Le livre de mars 2008

 

 

LA MÉMOIRE DES FORÊTS

 

Actes du colloque

« Forêt, archéologie et environnement »

14 - 16 décembre 2004

 

 

 

L’illustration du volume est une « griffe sur ardoise » due à Antoine Carton

 

 

La mémoire des forêts, Actes du colloque « Forêt, archéologie et environnement » (14 - 16 décembre 2004), Textes réunis et présentés par Jean-Luc DUPOUEY, Etienne DAMBRINE, Cécile DARDIGNAC, Murielle GEORGES-LEROY, Coédité par l’Office national des forêts, l’Institut national de la recherche agronomique et la Direction régionale des affaires culturelles de Lorraine, Nancy 2007, 294 p.

 

On trouve l’intégralité des actes du colloque sur le site Sylva 2004

http://www.nancy.inra.fr/sylva2004/

 

 

 

Table des matières

 

Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

 

Quelques évolutions récentes des relations entre archéologie, forêt et environnement

Jean-Luc Dupouey, Etienne Dambrine, Cécile Dardignac, Murielle Georges-Leroy . . . . . . . 9

Le géographe et les archéologues des sylvosystèmes

Jean-Pierre Husson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

 

1ère partie : Évolution des paysages forestiers et usages

anciens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

 

Transmissions et transformations dans les formes parcellaires en France

Esquisse d’un schéma général d’interprétation

Gérard Chouquer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21

Pédoanthracologie, dynamiques de végétation et anthropisation dans les Hautes-Vosges

(Massif du Rossberg, Haut-Rhin, France)

Stéphanie Goepp, Dominique Schwartz, Michel Thinon, Christian Jeunesse . . . . . . . . . . . 35

Impact environnemental des activités paléométallurgiques sur la forêt du Morvan

(région du Mont-Beuvray). Résultats croisés des analyses pollinique et géochimique.

Isabelle Jouffroy-Bapicot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

La forêt jurassienne au cours des deux derniers millénaires à la lumière de quelques

diagrammes polliniques

Emilie Gauthier, Hervé Richard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

Analyse pollinique de la mardelle d’Assenoncourt (Moselle, France) : impact des pratiques

agricoles sur la biodiversité végétale en milieu forestier

Pascale Ruffaldi, Frédéric Ritz, Hervé Richard, Etienne Dambrine et Jean-Luc Dupouey .  69

Etude xylologique et typologique des tablettes à écriture antiques en bois à partir

des découvertes faites à Saintes (Charente-Maritime)

Nima Saedlou, Monique Dupéron . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79

Eco-histoire de la Forêt de Pinus nigra Arnold ssp. Salzmanni (Dunal) Franco

de Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault, France)

Jean-Louis Vernet, Anaïke Meter, Lamri Zéraïa . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87

 

2ème partie : Caractérisation des occupations anciennes en

forêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

 

Caractérisation des sites antiques dans les forêts du Berry et du Bourbonnais

Laure Laüt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99

La forêt de Brotonne dans l’antiquité

Marie-Clotilde Lequoy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109

Les parcellaires anciens fossilisés dans les forêts lorraines

Murielle Georges-Leroy, Dominique Heckenbenner, Jean-Denis Laffite, Nicolas Meyer,

avec la collaboration de Etienne Dambrine et Jean-Luc Dupouey . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121

Etat actuel des connaissances sur les sites archéologiques forestiers du Châtillonnais :

l’exemple des parcellaires

Yves Pautrat, Dominique Goguey . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

Le bois des Saints-Pères à Cesson (Seine-et-Marne)

Alain Senée, Dominique Robert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147

Toponymes témoins de l’histoire de la fronde (1648-1652)

Alain Senée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151

Les apports du laser aéroporté à la documentation de parcellaires anciens fossilisés par la forêt : l’exemple des champs bombés de Rastatt en Pays de Bade

Benoît Sittler, Karl Hauger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155

Biodiversité et archéologie : une étude interdisciplinaire en forêt de Rambouillet (Yvelines, France)

Thomas Vigneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163

 

3ème partie : Impact des occupations anciennes . . . . . . . . 173

 

Impact des anciennes formes d’utilisation sur les sols forestiers dans les Vosges et en Forêt Noire

