DICTIONNAIRE

DE L’ARCHÉOGÉOGRAPHIE

 

 

(version provisoire, en cours d’élaboration)

 

 

 

Indication des auteurs de notices

CL = Cédric LAVIGNE

CM = Claire MARCHAND

FF = François FAVORY

GC = Gérard CHOUQUER

MW = Magali WATTEAUX

SR = Sandrine ROBERT

 

 

 


 A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z 


Ager publicus

« Terre publique ». Par cette expression, l’autorité romaine désigne les territoires étrangers dont elle s’empare, quel que soit le mode de dévolution qu’elle en fera ensuite. L’ager publicus peut, en effet, être laissé à la libre occupation individuelle (ager occupatorius), donné à des temples, à des collectivités ou à des biens méritants, divisé et assigné à des colons (ager divisus et adsignatus), utilisé pour compléter une assignation d’une autre cité (voir : ager sumptus ex alieno territorio), remis au prince comme bien fiscal, vendu pour dégager des fonds (ager quaestorius), etc.

 


Ager sumptus ex vicino (ou alieno) territorio

« terre prise à un territoire voisin (ou étranger) ». Dénomination employée par les écrivains gromatiques pour désigner la terre qu’on prend (ou qu’on achète) à un territoire voisin de (ou étranger à) une cité coloniale, pour compléter l’assiette d’une assignation de terres à des colons. Le plus étonnant est qu’on peut prendre des terres dans une cité lointaine voire non contiguë, et que la juridiction appartient à la colonie et non à la cité amputée.

 


Agglomération antique

Expression générale pour désigner les formes groupées de l'habitat qui s'apparentent à ce que nous désignons aujourd'hui par des termes comme "ville" ou "urbain". Pour introduire de la variété, les archéologues emploient souvent des mots ou expressions comme chef lieu de cité, vicus, agglomération secondaire. Mais le mélange des genres est fatal car on confond des registres et on emploie à tort des mots de sens précis dans des contextes qui ne les concernent pas, comme dans l’exemple du vicus (voir à ce mot).

 


Agrosystème

C'est un écosystème organisé par l'homme pour produire une certaine quantité et une certaine qualité de matière vivante, animale et/ou végétale. On peut dire qu'un agrosystème est un écosystème tronqué, parce qu'organisé par l'homme dans le sens de ses besoins ; exportateur, puisqu'il répond à la nécessité du prélèvement de matière vivante ou morte ; enfin, déséquilibré, lorsque la production animale l'emporte sur la production végétale. L'agrosystème est un écosystème dont on a remplacé les équilibres naturels par des équilbres secondaires. L'agrosystème est dominé par les impératifs de la ressource, de la domestication et de la mise en culture.

 


Aménagement

Toute transformation volontaire d’un milieu pour répondre à une fonction sociale : irrigation (Berger et Jung 1996), drainage, grands travaux, canaux et hydraulique diverses (Leveau 1993 ; 2001), assèchement d’étangs (Abbé 2006  qui préfère ce concept à celui de planification pour les petits étangs qu’il étudie, ce qui n’empêche pas une division parcellaire nouvelle), routes, parcellaires.

 


Analyse des données

Discipline née dans les années 1960, qui regroupe toutes les méthodes statistiques visant à réduire, structurer, expliquer, déterminer des phénomènes variés décrits par de nombreuses variables (Djindjian 1991, 343) : voir, ici, analyse factorielle des correspondances, classification ascendante hiérarchique. [FF]

 


Analyse factorielle des correspondances (AFC)

L’analyse des correspondances est une analyse factorielle, utilisant la méthode du c2. Elle permet d’analyser ensemble et de représenter sur le même graphique les individus analysés et les variables (leurs caractères). On peut ainsi, par exemple, tenter d’établir la typologie de faits archéologiques (sites, objets), dans la diachronie ou la synchronie, en fonction des caractères que ces faits partagent plus ou moins. Les individus les plus proches par les caractères partagés s’agglomèrent en classes et de distinguent plus ou moins des individus partageant d’autres variables. Le principe est que les individus et les caractères qui les décrivent sont disséminés dans un nuage multidimensionnel qui possède des directions d’allongement, les axes principaux d’inertie ou axes factoriels. Ils construits orthogonalement entre eux, deux à deux, et sont classés par ordre décroissant de la dispersion de la projection des points (individus et caractères) sur l’axe : cette dispersion est appelée variance ou inertie. L’axe 1 a la plus forte inertie et son interprétation donne la clé de l’allongement maximal du nuage de pioints, qui exprime les plus fortes distinctions, que traduisent les représentations graphiques en 2 (logiciels ADDAD, ANACONDA, SPAD, etc.) ou 3 dimensions (logiciel MacSpin). On ne retient et considère que les premiers axes factoriels (généralement les 3 premiers), qui mettent en évidence la structure et les propriétés globales de la population étudiée et permettent de dégager des classes avec leur profil qualitatif. En outre, ce type d’analyse invite à revenir sur les descripteurs retenus, car elle distingue les caractères les plus discriminants et signale ceux qui, au contraire, manifestent une trop grande singularité, due à une élaboration malhabile des variables, ou une trop grande banalité. [FF]

 


Analyse multivariée

L’énoncé désigne toute forme d’analyse statistique portant sur un tableau d’individus décrits par plusieurs variables qualitativement distinctes : par exemple, des établissements ruraux, décrits du point de vue de leur taille, de la nature, de la qualité et de la diversité de leurs matériaux et de leur mobilier, de leur fonction, de leur chronologie, de leur site, de leur situation dans le réseau d’habitat, etc. [FF]

 


Anisocline

qui n’est pas de même orientation : mot forgé pour indiquer la rupture dans la transmission d’une orientation. Voir à isocline.

 


Anisotope

qui n’est pas au même emplacement : mot forgé pour indiquer la rupture dans un emplacement, une losalisation.

 


Anthracologie

(du grec anthrax, anthrakos, charbon ardent)  Étude des charbons de bois conservés sur les sites archéologiques. L’observation microscopique des structures anatomiques permet l’identification des essences. L’anthracologie a pour but de reconsituer l’évolution de la végétation et de la gestion des essources ligneuses.

 


Anthroposystème

Concept élaboré par les travaux du Programme Environnement Vie et Sociétés du CNRS (PEVS-CNRS) et défini comme étant un système interactif entre deux ensembles : un ou des sociosystème(s) et un ou des écosystème(s) naturels et / ou artificialisés, s’inscrivant dans un espace géographique et évoluant avec le temps.

 


Archéogéographie

Discipline cherchant à refonder les objets de l’histoire de l’écoumène par une pratique résolue de l’archéologie des savoirs et à réorganiser le discours sur les dynamiques spatiotemporelles des milieux, espaces, paysages et environnements. Cette construction intellectuelle associant deux disciplines (archéologie et géographie) s'explique par l'objet même de la recherche, les milieux géographiques des sociétés du passé et consacre l’efficacité actuelle des relations entre les deux communautés. Mais elle crée, renforce et revisite les liens avec d’autres disciplines : sociologie des sciences, épistémologie des sciences humaines, anthropologie, "nouvelle" géographie, histoire, sciences naturalistes.

Dans son Dictionnaire, Jacques Lévy distingue trois formes de géographie du passé :  

«  Le mot “géographie” désigne toutefois aussi trois autres réalités du passé qui ont encore une résonance dans le présent :

1. La géographie comme regard à la fois empirique et théorique, rationnel, éthique, esthétique, sur l’ici et l’ailleurs, sur la Terre et le Monde, qu’on peut appeler paléogéographie, qui naît et se développe dans les civilisations méditerranéennes (Grèce et monde arabe surtout) de l’Antiquité à la Renaissance européenne.

2. La géographie comme exploration et description systématique de la Terre, qu’on peut appeler aujourd’hui archéogéographie, avec des prémisses chez les Grecs, une présence significative dans la Chine impériale, des Han aux Qing et une montée en puissance dans l’Europe du 16e au 19e siècle.

