Le livre de septembre 2008

 

 

Andrew FLEMING,

The Dartmoor Reaves. Investigating prehistoric land divisions

Windgather Press, 2e édition, Oxford 2008, 224 p.

 

 

 

 

 

 

L’AUTEUR

 

Andrew Fleming est préhistorien et archéologue du paysage, récompensé par la British Academy en 2007 pour la qualité de ses travaux. Il a aussi publié Swaledale : Valley of the Wild River en 1998 et St Kilda and the Wider World : tales of an Iconic Island en 2005.

 

 

LE SOMMAIRE DU LIVRE

 

Liste des figures

 

Préface de l’édition de 2007

 

Préface de l’édition de 1988

 

 

1. Discovery

 

2. A curious Case of Lost Knowledge

 

3. The Search of a Pattern

 

4. The Pattern Revealed

 

5. Anatomy of a field System

 

6. Excavation

 

7. Reaves and the Prehistory of Dartmoor

 

8. Reaves and the Wider World

 

9. A Cornucopia of Coaxials

 

10. The Quest for Meaning

 

Appendice : Places to Visit

 

Notes des chapitres

 

Bibliographie

 

Index

 

 

 

 

COMMENTAIRE

 

Naissance d’un classique

 

En 1988 Andrew Fleming publiait et faisait connaître l’ensemble des formes planimétriques fossiles ou relictuelles du massif du Dartmoor dans le sud-ouest de l’Angleterre. Le livre connut un succès immédiat et fut récompensé dès 1990 par un prix archéologique. Il est réédité aujourd’hui avec quelques compléments, 20 ans après sa parution.

 

Dès la première édition, les formes fossiles du Dartmoor sont apparues comme étant un des ensembles les plus extraordinaires de paléoplanimétries, puisque les landes du Dartmoor ont conservé les vestiges de murets de pierre qui dessinent sur le sol des voies et des chemins, des limites territoriales principales, des ensembles de division agraire qui adoptent souvent la morphologie des bandes parallèles, des maisons, quelquefois groupées dans des enclos, des amoncèlements de pierre jouant un rôle dans le bornage, pour citer les principales composantes de ce paléopaysage. C’est la nature du milieu géologique et le type d’occupation postérieure moins destructeur qu’ailleurs qui expliquent cette conservation et la possibilité de voir les traces. Mais ce que l’étude d’Andrew Fleming avait établi dès 1988, c’était un ensemble de résultats du plus haut intérêt : 1. l’extension et l’organisation de l’ensemble, couvrant une très grande partie du massif du Dartmoor, sur des milliers et des milliers d’hectares ; 2. la datation haute de leur mise en place puisque A. Fleming proposait une installation à situer au début de l’Âge du Bronze, entre 1700 et 1400 av. J.-C.   3. l’interprétation de cet ensemble comme une vaste planification.

 

Le titre incluait un mot qui allait faire fortune, reaves. Dans le langage local, reave désigne les murets de pierre relictuels des landes, comme celui qui est représenté en couverture, et A. Fleming choisit alors d’utiliser ce mot local pour désigner les principales divisions de l’espace, celles sur lesquelles reposent des divisions secondaires. Reave est ainsi passé dans le vocabulaire archéologique, pour ceux qui s’intéressent aux études de parcellaires protohistoriques.

 

Ensuite, la publication sur les landes du Dartmoor allait contribuer à ancrer dans la littérature archéologique de langue anglaise les cohesive systems que d’autres enquêtes, tout aussi intéressantes, avaient modélisés et dont la publication dans le volume Early Land Allotments de 1978 avait constitué une prise de date et que Fleming rebaptisait en systèmes coaxiaux. Les archéologues britanniques désignent par cette expression de cohesive systems des ensembles de divisions agraires qui ne se sont pas produites par adjonction spontanée d’unités (ce qu’ils appellent agreggate systems), mais au contraire qui sont issus d’un principe de division matérialisé avant qu’on n’établisse les subdivisions éventuelles. La matérialisation de ce principe c’est la trame de bandes qui, cartographiée, donne en effet l’aspect d’un ensemble cohérent, d’où le nom.

 

 

Une relecture

 

Aujourd’hui, la relecture de cet ouvrage ne manque pas d’intérêt. Outre le fait qu’on a plaisir à revisiter un classique, on trouve dans l’ouvrage et dans l’ensemble de la littérature qui concerne les planimétries fossiles, des éléments fort intéressants.

J’ai relu ce texte, le livre d’une main, l’image de Google Earth de l’autre, comparant sans cesse le texte et les figures avec les images que la technologie met aujourd’hui à notre disposition. Enfin je voyais ce que le livre décrivait et dont l’illustration précieuse mais limitée ne donne qu’une idée. Mon intérêt pour ce travail n’en a été que plus grand.

 

L’intérêt de la réédition, qui n’est pas qu’une simple réédition pro forma, est bien de suggérer des avancées. La première que je relève est le succès du changement du vocabulaire par rapport à l’état de la réflexion lors de la publication du volume Early land allotments. Aujourd’hui, “Cohesive system” n’est plus employé pour qualifier ces ensembles, et c’est la notion de coaxial land division qui, un peu partout, rend compte des formes. Andrew Fleming la développe dans les chapitres de mise à jour qui ont été rajoutés à la présente édition. Ce n’est pas le lieu de dire ici ce qu’il faut penser de ce changement, qui est important, sur le plan théorique. Je le ferai ailleurs.

Mais l’élargissement de la réflexion sur les ensembles coaxiaux mérite examen. L’autre relecture que le livre propose est en effet de situer la découverte de la planification agraire du Dartmoor dans l’ensemble de la recherche sur les divisions du sol qui adoptent le principe de la coaxialité. En s’appuyant sur des découvertes et des hypothèses nouvelles, A. Fleming montre bien que la question de la paléoplanimétrie agraire est en plein essor. Une des observations de l’auteur dans le chapitre 9 est de montrer le développement des analyses régressives de parcellaires dans lesquelles d’autres chercheurs envisagent l’héritage d’un ancien système coaxial. Il cite ainsi des travaux publiés en 2003 ou 2005 pour les plus récents. Bref, après le temps de la compilation archéologique — qui a conduit des celtic fields aux systèmes coaxiaux, et qui a donné dans ce pays des résultats saisissants —  semble venir celui de l’analyse morphologique.

 

On regrette alors, et c’est la seule critique que la lecture du livre appelle, que la cartographie des ensembles du Dartmoor ne soit pas plus développée et que l’on doive encore se contenter d’un petit nombre de figures, celles publiées dans le chapitre 4 pour l’essentiel, souvent à échelle assez réduite. Un chapitre d’atlas aurait été bienvenu dans la réédition. Espérons que ce manque soit rapidement comblé. Car, à mon sens, c’est l’analyse morphologique elle-même qui en souffre. Elle reste limitée et, par exemple, l’absence d’étude systématique de la métrologie ne rend pas le service qu’on pourrait en attendre pour asseoir les hypothèses de l’auteur sur la planification.

 

Voir une sélection d’images de Google Earth dans la photothèque :

Habitats et parcellaires anciens du Dartmoor, (Angleterre, Devon)

 

 

 

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