARCÃO, Novas perspectivas sobre os Lusitanos (e ouros mundos), Revista portuguese de Arqueologia, vol. 4, n. 2, 2001, p. 293-349.

Michel TARPIN, Vici et pagi dans l’Occident romain, collection de l’École Française de Rome, n° 299, 2002, 488 p.

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