3. La géographie comme ensemble de discours combinant une étude des différents « genres de vie » selon les lieux, une idéologie nationale et une discipline scolaire. On peut nommer cet ensemble « géographie traditionnelle », « géographie classique » ou protogéographie. Elle se manifeste surtout en Europe, et tout particulièrement en France, dans la seconde moitié du 19e et dans la première moitié du 20e siècle. »

(Jacques Lévy et M. Lussault, Dictionnaire de la géographie, art. géographie, rédigé par J. Lévy).
Les géographes sont actuellement très soucieux de ne pas paraître cautionner la géographie traditionnelle ou classique qui s'était développée dans les années 1860-1960 et que Jacques Lévy qualifie « d'ethnographie systématique des sociétés rurales (les genres de vie de Paul Vidal de la Blache) dans le cadre d'un paradigme lamarckien privilégiant, comme grille de lecture, les différentes modalités d'adaptation de la société au "milieu" naturel ». C'est la raison pour laquelle cet auteur poursuit : « Bien évidemment, les acceptions "encyclopédique" (géographie = nomenclature des noms de lieux) naturaliste (géographie = ensemble des "conditions naturelles") et écologique (géographie = relations "homme/milieu") doivent être fermement bannies, sauf par ceux qui viseraient à enfermer la géographie d'aujourd'hui dans la paléo-, l'archéo- ou la proto-géographie ».

Nous ne pouvons que souscrire à cette refonte des paradigmes d'une géographie et d'une géographie historique qui avaient atteint un très grand degré de vacuité. Mais nous attirons l'attention sur l'exclusive que fait peser cette façon tranchée de définir les champs d'investigation, parce qu'elle assimile, de fait, l'objet du passé, à la façon ancienne de l'étudier. Nous avons plus d'une fois éprouvé cette difficulté : étudier les formes, malgré l'emploi de concepts rénovés, fait que nous sommes rangés dans la ringardise. Or la question reste posée par la définition ci-dessus exprimée : si faire de l'archéogéographie c'est risquer d'enfermer la géographie d'aujourd'hui dans quelque chose de contestable, comment nommera-t-on la discipline qui étudie, ici et maintenant, la géographie des sociétés du passé et qu le fait avec des concepts renouvelés ? À cette question la série des définitions de J. Lévy ne permet pas de répondre. Nous pensons donc que la définition de la notion d'archéogéographie par Jacques Lévy reste trop marquée par le désir de rupture (entre géographie pré-épistémolgique et géographie épistémologisée) et par le dualisme (entre les sociétés et le naturel) qui marquent la vision de la géographie. [GC]

 


Archéologie

Discipline qui raconte le récit de l’affranchissement progressif de l’homme par rapport aux contraintes de la nature (déterminisme).Science de la reconstruction des systèmes culturels (F. Djindjian) ou discipline historique de compréhension des sociétés du passé s'intéressant aux vestiges matériels (A. Lehöerff). En archéogéographie, le terme désigne trois choses : le milieu professionnel dont a émergé la discipline, parce que nombre des archéogéographes sont archéologues, (aéro)topographes historiques, archéomorphologues, géoarchéologues, etc. ; ensuite l'intérêt pour la durée historique, c’est-à-dire la compréhension des héritages et des transmissions jusqu’à nous et des événements qui les ont provoqués ; enfin, il évoque un recours constant à l’archéologie du savoir, parce que nous réinterrogeons les objets installés par l’histoire et la géographie d’antan, pour les recomposer. [GC]

 


Archéologie du savoir

Expression inventée par le philosophe Michel Foucault et titre d’un de ses ouvrages (1969). Dans “Les Mots et les Choses, Une archéologie des sciences humaines” (1966), le philosophe avait ouvert une interrogation majeure : pourquoi l’homme et ses réalisations ne sont-ils devenus objets d’étude qu’à partir du XVIIe s. ? Il en faisait l’étude à travers trois domaines : la grammaire générale ; l’analyse des richesses ; l’histoire naturelle. Puis il repérait, au début du XIXe s. la naissance des disciplines : la philologie, la biologie, l’économie politique, etc., observant que le système des positivités avait changé de façon massive au tournant des XVIIIe et XIXe s. L’archéologie désigne donc l’enquête sur la connaissance, son organisation et son espace (épistémé), et tente d’expliquer en quoi il y a eu, et il peut y avoir encore, émergence de positivités nouvelles. Dans “L’archéologie du savoir” (1969), Foucault s’étend sur les raisons de l’emploi du terme archéologie. Pour lui, l’archéologie est l’étude des discours dès lors qu’ils se donnent comme domaines autonomes, à la fois familiers et énigmatiques. Toute discipline créant son espace de positivité et définissant ses objets tend ainsi à devenir une unité de discours dont on peut faire l’archéologie. Dès lors qu’elle nomme et circonscrit en disant les choses, elle les fait entrer dans le domaine de l’archive. Ainsi l’histoire, l’archéologie, la géographie, l’anthropologie historique, etc. sont des disciplines dont il est très intéressant d’entreprendre l’archéologie, c’est-à-dire le déploiement des modalités qui ont conduit à dire les choses par des mots et à les dire ainsi et pas autrement. L’archéogéographie c’est, en ce sens, l’archéologie du savoir géographique, historique et archéologique concernant l’espace-temps des sociétés du passé. C’est l’enquête sur le discours de ces disciplines, avec l’objectif de créer un autre discours fondé sur une autre conception de la positivité. [GC]

 


Archéomorphologie

1. Notion utilisée et développée par les chercheurs dans les années 1980-2000 (Chouquer 1989, 1990, entre autres références), pour caractériser la recherche sur la morphologie agraire, dans l’acception que lui donne le géographe Robert Lebeau : “On donne le nom de morphologie agraire au dessin, à l’aspect des parcelles, des chemins d’exploitation, à la disposition relative des champs, des bois, des pâturages, dans un finage” (Lebeau 1969, p. 8). L’archéomorphologie vise donc à reconnaître dans les représentations planimétriques des XIXe et XXe s., et dans les images aériennes ou satellitaires des paysages contemporains, l’empreinte des strates de la morphologie agraire aménagées par les sociétés rurales antiques et médiévales.

2. Les parcellaires et les planifications cadastrales ayant été les principaux objets de cette recherche, pour beaucoup l’analyse des formes était donc la recherche sur les agencements parcellaires, ce qui est réducteur. En effet, un bassin-versant, un réseau d’habitat, un dispositif écogéographique sont également des formes de l’écoumène, susceptibles de dynamiques et d’héritages. Pour cette raison, nous relativisons ce terme et inscrivons l’analyse des formes comme une des composantes de l’archéogéographie.

 


Artialisation

Le terme est de Montaigne (Écrits, III, 5 : « nature artialisée »), repris par Charles Lalo (Introduction à l’esthétique, Paris 1912, p. 131), et par Alain Roger (1997, 16 sq.). L’artialisation est la transformation d’une matière naturelle neutre en matière esthétique. Deux procédés sont possibes, ce qu’Alain Roger nomme la double artialisation. Soit on intervient sur la nature elle-même et on réalise alors une artialisation in situ ou in vivo (par exemple, peindre un corps, arranger un jardin, etc). Soit on élabore « des modèles autonomes, picturaux, sculpturaux, photographiques, etc. » dont l’appropriation permettra de transformer le regard de l’observateur, ce qui correspond alors à une artialisation in visu. Le terme renvoie aussi à la gamme très riche des procédés mis en œuvre par la Modernité pour voir autrement les choses que ce qu’elles sont : voir à paysage, hyperesthésie, obesthésie, modèle, etc. [GC]

 


Associations et conflits de formes

Voir à Théorie des associations et des conflits de formes.

 


Asynchronie

Situation de décalage qui se constate entre les formes de dynamique d'un lieu à l'autre, y compris à très grande échelle. Par exemple, la répartition fortuite des orages et tempêtes et de leurs effets provoque des évolutions très différentes d'un lieu à l'autre.

