Le livre de novembre 2008

 

 

Joëlle BURNOUF,

Archéologie médiévale en France

Le second Moyen Âge (XIIe-XVIe siècle)

Éditions de la Découverte, Paris 2008, 180 p.

 

 

 

 

 

 

PRÉSENTATION

 

Dans l’histoire de l’Occident, le Moyen Âge est un « seuil d’irréversibilité » aussi déterminant que la révolution industrielle. L’émergence des villes, la création des agglomérations rurales, la mise au point du moulin hydraulique et du haut fourneau, les prémisses de l’industrie, le forçage des milieux naturels, la création des paysages modernes : autant de mutations qui vont façonner la période moderne et dont la France contemporaine est l’héritière.

En s’appuyant, depuis les années 1980, sur les données de l’archéologie préventive, les sciences de la Terre et de nouvelles méthodes de datation, l’archéologie médiévale révèle les évolutions du climat et de l’environnement, les relations de l’homme à son milieu, le déplacement des activités lié à l’épuisement des ressources naturelles, la gestion de l’eau et des fleuves, les techniques agraires et artisanales, l’alimentation, l’état sanitaire des populations, les pratiques funéraires...

Joëlle Burnouf fait la synthèse des recherches archéologiques qui renouvellent en profondeur la connaissance de cette période, de ses innovations remarquables comme de ses héritages protohistoriques et antiques. Elle fait apparaître un « autre Moyen Âge », très différent de la vision historique exclusivement fondée sur les sources écrites et les monuments encore conservés, qui éclaire notamment la réflexion contemporaine sur l’environnement et l’aménagement du territoire.

(texte de la 4e de couverture)

 

 

LE SOMMAIRE DU LIVRE

 

Avant-Propos

 

Des milieux et des hommes : un millénaire de contrastes

 

Les dynamiques de l’espace rural

 

L’invention de la ville

 

Les héritages : entre patrimoine et aménagement du territoire

 

Le pouvoir et le sacré : retrouver les idéologies

 

La « révolution industrielle » du secon Moyen Âge

 

Les manières de vivre

 

Conclusion

 

Bibliographie

 

Index

 

 

 

L’AUTEURE

 

Joëlle Burnouf est professeure d’archéologie médiévale à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Archéologue, elle a dirigé à Lyon, de 1984 à 1988, l’un des premiers grands chantiers d’archéologie préventive conduits en France, en préalable à la construction du métro. Elle a ensuite pris la direction des Antiquités historiques et préhistoriques de Lorraine. Présidente de la Société d’Archéologie Médiévale de 1990 à 1999, elle a été responsable de l’équipe d’archéologie environnementale du CNRS, au sein de l’umr 7041.

 

COMMENTAIRE

 

Au lecteur qui en aurait le temps, on pourrait conseiller de faire immédiatement la comparaison entre le Manuel d’Archéologie Médiévale de Michel de Bouard, paru en 1975, et le précis de Joëlle Burnouf. Il mesurerait les immenses avancées d’une discipline encore jeune, mais en pleine conquête de ses territoires par la mise au point de questions et de méthodologies nouvelles. Dire que l’auteure a pleinement vécu cette évolution et constamment souhaité cet élargissement est inutile pour ceux qui la connaissent, utile aux autres lecteurs.

Cette nouvelle archéologie c’est celle des milieux naturels et des relations que les sociétés ne cessent de créer avec eux. C’est encore celle des champs et des villages, des cultures et des élevages, archéologie totalement renouvelée par rapport aux temps où on pensait encore avec les seules catégories (modernes) de la géographie rurale. C’est aussi une archéologie du bâti, un des domaines les plus neufs sortis ces dernières années. Puis c’est l’archéologie de la ville, dont l’auteur n’hésite pas à décrire « l’invention » puisque le mot ville n’apparaît dans les documents qu’à partir du XIIIe s.

Des chapitres de mise en perspective permettent d’aborder des points intéressants et discutés. L’un tourne autour des héritages et relève la part considérable des aménagements dus aux sociétés médiévales. Un autre concerne le pouvoir et le sacré, que J. Burnouf sous-titre « retrouver les idéologies ». Je ne suis pas convaincu que le terme soit le bon. Bien entendu on comprend l’intention : retrouver à travers les lieux de pouvoir, le pouvoir lui-même, à travers les sépultures, les lieux sacrés ; et donc les traiter comme des discours idéologiques. Mais s’agit-il bien d’idéologie ? Ne serait-ce pas d’ontologie dont il est question ? Car l’idéologie, c’est « ce processus de distorsion ou de dissimulation par lequel un individu ou un groupe exprime sa situation, mais sans la connaître ou la reconnaître » (Ricoeur, Idéologie et utopie, Seuil, Paris 1997, , p. 17). Seul l’autre est idéologique, cela va de soi. Ici, dans le cas des sociétés médiévales, on a au contraire des rappels incessants à la place des êtres, des situations assumées, des positionnements pérennes et des cloisons socio-géographiques assez largement infranchissables. La question devient alors celle de savoir si l’archéologie contribue ou non à restituer la place ontologique de chacun, en son lieu propre. 

Un autre chapitre expose la « révolution industrielle » de ce second Moyen Âge. Qu’est-ce qui justifie l’emploi de ces deux termes, révolution et industrie ? La réponse tient aux quantités produites, à la concentration des ateliers, à l’utilisation des machines qui imposent des installations de plus en plus amples. Le chapitre décrit les nombreux domaines dans lesquels l’archéologie a apporté des vues nouvelles. Et il faut attendre le chapitre 6 pour que l’auteur cède à l’exercice classique des planches céramiques (en fait une seule, et pas avant la page 149, quelques pages seulement avant la fin).

Ce qui me paraît le plus neuf est donc l’évidence suivante. Alors que le manuel de Michel de Bouard était tout entier tourné vers la méthodologie qui conduit de la fouille à l’histoire, celui de Joëlle Burnouf minimise les méthodes et les techniques (traitées dans des encarts), au profit des objets, des terrains et des paradigmes nouveaux. Bien qu’elle n’ait cessé d’encourager, depuis vingt-cinq ans, l’archéologie préventive, J. Burnouf sait ne pas s’enfermer dans le chantier. Je comprends mieux alors que son ouverture d’esprit et sa curiosité pour ce qui se fait ailleurs la conduise à cette intéressante déclaration, tout au bénéfice de l’archéogéographie (p. 50-52) :

« Parallèlement, les nouveaux outils de représentation permettent une approche archéogéographique des espaces ruraux. L’archélogie préventive prend place, grâce à ses fouilles sur de grandes surfaces, dans une réorganisation archéogéographique du savoir, dans ses dimensions planimétriques avec l’étude des formes en plan, spatiales avec l’étude des formes en flux et en réseaux, et environnementales avec l’étude des formes paléoécologiques. »

Bien que placée sous le titre “archéologie des paysages” (p. 50), qui est un titre conventionnel mais connu de tous, cette déclaration suggère une véritable réorganisation archéogéographique du savoir. Signe, selon moi, du fait que les milieux géographiques et les interactions spatiales sont réellement entrés dans le champ de la recherche sur la dynamique des sociétés du passé et que le temps de la seule entrée par la fouille, la date, le pouvoir et l’écrit couronnant le tout est en voie de disparition.

 

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