Katrin Bürger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175

Impact des usages agricoles antiques sur la végétation en forêt de Saint-Amond :

interaction avec le traitement sylvicole actuel

Jean-Luc Dupouey, Delphine Sciama, Jean-Denis Laffite, Murielle Georges-Leroy,

Etienne Dambrine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 181

Communautés végétales révélatrices de sites archéologiques dans les forêts du nord de la France

Guillaume Decocq . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191

Stations forestières et archéologie aux Sources de la Seine

Eric de Laclos, Michel Mangin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203

Impacts anthropiques anciens sur les sols forestiers. Quelques études de cas en contexte

archéologique et expérimental

Anne Gebhardt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211

Bioindication végétale des sites archéologiques en Limousin et en Forêt d’Orléans

Axel Ghestem . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219

Impact de l’habitat du Bas Moyen Age du Goënidou et de son parcellaire associé sur

l’environnement actuel : approche par une étude de végétation (Berrien, 29)

Quentin Lemouland, Gwenhaël Perrin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235

Le projet “Saint Martin”. La mémoire du sol : restitution d’un paysage ancien par mesure

de l’impact de l’occupation et de pratiques agraires anciennes sur le fonctionnement actuel

du milieu biophysique.

Jean-Louis Maigrot, Patrice Beck, Gérard Chouquer, Pierre Curmi, Etienne Dambrine,

Jean-Luc Dupouey, F. Faucher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245

Effets à long terme des pratiques agricoles sur les populations d'arthropodes : inventaire

du site de Thuilley-aux-Groseilles (54)

Anne Vallet, Michel Loubère, Hervé Jactel, Gilles Jacquemin, Jean-Claude Streito,

Luc Plateaux, Thierry Robert, Nicolas Kaminski, André Claude, Etienne Iorio,

Jean-Luc Dupouey, Etienne Dambrine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255

 

4ème partie : Gestion des sites archéologiques . . . . . . . . . 261

 

La prise en compte du patrimoine archéologique dans la gestion forestière

L’exemple de l’Île-de-France

Cécile Dardignac . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263

Archéologie et espaces forestiers, l’accord complémentaire

Stéphanie Jacquemot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269

La collaboration archéologique entre le service régional de l’archéologie de Haute-Normandie et l’Office National des Forêts pour la gestion des vestiges archéologiques

Thierry Lepert, Jean Meschberger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277

Palimpsestes et héritages des poléopaysages dans les massifs du Saillant de Saint-Mihiel

Frédéric Steinbach, Jean-Pierre Husson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285

 

 

Présentation

 

Voici un ouvrage important car il aide le lecteur non spécialiste à retenir de bonnes idées sur la dynamique des forêts. Le thème du livre, qui développe les communications présentées lors d’un colloque de 2004, est le rapport entre la forêt et le passé, rapport pensé sous l’angle de la mémoire des forêts, et médiatisé par la collaboration entre les forestiers et agronomes spécialistes des forêts actuelles et les archéologues et paléo-écologues, spécialistes des occupations anciennes des sols.

 

De partie en partie, les idées reçues tombent les unes après les autres, s’il était encore besoin de le faire.

La première est que la forêt n’est plus naturelle, mais profondément travaillée, exploitée, transformée par les sociétés et depuis longemps. La seconde est que le schéma linéaire d’évolution qui irait, comme on le pensait jadis, « de la grande sylve primitive, entrecoupée de quelques soubresauts de reconquête lors des périodes de récession, jusqu’aux noyaux de forêts anciennes relictuelles que nous aurait laissé, en France, le XVIIIe siècle » (p. 9) est de moins en moins en accord avec les constats. La forêt a connu des phases d’ouverture et des fluctuations qui ne sont pas linéaires. De tels résultats sont connus depuis quelque temps déjà et les responsable de cet ouvrage rappellent fort opportunément les colloques ou ouvrages qui ont précédé le leur.