 


Auto-organisation des formes planimétriques

Capacité d’un ensemble de formes existant à la surface de la Terre à évoluer en système organisé, sans l’intervention d’une planification volontaire intervenant sur la structure d’ensemble et sans avoir besoin de cette intervention pour en rendre compte (et bien que le processus puisse comporter un épisode planifié). Processus selon lequel la dynamique d’une forme (un parcellaire, un réseau viaire, un réseau d’habitats) ne dépend pas uniquement d’une cause directe de courte durée, mais obéit à des logiques de transmission et de transformation dans le temps long. Une forme auto-organisée est une forme qui, grâce aux transformations dont elle est l’objet, maintient sa structure bien au-delà des circonstances historiques qui lui ont donné naissance. On emploie ce concept pour rendre compte de l’évolution et de la structuration du système de l’habitat et pour l’étude des systèmes de formes (voies et parcellaires) dans la longue durée. Mais cette liste n’est pas limitative. [GC]

 


Bourg

« Entre ville et village, le bourg est une petite agglomération qui se distingue des villages voisins et plus petits par la tenue régulière d’un marché, par des magasins et des services élémentaires… Si le rayonnement commercial est le trait principal du bourg, son origine est militaire, ou du moins défensive » (Brunet et al. 1992, s. v.).

 


Boussole des épistémologies

Figure rhétorique empruntée à Dominique Boullier (2003). Ce chercheur a eu l’idée d’ordonner les principales modalités de connaissance et de rapport au monde selon deux axes croisés. L’un est l’axe des certitudes et des incertitudes ; l’autre celui des attachements et des détachements. Le croisement de ces deux axes détermine quatre quadrants. Ainsi la Tradition est cette forme de la connaissance qui se situe du côté des attachements et des certitudes ; la Modernité, celle qui est du côté des certitudes (de la science) et des détachements (des lois de la nature par rapport aux représentations du monde de la politique) ; la Post-modernité relativiste, celle qui conserve le détachement (à base scientifique) mais se situe résolument du côté de l’incertitude, en raison de l’individualisme méthodologique ; enfin, dans un quatrième quadrant de la boussole, la Modernité réflexive ou symétrique, celle qui reconnaissant les incertitudes et même le risque, cherche de nouvelles formes d’attachement qui soient re-créatrices des liens que nous avons perdus avec notre écoumène. [GC]

 


Cadastre

Ensemble des pratiques et des documents servant à garantir l’enregistrement et la fiscalisation de la terre. Dans les sociétés récentes à propriété foncière, le cadastre comprend généralement une matrice, un plan parcellaire et un registre des mutations. Mais la présence de ces trois éléments n’est pas obligatoire.

 


Carpologie

(du grec karpos, fruit)  Étude des semences (fruits et graines)conservées sur les sites archéologiques, sous diverses formes (carbonisée, imbibée, desséchée, minéralisée, congelée) dans le but de reconstituer l’économie végétale, les pratiques agricoles et l’environnement des sociétés du passé. Les semences sont identifiées à partir de leur morphologie, observée sous loupe binoculaire, par comparaison avec des spécimens actuels.

 


Carte compilée

Document de base à partir duquel sont menées l’identification et l’analyse des formes paysagères, et qui vise à compiler, à une même échelle, des informations de nature, d’échelle et de chronologie différentes e vue de pouvoir faire des liens. La carte compilée est réalisée par carto- et photo-interprétation, à grande échelle (au 1 : 10 000e par exemple), à partir de documents planimétriques (cartes, plans, photographies aériennes, verticales et obliques, anciennes et récentes). Elle comporte un fond parcellaire (par exemple, les plus petites masses parcellaires), le réseau hydrographique, les traces d’hydromorphie rémanente, les paléochenaux, les traces archéologiques, les habitats (groupés et isolés), les principaux microtoponymes, les cotes topographiques et le quadrillage de géoréférencement (par exemple en France, le quadrillage Lambert). [SR]

 


Carto-interprétation

Relevé, articulation et interprétation de formes planimétriques ponctuelles, linéaires et surfaciques, inscrites sur la carte, en vue d’une compréhension des formes visibles. La carto-interprétation doit être associée à la photo-interprétation. Voir à ce mot composé.

 


Chambre des Comptes

Sous l’Ancien Régime, elle préside à la conservation du domaine royal et vérifie les comptes des villes. Au XVIIIe s., on en trouve une à Paris, Montpellier, Dijon, Grenoble, Nantes, Aix, Nancy et Blois.

 


Champs celtiques

Traduction de l’expression anglaise celtic fields, apparue en Grande Bretagne dans les années 1920, à la suite des premiers repérages aériens de divisions agraires des premier et second âges du Fer. L’expression est particulièrement malheureuse car elle se réfère à une ethnie, les Celtes, faisant ainsi le lien entre une forme et un déterminant historique, ce qui n’est pas avéré. Ensuite elle est doublement erronée puisqu’elle s’appuie sur la vision du territoire des Celtes qui est inexacte : les Celtes sont des peuples situés en Narbonnaise (témoignages de Diodore de Sicile et de Strabon) et non pas en Gaule intérieure et encore moins dans les îles britanniques ou en Scandinavie. Il est vrai que l’erreur est ancienne et qu’on la faisait déjà dans l’Antiquité. Expression typique du nationalisme méthdologique, elle doit être résolument abandonnée. [GC]

 


Classification ascendante hiérarchique (CAH)

La classification ascendante hiérarchique est une technique de classification automatique qui opère par regroupement successifs des éléments, puis des classes formées par ces regroupements, selon une représentation arborescente (dendrogramme) (Djinjian 1991, 346). Le logiciel ANACONDA (©J.-J. Girardot, Labo MIS, Besançon) que j’utilise opère à partir des résultats de l’AFC et regroupe progressivement les éléments les plus proches statistiquement, individus et caractères. Au total, l’arbre de classification permet de distinguer commodément les différentes classes dégagées par l’AFC et d’en comprendre la structure : quelle est la combinaison de caractères qui explique le regroupement au sein d’une même classe des individus a, b, c, etc. ? En même temps, on perçoit mieux le moment où, dans l’évolution d’un profil, on passe progressivement ou brutalement à une autre combinaison de caractères. On peut ainsi juger de la pertinence des découpages effectués par l’analyse et, en conséquence, réfléchir sur la pertinence des descripteurs adoptés ou de leur structuration. [FF]

 


Collecteur hypertophié

Concept, objet, méta-objet historique avec leuel on fait le récit de l’espace-temps et qui masque, par hypertrophie, la diversité, voire la disparité des situtions réelles. Le collecteur hypertrophié est le résultat, contradictoire, de la pratique réductionniste, parce qu’après avoir réduit l’objet historique au prix de protocoles extrêmement rigoureux, le chercheur l’amplifie en l’installant dans un méta-objet sans tous les protocoles rigoureux qu’il a mis dans la phase précédente.

Ce sont par exemple, et pour se situer au niveau le plus général : la nation et ses ethnotypes, le territoire national, le paysage, la ville idéale, l’utopie, la ruralité et l’espace rural, la communauté primitive et la notion de complexification sociale, la grande propriété antique ou latifundium, le patrimoine, la nature et l’environnement. Mais ce sont encore, et à un niveau moindre, la villa antique, la ferme indigène gauloise, le bocage, l’openfield, la centuriation, le grands défrichements, etc., dès lors qu’on masque sous ces appellations commodes des réalités diversifiées, voire des disparités criantes. [GC]

 


Compoix

Dans certaines provinces méridionales, répartition de l’impôt foncier au sein d’une communauté et registre de cette répartition. C’est l’ancêtre du registre cadastral.

