Le livre de janvier 2008

 

 

Pouvoir et Territoire I

(Antiquité - Moyen Âge)

 

Actes du colloque organisé par le CERHI

Saint-Étienne, 7 et 8 novembre 2005

 

 

 

 

 

Pouvoir et Territoire I (Antiquité - Moyen Âge), Actes du colloque organisé par le CERHI (Saint-Étienne, 7 et 8 novembre 2005), Textes réunis et présentés par Philippe Rodriguez, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2007, 336 p.

 

 

 

Le colloque « Pouvoir et Territoire » a été organisé par le Centre de Recherche en Histoire (CERHI, direction : Yves Perrin) de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne en novembre 2005. Les actes paraissent deux ans après, réunis et présentés par Philippe Rodriguez, avec le concours de Manuel de Souza. L’ouvrage rassemble 18 communications.

 

Table des matières de l’ouvrage

 

Un glossaire de huit pages complète le livre.

 

 

Présentation de l’ouvrage

 

Le projet du colloque était d’interroger la dimension politique qui unit une société à un territoire. « Réalité humaine, le pouvoir politique, quelle que soit sa nature, s’exerce sur et dans un espace qui lui est territoire. Le pouvoir s’affirme en organisant les cadres de la société qu’il domine ou veut dominer, et l’espace lui laisse un champ d’action assez large. Cependant, l’espace échappe en partie au pouvoir, et ces deux objets de nature différente entretiennent des relations complexes, qui se cristallisent autour de la notion de territoire », écrivent Philippe Rodriguez et Manuel de Souza en introduction (p. 7-8).

 

Les responsables du colloque ont choisi d’organiser les textes autour de trois grandes séries de questions, en mêlant à chaque fois, ce qui est peu fréquent, les analyses portant sur l’Antiquité et celles qui concernent le Moyen Âge. Le parti-pris d’histoire comparée est ainsi intelligemment suggéré, mais laissé à l’appréciation du lecteur.

La première partie réunit 7 communications qui entendent démontrer comment « le pouvoir définit le territoire ». Leur point commun est de partir de la connaissance d’un pouvoir, de son action et de ses instruments pour chercher comment ces diverses intentionnalités se projettent dans l’espace et fabriquent du territoire. Ainsi on réfléchit sur le rapport entre une communauté juridique (une cité par exemple) et son territoire, sur l’effet des réformes politiques sur l’organisation spatiale et territoriale (en Grèce antique), sur la traduction d’une institution dans le territoire (le pouvoir judiciaire au Moyen Âge). Le point de vue est quequefois critique, par exemple lorsque Marie Saudan fait le constat que les mentions de monnaies ne sont pas souvent un bon marqueur de l’emprise territoriale au Moyen Âge dans le Massif Central.

Dans la seconde partie, « le pouvoir s’affirme et s’affiche sur le territoire urbain ». Que ce soit à travers la législation sur les constructions privées, les sanctuaires, l’expression urbaine à Rome sous les Flaviens, etc., il s’agit de mesurer l’action des pouvoirs dans ce lieu emblématique qu’est la ville. Cette partie regroupe six communications, formant, comme l’exprime François Favory en conclusion, un colloque dans le colloque.

Enfin, la troisième partie réunit 6 communications qui interrogent « le rapport de l’espace au politique ». Ce sont les communications qui partent des artefacts archéologiques (contributions des archéologues) ou des planimétries (contributions des archéogéographes) et qui disent, chacune à sa façon, la difficulté qu’il y a à articuler les observations du terrain avec les grandes lignes de l’histoire politique et administrative. Autrement dit, si, dans les parties précédentes on était convié à aller du politique à l’espace correspondant, non sans interrogations et sans analyses critiques, mais toujours avec vraisemblance, dans cette dernière partie on est plutôt convié à ne pas aller aussi aisément qu’on le pense de l’observation de l’espace à l’explication politique correspondante. Pourquoi ? Parce que la longue durée intervient dans la formalisation des objets (planimétriques notamment) et qu’il faut en passer par la connaissance de leur dynamique avant d’aller vers des états plus anciens.

 

Dans sa conclusion, François Favory insiste sur quelques idées générales. Il souligne l’intérêt du thème proposé par les organisateurs, la difficulté qu’il y a à le traiter, la place originale du thème « pouvoir et territoire urbain », ainsi que l’intérêt des approches différentes sur un même espace de référence (par exemple lorsque Claude Colombet-Lasseigne pave l’espace du Forez de circonscriptions judiciaires, alors que Sylvain Excoffon se limite à des semis de points pour s’interdire de lui donner une épaisseur spatiale qu’il ignore). Au terme d’une lecture attentive et critique des contributions, François Favory plaide pour la prise en compte de la longue durée, en insistant, tout en s’excusant de cette “insolence” (puisqu’il est Antiquisant), sur le déficit de la médiévistique française qui ne s’intéresse pas assez à l’Antiquité tardive et au proto-Moyen Âge. Il suggère, au contraire, un vrai décloisonnement, en reprenant le « grand mot lâché par Magali Watteaux, celui de “résilience” », grand mot qu’il connaît mieux que personne, puisqu’il a contribué à animer le « programme Archaeomedes » qui l’a installé dans l’horizon de la recherche. Il renvoie, en définitive, au « besoin pressant de théoriser », notant au passage que les communications des archéogéographes montrent, dans leur domaine, la marche à suivre.

 

 

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