Le livre donne, dans ce domaine, des contributions fort précieuses pour mesurer l’ampleur des occupations anciennes en milieu forestier actuel, signe des transformations radicales des paysages. Une image utilisée par les responsables scientifiques du colloque et du livre donne la mesure : on trouve aujourd’hui, dans les forêts lorraines, des planimétries (avec voies, parcellaires, modelés fossiles) aussi étendues que la plus grande des centuriations romaines d’Orange. De tels dossiers vont désormais prendre une place décisive dans la description des “paysages” agraires de la Gaule de l’Antiquité, âge du Fer et époque romaine compris.

 

D’autres questions sont plus récentes et reçoivent ici un début de réponse. La plus neuve, sans doute, est le constat qui commence à être fait, selon lequel des occupations très anciennes, remontant par exemple à plusieurs siècles et même à deux millénaires, et abandonnées par la suite, laissent une empreinte écologique, en ce sens qu’il peut y avoir une transformation physico-chimique locale durable qui devient un nouveau marqueur de la présence ancienne, utile aux archéologues, et un élément de connaissance sur la durée des effets d’une transformation, précieux aux écologues et aux aménageurs. Le changement apporté au statut de la connaissance est intéressant puisque les traces d’une occpation ancienne ce ne sont plus seulement des formes et des modelés fossiles, prospectés en forêt par des techniques pédestres ou aéroportées, mais aussi des taux de phosphore, des taux de productivité forestière, des jaunissements d’arbres, etc. Quand la flavescence devient un indice de l’histoire des sols ! Bref, du passé qui, peu à peu, révèle son impressionnante et fluctuante empreinte dans les matérialités actuelles. 

 

Archéologie de la forêt ou archéologie en forêt ? Sur cette question, également, l’approche du colloque est neuve. Les organisateurs se proposent de dire qu’il n’y a plus à opposer les deux approches, comme on l’a fait par le passé. Ils écrivent (p. 10) :

« On a longtemps distingué deux types de pratique de l’archéologie dans les forêts : l’archéologie forestière proprement dite, qui recouvre les questions précédentes, et dans laquelle la forêt est bien la cible principale des études entreprises, et l’archéologie « en forêt », où l’on s’intéresse aux vestiges archéologiques conservés dans les forêts, sans intérêt particulier pour l’environnement forestier, comme on les étudierait sous d’autres types de couvert. Ce deuxième type d’activité archéologique s’appliquait par exemple aux structures recouvertes par la forêt postérieurement à leur abandon et qui, au départ, n’avaient aucune relation avec le milieu forestier. Nous voudrions montrer ici pourquoi cette distinction est artificielle, et comment des résultats de recherche récents la rendent partiellement caduque. »

 

Enfin, l’ouvrage aborde la question de la protection du passé en notant la forte attente des populations et en souhaitant que l’histoire des forêts devienne un élément de la réflexion écologique.

 

 

Parmi les réussites de cette édition, relevons la capacité des organisateurs à associer des démarches et des résultats qui, d’ordinaire, sont traités dans des colloques séparés : fouilles, prospections de toutes sortes, étude de planimétries parcellaires, analyses de sols, palynologie, etc. La naissance d’une véritable archéogéographie écologique ou paléo-écologique est à ce prix.

 

 

Le CD

 

Excellente est l’idée de joindre l’enregistrement des ponctuations musicales du colloque dues à l’écriture et à l’interprétation de Jean-Michel Albertucci. Leur écoute offre un plaisir qu’on souhaiterait rencontrer plus souvent dans ce genre d’édition.

Ces 15 créations forment un concert des forêts, pour piano seul. Malgré la prise de son excellente mais particulièrement fouillée (mais n’est-ce pas un clin d’oeil aux archéologues présents dans la salle ?), qui vous fait entrer littéralement dans le piano et favorise plutôt le medium et le début de l’aigu au détriment de la profondeur des graves (inévitable en prise de son avec public), l’atmosphère de ces quinze pièces est envoûtante. On aime tout particulièrement « Pollens » sorte de Satie des spores, « Vestiges » debussyste (oui, mais pourquoi ? parce que l’archéologie c’est de l’impressionnisme ?), « Minéral » qui a la clarté de l’écriture à la française telle qu’on la concevait à la fin du XIXe s., « Horizons » rappelant parfois l’atmosphère de Reynaldo Hahn, « Bel inventaire » à l’ostinato à la Scelsi, immobilement mutant.

Bravo !

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