 


Concrétude

Augustin Berque (2000) rappelle que concrescere, d’où vient concrétude, veut dire croître ensemble. Ce terme rappelle la nécessaire prise en compte de l’hybridation de fait dont toutes nos réalités sont tissées. L’hybridation entre nature et sociétés, non-humains et humains est constante. Mais la Modernité fait comme si la part naturelle ne comptait pas ou pas autant et que seule la part sociale ou humaine compte. La concretude, c’est donc la restauration de l’évidence de l’hybridation, le réattachement non déterministe avec les logiques de sujétion ou de sujet auxquelles il serait vain de vouloir échapper. Bref, c’est rendre à la géographie le sens de ce concret qu’elle a perdu au profit de spéculations brillantes mais singulièrement détachées. Un exemple, face à la crise de la géographie rurale dans les années 60-70, sclérosée par ses abus typologiques et son horizon étroitement idiographique, il y avait deux attitudes : l’une abstraite, a été celle de la géographie spatiale qui a rejeté l’objet en même temps qu’elle brocardait les insuffisances ; l’autre concrète, qui aurait consisté à rénover l’objet en faisant la critique du nationalisme, du naturalisme et de l’historicisme méthodologiques qui ont prévalu à la naissance des objets et des typologies, ce qui n’a pas été fait. [GC]

 


Connecteur morphologique géométrique

Expression neutre pouvant se rapporter à diverses formes spatailes réalisant une connexion avec d’autres formes. On l’applique par exemple à des unités morphologiques locales, liées à l’habitat, de modelé variable (haies, fossés, chemins...), en situation d’interfluve, assurant une fonction de connexion entre des corridors éco-hydro-parcellaires. [GC]

 


Continent

En morphologie, et au sens métaphorique, état d’une forme qui réunit des « îles » par pontage et permet de passer à l’état de trame. Le passage de l’état d’îles à l’état de continent suppose un ou plusieurs seuils morphologiques. Ce concept est employé pour décrire le passage d’une occupation du sol en îles ou îlots, à une occupation développée et connectée par la voirie et le parcellaire. [GC]

 


Corridor

Un corridor est un élément linéaire de l’orographie, de l’hydrographie et / ou de la planimétrie, dont la physionomie diffère de l’environnement adjacent. Il a plusieurs rôles : celui de conduit, qui favorise le mouvement, celui de barrière, qui le limite, celui de connexion. On distingue des corridors écologiques et des corridors issus d’héritages historiques (ex. : la Haie de Nangis, à l’est des terres franciliennes au Moyen Âge).

 


Cour des Aides

Tribunal chargé de juger souverainement les affaires relatives à la levée des impôts.

 


“Dépassement” de la Modernité

Recherche d’une autre posture épistémologique que celle de la Modernité, qui en dépasse les fondements (certitudes et détachement) sans en rejeter les acquis (protocoles scientifiques). Cette question de la posture épistémologique est majeure pour l’archéogéographie. La critique méthodique de la modernité anachronique des objets pré-modernes ne doit pas laisser penser que nous rejetons l’apport de la Modernité. Nous refusons l’idée de « révolution scientifique » si l’on entendait par là le rejet de ce qui s’est fait. Cette posture de rupture est propre aux approches idéologiques. Notre conception de la modernité est symétrique, réflexive, ce qui laisse entendre qu’elle dépasse les certitudes et les détachements de la modernité non réflexive, mais, en même temps, qu’elle se retourne vers les autres postures, dont la Modernité, pour prendre en compte leur apport. Par exemple, pour ce qui nous concerne, l’apport central de la Modernité est la pratique scientifique. Nous n’allons pas la rejeter sous prétexte qu’on a changé d’époque et que les incertitudes dominent ! En revanche, nous contestons, pacifiquement mais fermement, aux hommes de protocoles (ceux qui sont dans le domaine de l’expérimentation) le droit de décider seuls des formes d’amplification historique qui sont affaire de procédures, de débats et de longs palabres dans une espèce de parlement des objets (le domaine de l’expérience sociale des objets de connaissance et de relations au monde). L’archéogéographie ce n’est pas plus que cela : un essai de parlement pour redélibérer les objets. [GC]

 


Descripteur

(= variable). En analyse de données, catégorie d’information, pouvant faire l’objet d’une classification qualitative ou quantitative, utilisée pour décrire la population étudiée : par exemple, la superficie d’un établissement, descripteur structuré en classes quantitatives (moins de 0,3 ha, de 0,3 à 0,5 ha, etc.), ou les matériaux de construction, descripteur structuré en classes qualitatives (terre crue, terre crue et tuile, tuile et pierre, etc.). Les différentes classes ou modalités d’un descripteur constituent les caractères. [FF]

 


Division

Toute forme géométrique nouvellement installée pour permettre une assignation de terres à des colons, ou encore le dessin d’un nouveau parcellaire.

Dans le cas de l’assignation à l’époque antique, la division est un processus qui suppose un projet politique (lieu choisi, nombre et taille des lots, etc.), un projet technique (modèle de division et d’assignation qu’on va appliquer en fonction des ordres reçus), la désignation d’un responsable de l’opération (par exemple l’auctor divisionis et adsignationis des assignations romaines), enfin une opération pratique d’arpentage pour tracer au sol la limite des lots. Plusieurs modélisations sont disponibles pour l’Antiquité et le Moyen Âge (travaux anciens de Plinio Fraccaro, Ferdinando Castagnoli, Pierluigi Tozzi, Raymond Chevallier, Max Guy ; bibliographie détaillée dans Les Formes du paysage, 3 tomes, Paris 1996-1997 ; Chouquer et Favory 1991 ; Lavigne 2002).

 


Écosystème

Représentation par laquelle on entend décrire l'élaboration, la circulation, l'accumulation et la transformation de l'énergie qui s'échange entre les communautés d'êtres vivants (biocénoses) et entre les êtres et leur environnement. « Entité ou unité naturelle qui inclut les partie vivantes pour produire un système stable dans lequel les échanges entre les deux parties s'inscrivent dans des cheminements circulaires » (E. P. Odum 1958).

L'espace rural fonctionne comme un écosystème puisqu'on peut y individualiser le potentiel abiotique (composants inertes : roches, sols, relief, eaux, climat), l'exploitation biologique (l'ensemble des communautés) et l'utilisation anthropique selon le type d'exploitation socio-économique.

 


Écoumène

La terre humanisée, habitée, approprié, intériorisée, aménagée, yelle et en mouvement, donc transformée, héritée et transmise. À la fois ensemble et condition d’existence des milieux humains, en tant que relation fondatrice de notre existence terrestre. Produit de l’interaction entre la terre et l’humanité, parce que cette dernière ne peut exister sans une relation avec l’espace et ses réalités géographiques, et que la terre n’est pas autre chose qu’une nature historicisée, héritée, transmise et « culturée » (voir à Géographicité). L’écoumène ne peut et ne doit pas être décrit comme une chose, sous peine de le traiter comme un simple arrangement de signes.
En restaurant le vieux mot grec œcoumene, francisé en écoumène, Augustin Berque rappelle que la dimension géographique - la géographicité -, est aussi constitutive de l’être que son historicité. L’écoumène ce n’est pas la terre, ce qui serait réduire l’écoumène à la partie matérielle de celui-ci (“épistémisation” voir à ce mot), mais c’est la relation à la terre, faite des sujétions que celle-ci nous impose et des projections de toutes sortes que nous y développons. L’archéogéographie c’est la défense et illustration de l’écoumène dans la dimension héritée de celui-ci. Enre des historiens que la terre n’intéresse que comme champ de manoeuvres de leurs forces sociales disposées en batteries, et des géographes nomothètes qui épistémisent la Terre pour, finalement, mieux quitter le sol, décidément trop idiographique, les archéogéographes tentent le lien, mais dans une compréhension des spécificités dynamiques des êtres, humains et non-humains. Autrement dit, sans subir le diktat de l’intentionnalité sociale que les historiens et les géographes modernes (et post-modernes) servent à tout instant, ni les déterminismes univoques que les traditonnalistes font peser sur les réalités. [GC]

 


Épistémisation

Processus qui fait qu’une représentation sociale dite est appropriée par les hommes de science et réduite, sans changement de nom, à un aspect d’elle-même, par exemple son socle naturel ou matériel. Ainsi en est-il du paysage, qui, de représentation à dominante esthétique (première épistémisation) en est venu à désigner, en géographie et dans les sciences naturalistes, la chose représentée elle-même (seconde épistémisation, inverse). Ainsi en est-il de l’environnement qui, de représentation de la crise de l’écoumène apparu dans les années 60-70 du XXe s. en est venu à désigner les élements en crise eux-mêmes et plus étroitement encore les éléments “naturels”. Dès lors on parle de la crise de l’environnement en sous-entendant la crise de la nature ou des milieux géographiques. Ainsi en est-il de la ville, représentation d’un mode nouveau d’habiter qui émerge à la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne et qui, progressivement approprié par les architectes, devient l’objet matériel support de cette représentation, ce qui permet l’émergence d’une science de la ville ou urbanisme. L’épistémisation est un processus incessant, une espèce de récupération constante de la réalité hybride et complexe par la légalité naturaliste ou culturaliste.

L’épistémisation prend souvent l’aspect d’une épistémisation par naturalisation. Mais il en existe une autre forme, l’ épistémisation par artialisation. C’est un processus exactement inverse du précédent, à savoir le choix de dire que les représentations culturelles peuvent et doivent être élaborées et traitées comme étant absolument autonomes de l'ordre naturel auquel elles sont ou devraient être rattachées. Ce processus est celui dans lequel les chercheurs observent l'apparition des représentations modernes et décident de les étudier en tant que telles, et dans une stricte opposition avec la voie de la naturalisation. C'est celle qui consiste à définir des approches culturelles et esthétiques opposées aux approches scientifiques, à refuser précisément le terme de science. Le meilleur exemple est celui par lequel les historiens de l'art et les spécialistes de ce qu'il est convenu d'appeler les disciplines du projet (architectes, urbanistes, paysagistes), ont défini le paysage comme leur appartenant (B. Lassus, J.-P. Le Dantec, A. Roger), et l'ont fermement opposé à une science de l'environnement. Sur une base intéressante (« le paysage n'est pas un concept scientifique » dit avec raison Alain Roger, 1997, 131), ces intellectuels ont développé une lecture hyperesthésique et détachée, faisant de la représentation un objet coupé de la concrétude qui lui donne naissance et définissant ainsi une discipline parfaitement autonome. [GC]

 


Épistémologie symétrique ou réflexive

Mode de connaissance qui refuse de poser le principe d’une répartition hiérarchique et induscutable des êtres, par exemple entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, entre des objets qualifiés et des objets disqualifiés, entre faits et représentations, entre centre et marges, entre pur et impur, etc. L’épistémologie symétrique ou réflexive tente de traiter l’erreur et la vérité dans les mêmes termes (voir à Modernité réflexive). [GC]

 


Espace

La recherche évolue sans cesse entre deux pôles pour concevoir la notion d’espace. Soit on le considère comme un a priori, un champ extérieur à l’expérience et dans ce cas la recherche est cette pratique qui tente de rapprocher l’expérience des lois qui gouvernent l’espace. Soit on le considère comme produit et on insiste alors sur sa contingence historique majeure, loin de toute universalité. Comme l’écrit Alain Guerreau (1996) : « L’espace, dès lors qu’on le considère comme espace social, n’est pas plus une donnée immédiate de la conscience qu’une structure objective. Dans chaque société prévaut une certaine forme de représentation de l’espace, intimement liée aux articulations les plus fondamentales de cette société, à l’usage qu’elle fait des coordonnées spatiales, du rôle des localisations dans la définition des fonctions et des relations sociales. Des notions comme celles de ligne, de distance, de parcours, de limite, de surface, de position, d’étendue sont bien moins univoques qu’on ne se le figure communément ; sans parler de polarité, d’attraction, de frontière, de réseau, de circuit, de territoire, de circonscription, de localisation, de coordonnées, d’orientation, de perspective, outils d’appréhension de l’espace qui nous paraissent ancrés dans la plus infrangible objectivité, mais dont l’enquête la plus rapide montre la totale historicité. » [GC]

 


Espace paradigmatique

Espace dans lequel les relations sont pensées par rapport à une structure de référence unique, de type centralisé, hiérarchique et uniformisant, sur la base d’un emboîtement des unités hiérarchiques et d’une duplication des unités de même niveau.

 


Espace syntagmatique

Espace constitué de lieux, dans lesquels les identités et les unités différentes sont associées et non réduites à une forme ou à une structure unique.

 


États

En France, sous l’Ancien Régime, les États provinciaux réunissent les représentants des trois ordres (clergé, noblesse et tiers état) dans une assemblée régulièrement constituée et convoquée. Ils possèdent quelque attributions administratives, en premier lieu le vote de l’impôt (Bordes 1972, 67). Les États de Languedoc, les plus célèbres, proposés en exemple aux provinces et au gouvernement par Fénelon, de Tocqueville et Mirebeau le père, étaient présidés par l’archevêque de Narbonne. Ils comprenaient les 23 évêques de la province, dont 3 archevêques, 23 barons siègeant de droit, à titre personnel, les 8 baronnies du Gévaudan et les 16 du Vivarais siègeant à tour de rôle, et 68 députés du tiers état, dont 46 avec droit de vote, représentant les villes et les communautés (Bordes 1972, 110-115 ; Harouel et al. 1992, 471).

 


Ferme indigène

Traduction de l’anglais native farm. Expression apparue dans le vocabulaire des archéologues pour nommer le type d’établissement agraire qu’on rapporte préférentiellement aux Âges du fer, et périphériquement à l’époque romaine ou au haut Moyen Âge. Ce nom fonctionne aujourd’hui comme un collecteur, qui réunit des réalités diverses et en gomme les différences. Pour cette raison, il est remis en cause par les archéologues. Voici comment un appel à communications présente le problème en 2007 : « Le terme de « ferme indigène » forgé initialement à partir des caractéristiques formelles des sites vus d’avion a, pour un temps, paru correspondre à la réalité des sites qui ont été fouillés. Aussi s’est-il imposé pour définir les sites isolés dans un enclos qui ont été fouillés en grand nombre ces dernières années. Dès le colloque de 1993, on notait (Méniel 1994) un certain embarras des archéologues qui multipliaient les appellations pour qualifier les sites initialement regroupés sous ce vocable unique. C’est que, de l’avion à la fouille, ces sites se révêlaient dans une diversité insoupçonnée jusqu’alors. Une réalité complexe se trouvait écrasée par l’utilisation d’un terme unique qui, pour être trop souvent employé, finissait par ne plus rien signifier. Dans le même temps, l’emploi de ce terme général laissait à penser que l’archéologie du site pouvait s’arrêter dès que l’on avait identifié une « ferme indigène » et qu’elle pouvait être datée. Ce terme initialement efficace en est venu à constituer un obstacle pour la recherche qui devait alors s’attacher à le contourner ou le combattre ». [GC]

 


Feu

groupe de personnes vivant ensemble autour d’un même foyer. Au XIVe s., le feu réel ou allumant sert de base à l’assiette de l’impôt (il correspond à un nombre de personnes variant, selon les démographes, entre 3,5 et 5). Dans la première moitié du XVe s., on passe du feu réel au feu fiscal, qui correspond à une certaine part de la masse imposable d’une communauté d’habitants. L’unité fiscale perd alors toute valeur démographique (Coll., Lexique historique du Moyen Age, A. Colin, 1989).

 


Fief titré

“Le roi pouvait récompenser une famille en réunissant plusieurs de ses terres en un seul fief pour lui conférer un titre, une dignité éminente : duché, marquisat, comté, vicomté, baronnie. Un titre était donc lié à la possession de la terre” (Bourquin 1995, 26).

 


Finage

“le territoire sur lequel un groupe rural, une communauté de paysans, s'est installé, pour le défricher et le cultiver, sur lequel il exerce des droits agraires”. On réserve la notion de “terroir” pour désigner “une étendue de terrain présentant certains caractères qui l'individualisent au point de vue agronomique” (Lebeau 1969, p. 7).

 


Fluviaire

Mot hybride créé à partir des mots “fluvial” et “viaire” (interfluviaire : à partir d’“interfluvial” et de “viaire”). Dénomination nouvelle pour une variété d’objet oro-hydro-planimétrique, plusieurs fois hybridé dans l’espace et le temps. L’objet fluviaire est un objet archéogéographique qui est à la fois rivière, ru, rue, chenal, corridor, voire village, bois, marais, etc. L’objet interfluviaire prend la forme d’un axe de pénétration ou de planification et d’organisation du parcellaire qui respecte, par exemple, la ligne de crête ou l’axe médian du plateau d’un interfluve oro-hydrographique. [GC]

 


Généralité

circonscription financière, devenue une circonscription administrative dirigée par un intendant (Garnot 1989, lexique).

 


Géographie

Selon M. Lussault et J. Lévy (2003), « science qui a pour objet l'espace des sociétés, la dimension spatiale du social ». Dans le terme composé archéogéographie, l'emploi du terme géographie souligne l’intérêt des archéogéographes pour la surface de la terre, pour ce qu’elle exprime au premier regard, c’est-à-dire des formes, pour la nature originale des dynamiques qui se jouent à leur niveau, et pour le lent déchiffrage de leur complexité historique. Les archéogéographes sont des géographes qui pensent que la lecture des formes repose, toujours mais pas uniquement, sur la compréhension des héritages. [GC]

 


Gerrymander, gerrymandering

Technique de découpage sur mesure d'une cirsconcription électorale, par référence au gouverneur du Massachusetts, Elbridge Gerry qui découpa en 1812 une circonscription en forme de salamandre (salamander) pour concentrer les votes fédéralistes dans une région par ailleurs anti-fédéraliste. On créa le terme de gerry-mander pour décrire cette pratique.

 


Gestionnaire de données

Logiciel informatique conçu pour créer, gérer et exploiter des bases de données. Les logiciels disponibles permettent d’ajouter ou de supprimer des données dans un fichier existant, de les modifier, de les sélectionner, en tout ou en partie, de les éditer fiche par fiche ou en liste, sous forme d’un tableau (individus en lignes, attributs en colonnes). Plusieurs types de logiciels sont disponibles sur le marché (FILEMAKER Pro, HYPERCARD, WORKS, 4Dimensions, etc.).

 


Gouvernement, gouverneur

délégués de l’autorité royale installés au-dessus des baillis et des sénéchaux au XIIIe s. On dénombre 11 gouvernements au début du XVIe s., dont celui du Languedoc, et 39 en 1776, répartis entre 18 gouvernements de première classe, parmi lesquels celui de Languedoc, confiés à des princes du sang ou à des maréchaux de France, et 21 de second rang, confiés à des lieutenants généraux (Bordes 1972, 26-27).

 


Grid pattern

 « Forme quadrillée ». Expression désignant le mode majoritaire de division du sol dans les territoires situés à l’ouest des Appalaches, aux États-Unis. On dit aussi : Federal township and range system (système fédéral par rangées et carrés). À noter que le mot township connaît la même polysémie que des termes antiques et médiévaux : terme technique de l’arpentage qui désigne un carré de 6 x 6 miles, mais aussi terme désignant la commune, alors que la commune et le carré ne coïncident évidemment pas.

 


Gromatique

(du latin groma, instrument de visée, et de gromaticus, arpenteur) Mot formé au XIXe s. par les éditeurs des textes d’arpentage (regroupés sous le titre de Gromatici veteres : anciens arpenteurs [Blume et al., Berlin 1848]) pour désigner tout ce qui a trait à l’arpentage romain. — Surnom donné par les copistes anciens et les éditeurs modernes à un auteur appelé Hygin, pour le différencier de deux autres arpenteurs également nommés Hygin. Voir le Dictionnaire des termes et expressions de l’arpentage romain.

 


Historicisme

L’historicisme est à placer au rang des méthodologies qui ont présidé aux choix de la Modernité, avec le naturalisme et le nationalisme méthodologiques. Il est cette idée qu’on pourrait prévoir l’histoire en disant les ruptures et en déterminant les phases, sur la base du progrès et de la linéarité du temps. Tourné vers le passé, l’historicisme est la reconstruction de l’histoire selon des phases, des ruptures, des révolutions et des enchaînements auxquels on prête une telle logique. C’est, pour l’essentiel, le choix des historiens et des scientifiques de circonscrire des périodes closes au sein d’une conception progressive et progressiste de l’histoire, et donc de valoriser ou de dévaloriser telle ou telle période en fonction du sens qu’on entend donner de l’histoire. Est, par exemple, historiciste la proposition marxiste d’envisager des stades successifs de développement sous la forme de modes de production antique ou esclavagiste, féodal, capitaliste et enfin communiste. Adapté à nos objets et à nos problématiques, sont morpho-historicistes tous les raisonnements qui pensent que les formes sont caractéristiques d’une période et de seulement celle-ci, en contradiction avec les héritages, les résiliences, les réappropriations et les réinventions. [GC]

 


Hybrides

Êtres géographiques qui associent des éléments physiques et des éléments sociaux en un tout qui doit être respecté pour que les hybrides soient étudiés en tant que tels. Les rivières régularisées, les parcellaires de drainage, les sols de la pédologie sont d’excellents exemples d’hybrides. Mais l’hybridation est aussi un phénomène temporel : le présent est hybridé avec de nombreux éléments des différents passés.

 


Hydromorphie

Humidité rémanente caractéristique de certains types de sols, donnant naissance à des formes reprérables sur les photographies aériennes.

 


Hyperesthésie

Mot formé sur l’idée d’excès de représentation artistique ou formelle. Représentation autonome des réalités de l’écoumène soit par la géométrie ou le modèle géométrique (selon les modèles des historiens, des géographes, des économistes, des écologues) soit par le « tableau de paysage » (chez les artistes, les historiens et philosophes de l’art), pouvant aller jusqu’à la réinvention de la réalité. Suivant la valeur qu’on choisit de donner à ces représentations, cette hysperesthésie sera une qualité (distinctive des élites) ou, au contraire, une absence de maîtrise des représentations, voire un abus. Cette notion soutend la critique des reconstitutions abusives des réalités anciennes planifiées. [GC]

 


Hyperesthésie paysagère

Faculté de voir un paysage à travers le filtre que des représentations artistiques ont élaboré et que la personne a intériorisées. On est hyperesthésique lorsqu’on ne voit plus un brouillard banal mais qu’on le voit à travers les tableaux de Turner. Et on devient un théoricien de l’hyperesthésie lorsqu’on pense que ce sont les tableaux de Turner qui ont « inventé » les brouillards londoniens.

 


Hystéréchronie

Modalité spatiotemporelle qui traduit les décalages, retards et temps de réponse qu’on observe dans la dynammique des formes, entre la constatation d’une “cause” et la manifestation de ses “effets”. C’est une des modalités spatiotemporelles de base au côté de la synchronie, de la diachronie, de l’uchronie, de la taphochronie et de la prochronie. Voir à ces mots.

 


Interfluviaire

voir à Fluviaire.

 


Isoaxialité

(adj. isoaxial) Modalité de transmission de la ligne ou de la forme dans le prolongement d’une ligne ou d’une forme antérieures, jouant le rôle de morphogène. Voir à isoclinie, isotopie, morphogène.

 


Isoclinie

(adj. isocline) Modalité de transmission dans l’espace et le temps d’un élément de type morphogénétique. Il y a isoclinie lorsque la transmission porte sur l’orientation de la ligne ou de la forme malgré un déplacement dans l’espace. Est isocline un parcellaire qui transmet et développe dans l’espace l’orientation d’un morphogène sur lequel il prend appui. Voir anisoclinie, isotopie, iso-axialité, morphogène.

 


Isotopie

(adj. isotope) Modalité de transmission à l’identique d’un élément de type morphogénétique, dans l’espace et le temps. Il y a isotopie de la ligne ou de la forme lorsque la transmission se fait au même emplacement et selon la même orientation. Est isotope un fossé parcellaire qui a été recreusé au même emplacement et selon la même direction qu’un fossé plus ancien. Voir isoclinie, iso-axialité, morphogène.

 


Jurande

Au sens strict, le groupe des grands patrons d’un corps de métier, les jurats (maîtres, etc.), “ceux qui ont prêté serment” et qui sont chargés de contrôler le respect du règlement de la corporation et de sanctionner les fautes (Goubert 1969, 200-201). Équivaut à corps de métier.

 


Lieux de mémoire

Nom d’une série d’ouvrages, dirigée par Pierre Nora et publiée de 1984 à 1992 (cité ici dans la pagination de la réédition de 1997 dans la collection Quarto). Le projet de Pierre Nora a été de révéler la « parenté secrète » qu’entretiennent les vraies mémoires avec d’autres lieux ou d’autres objets ou institutions, et d’aboutir à une « histoire de France par la mémoire » (p. 7), c’est-à-dire une histoire de ce qui fait mémoire pour la France. Il a consisté en une « mise en scène » (p. 16) d’un immense domaine, estimé inépuisable. Tel quel il constitue un extraordinaire manuel des éléments constitutifs du nationalisme méthodologique.
C’est un sentiment de détachement qui a provoqué cette collection : « l’arrachement de ce qui restait encore de vécu dans la chaleur de la tradition, dans le mutisme de la coutume, dans la répétition de l’ancestral, sous la poussée d’un sentiment historique de fond » (p. 23). Le projet est remarquablement résumé dans cette formule : « il y a des lieux de mémoire parce qu’il n’y a plus de milieux de mémoire » (Ibid., p. 23). C’est la perte du lien organique entre les individus et leur histoire-mémoire qui justifie l’entreprise. La thèse sous-entend ainsi que la Modernité, en détachant les habitants de leurs lieux de vie (lesquels faisaient fonction de milieux-mémoires), les conduit a combler ce vide par la réinvention d’une mémoire, l’histoire-mémoire. En archéogéographie nous considérons que ce processus doit être doublement apprécié. En tant que processus de construction de l’État-Nation moderne, il est profondément historique. Mais en tant que lecture des espaces-temps pré-modernes, il est profondément anachronique.
On comprend dès lors l’épistémologie de ce projet de Pierre Nora : il s’agit de réaliser l’inventaire et le commentaire de ces lieux, traditionnels et modernes, à partir desquels la société moderne a créé et organisé sa mémoire. Les lieux traditionnels, y compris ceux d’Ancien régime, ne le seront que dans la mesure où ils ont été inclus dans la geste nationale (il y a ainsi décimation ou d’appauvrissement des disparités initiales) ; non pas pour ce qu’ils portent d’histoire, mais pour le rôle qu’ils jouent dans la constitution de l’histoire-mémoire. Les lieux de mémoire sont donc la fresque déployée de la réinterprétation moderne de mille et une réalités historiques, géographiques, ethnographiques par lesquelles la société moderne a tenté et réussi à créer des attachements qui lui soient propres sur la base du nationalisme méthodologique. Mais, en posant la base d’une distinction heuristique et devenue inévitable entre l’histoire qui se fait et qui se vit, et l’histoire que racontent les historiens, entre l’histoire vécue et la représentation ultérieure, le projet réintègre pleinement l’épistémologie moderne. Les lieux de mémoire sont la fresque détachée des savants qui constatent un « arrachement de l’histoire à la mémoire » (p. 25), qui font des multiples lieux de tradition dont se nourrit la mémoire nationale, autant d’objets ethno-historiques. Ces trois volumes sont la fresque des certitudes des savants qui pensent que les lieux de mémoire sont, d’abord et avant tout, centraux et nationaux, jamais supra-nationaux, locaux ou régionaux (la Vendée et l’Alsace sont les seules régions qui apparaissent dans l’ensemble : mais elles sont là parce qu’elles construisent la mémoire nationale en tant que « contre-mémoire » républicaine pour l’une, « mémoire-frontière » pour l’autre). C’est la perte de la mémoire nationale, celle créée par la Monarchie puis la République, qui est au centre du projet. « La fin de l’histoire-mémoire a multiplié les mémoires particulières qui réclament leur propre histoire » (p. 33). Ils sont aussi l’immense panorama des discontinuités (p. 34), d’un passé qui est définitivement autre, révolu, en raison des changements de notre monde contemporain. Ces changements (p. 33) ce sont la fin de la France rurale, le travail philosophique sur la mémoire (Bergson), la promotion de la personnalité psychique (Freud), et celle du récit autobiographique (Proust). Bref, l’anonymat des nouvelles collectivités que sont les villes, et l’horizon de l’individualisme méthodologique. [GC]

 


Limitation

C’est le mot que nous avons choisi, avec G. Chouquer, pour éviter de recourir au vocable ambigu “cadastre”. Il nous permet de désigner toutes les formes de division régulière d’un territoire à l’aide d'axes rectilignes parallèles, que les Romains appellaient rigores, au moment-même de l’arpentage, et limites, pluriel de limes, d'où le nom de limitatio, “limitation”. Nous le considérons comme une notion générique, capable d’englober de manière commode les diverses formes de division de l’espace agraire évoquées par les sources gromatiques romaines (centuriatio, scamnatio, strigatio), ainsi que les formes de division agraires pratiquées par les cités grecques (division en klèroi). [FF]

 


Logique du prédicat

Logique géographique qui nous fait nous approprier les choses en les nommant, en les identifiant et en les transformant (par la territorialisation, l’aménagement, l’exploitatio, par exemple). Autre façon de le dire : c’est la mondanité de notre rapport aux êtres géographiques. « Nous les saisissons bel et bien, mais par le seul fait de les saisir, nous les “prédiquons” nécessairement dans les termes de notre monde » (A. Berque).

 


Logique du sujet

Logique géographique selon laquelle les choses de l’écoumène sont en elles-mêmes ce qu’elles sont, bien que, pour les saisir, nous ayons besoin de les “prédiquer”. Le sujet, ici, ce n’est pas l’individu observant, mais la nature ontologique des choses de l’écoumène. Dans l’écoumène, les choses sont (ontologie, êtres, existants) et elles sont là et pas ailleurs (géographicité des êtres).

 


Mas

habitat dispersé dans le Midi, résidence ou ferme. Le mas languedocien est édifié à l’écart du village ou de la ville et regroupe toutes les fonctions de l’habitation et de l’exploitation agro-pastorale, soit dans une maison-bloc, sous le même toit, soit dans une maison composée, où les bâtiments sont disposés autour d’une cour fermée (Lhuisset 1980, 75-76) : la résidence du propriétaire, le “château”, doté d’un jardin d’agrément ou d’un parc, les logements du régisseur, du bayle et des ouvriers agricoles, la cave, monumentale, les écuries, la grange, le hangar abritant les véhicules agricoles, le local à outils avec la forge, le poulailler, etc. Le mas est relié au chemin par une allée bordée d’arbres (Daumas 1951-52, 112-113). La constitution des domaines polarisés par les mas est surtout l’œuvre de la bourgeoisie urbaine à partir du XVIe s. (Le Roy Ladurie 1957). Elle s’opère par regroupement de parcelles paysannes et surtout par morcellement et défrichement des grands domaines nobles et ecclésiastiques (Daumas 1951-52, 48). A la fin du XVIIe s., les villes s’entourent de petits “châteaux de plaisir” dont le modèle se diffuse dans les campagnes, tandis que le XIXe s. voit triompher les “folies” viticoles, dans le Biterrois et les Costières du Gard, à l’imitation des châteaux du Bordelais (Ferras et al. 1989, 81-84). On compte 26 mas dans la commune de Marsillargues (16 en 1825), 70 dans les garrigues de Nîmes, entre le Gardon et le Vidourle, etc. [FF]

 


Masse parcellaire

Ensemble de parcelles géométriquement semblables et de même type d’occupation du sol et d’exploitation, définissant la plus petite unité de groupement des parcelles cadastrales. Également nommé “lieu-dit” ou “lieudit”.

 


Matrice

Élément dominant d’un milieu ou d’un paysage. Dans les paysages agraires, on parle de matrice agricole pour l’ensemble des parcelles dont l’usage est voué à la production.

 


Mazet

c’est, selon Ch. Lhuisset (1980, 77), qui le classe dans “l’habitat élémentaire”, la seconde maison du paysan,  : il lui offre un abri pour stocker son matériel aratoire, sa récolte et se réfugier lui-même en cas d’intempérie ou pour déjeuner en pleine canicule. On trouve ces édifices modestes principalement dans les pays viticoles, dans les régions où domine l’agriculture méditerranéenne. « Il s’agit bien d’une “villégiature de proximité” où le propriétaire vient autant pour son plaisir que pour travailler : grande ouverture améliorant l’agrément du bâtiment, pierres délimitant un “jardinet”, vieux chêne dispensant une ombre fraîche, plantations florales, etc. » (Ambroise et al. 1989, 53-56). Lieux emblématiques d’une culture rurale mise à mal par les innovations du XXe s. et la déprise agricole, ils représentent un patrimoine précieux pour les Languedociens nostalgiques : « volumes modestes et grande simplicité architecturale, mais énorme ambiance personnalisée de ces petits coins de paradis » (Fabre-Pey 1991, 129). [FF]

 


Médiance

Moment structurel par lequel nous existons grâce à la double relation (dite transjection ou trajection) qui nous fait reconnaître l’ontologie des choses de l’écoumène et nous les approprier (introjection) et la nécessité immédiate de les dire et de les organiser par les termes de notre rapport au monde (projection). La médiance est ce double mouvement fondé sur les deux logiques, du sujet et du prédicat.

 


Méta-objet

voir à Objet.

 


Méthode régressive

Méthode d'analyse des formes visibles qui consiste à partir des faits observables pour tenter de reconstituer des strates plus anciennes.

 


Mondanité

Rapport au monde.

 


Morphogène

Élément pérenne d’un paysage susceptible de provoquer l’orientation de nouvelles formes, plus ou moins longtemps après son implantation. Le morphogène est un agent de la transformation des paysages, selon un processus qui s’inscrit dans la modalité spatiotemporelle hystéréchronique.

 


Morphologie dynamique

 Étude de la dynamique des formes de l’écoumène, à plusieurs échelles d’espace et de temps. Cette expression désigne un courant de recherche qui se propose de requalifier les objets de la géographie historique, de la géohistoire et de l’archéologie des paysages en aobjets archéogéographiques, et de mettre en évidence les processus et leur mobilité.

 


Mosaïque

Assemblage de cartes, de plans, de photographies aériennes ou d’images de satellite pour former une couverture couvrant une région plus ou moins grande.

 

Mosaïque

Paysage végétal composite, constitué par l’imbrication de communautés végétales homogènes (régionalement ou localement) peu étendues.

 


Moyen Age

On distingue le proto-Moyen Age (VIIe-VIIIe s.), le haut Moyen Age (IXe-Xe s.), le Moyen Age central, ex féodal (XI-XIIIe s.) et le bas Moyen Age (XIV-XVe s.).

 


Nationalisme méthodologique

1. Épistémologie qui postule que les phénomènes historiques doivent être étudiés en relation avec des territoires, des limites, des idéologies, du temps linéaire, et une téléologie qui conduit de la communauté primitive inorganisée à la forme supérieure et complexe de l’État-Nation. Cette méthodologie, très militante, exerce sur les objets, y compris les plus humbles, une tyrannie puisque leur interprétation passe par leur assemblage dans une des cases obligées du raisonnement et une des phases obligées du développement. C’est ainsi que des morphologies agraires ont été embarquées dans des raisonnements qui les dépassaient, que des typologies de l’habitat ont été politisées et polémisées, que des notions anciennes ont été lissées voire inversées pour servir les intérêts contemporains (cas de l’analyse et de l’amplification de la notion de démocratie en Grèce ou de celle de res publica à Rome par les modernes au XIXe s.).

2. Plus généralement et sur la base du développement historique qui vient d’être rappelé, le nationalisme méthodologique est cette épistémologie qui postule que l’histoire se confond avec l’histoire des Nations, et que s’ensuivent toute une série de distinctions fondatrices : le dedans et le dehors ; le national et l’international ; le ressortissant et le sans-papier /apatride /étranger ; nous et les autres ; etc. Cette méthodologie du « ou bien, ou bien » est créatrice de catégories d’analyse. Transférée à la science, elle a été productrice de ces fondements très solides que sont l’histoire (comme récit de l’émergence des État-Nations), de la sociologie (comme tableau des postures et des oppositions), de l’économie politique (dont il n’est pas inutile de rappeler que son intitulé en allemand est Nationalökonomie), de la première forme de l’anthropologie (description des autres du monde), de l’archéologie (organisation des vestiges du passé dans le récit des origines pour servir la Nation), etc. C’est le nationalisme méthodologique conjointement avec le naturalisme et l’historicisme, qui a fondé les objets avec lesquels on se débat aujourd’hui.

Sans réellement toucher aux objets créés par le nationalisme méthodologique, la post-modernité et le relativisme ont instillé de puissants dissolvants : le doute, la critique radicale des idéologies, la rediversification du champ des objets. Ce faisant, en ne refondant pas les architectures intellectuelles, la post-modernité a ouvert la voie à l’éclatement des noms, des disciplines, des objets, des postures, etc. C’est la situation d’inconfort assez généralisé dans laquelle on se trouve : des objets nationalitaires (voir ce mot), dissous de l’intérieur par les multiples agents du relativisme, qui ne sont plus en capacité à soutenir l’édifice scientifico-national. [GC]

 


Nationalitaire

En 1918, René Johannet, forge le mot “nationalitarisme” pour désigner une forme expansionniste et particulièrement agressive de l’idéologie nationaliste, en associant les mots nationalisme et identitaire. 

Dans l’emploi du terme “nationalitaire” que nous faisons en archéogéographie, nous resserrons le point de vue à l’utilisation des faits géographiques pour la construction d’un sentiment national. La création d’un lien étroit entre paysage et nation est un phénomène qui concerne la période 1830-1950 (Walter 2004, p. 171 et sv.). Il s’agit de trouver comment forger une représentation du sentiment d’appartenance à la nation. Le paysage va jouer ce rôle entre nation et identité, ce qui a conduit Arnold Van gennep a reprendre, dans son Traité des nationalités paru en 1922, le concept de « nationalitaire » forgé par Johannet. Il y a sentiment nationalitaire dès lors qu’une idée, une analyse ou une revendication nationales sont fondées sur des éléments identitaires, ici du paysage. La notion atteint son développement maximal dès lors que la nation est rapportée, comme dans la géographie de Ratzel, au sol, en faisant participer le sol lui-même à son évolution et en revendiquant une définition géographique de la nation et non pas linguistique. Elle est plus vivante en Allemagne, où le nationalisme est nettement plus paysager et géographique qu’en France où les auteurs privilégient plus l’histoire, l’universalisme et l’attachement abstrait au principe national contre les particularismes locaux. Michelet écrit, en 1833 : « La société, la liberté, ont dompté la nature, l’histoire a effacé la géographie » (cité par Fr. Walter, p. 184). Pourtant, F. Walter remarque que l’Allemagne manque d’un paysage dominant à partir duquel le territoire aurait été structuré, alors que l’Espagne en dispose avec la Castille, et la France ave l’Île-de-France, au nom programmatrique. [GC]

 


Naturalisme

Nom donné à l’une des quatre ontologies ou dispositions de l’être qui gouvernent les rapports que les humains ont avec le cosmos, la terre et la nature (les autres étant l’animisme, le totémisme et l’analogisme). Dans le naturalisme, selon la typologie de Philippe Descola (2005), on postule la ressembance des physicalités, puisque tout, minéraux, animaux, végétaux, humains, est régi par les mêmes lois de la nature (d’où le mot, et d’où l’importance du niveau physico-chimique, celui qui unit), et la différences des intériorités, ou discontinuité des esprits, puisque l’être humain se singularise par sa capacité à introduire des classifications culturelles diverses qui témoignent d’une forme de résistance à l’ordonnancement dicté par les sciences de la nature.

En archéogéographie, on fait directement le lien entre le naturalisme, comme base philosophique de compréhension du monde, et la Modernité comme temps d’émergence et d’installation de cette ontologie. On postule l’historicité et non l’éternelle universalité de cette posture (ce qui ne veut pas dire qu’on souhaiterait se passer de ses vertus ; voir à “dépassement de la Modernité”). Le naturalisme est l’ontologie de l’Europe occidentale depuis les Lumières et l’aube de l’ère scientifique, au début du XIXe s. C’est l’ontologie qui soutient la vision du monde que développent les sociétés conquérantes. Le naturalisme est cette vision tellement universelle et idéale en théorie, qu’il vaut mieux, en pratique, l’installer par les armes. [GC]

 


Naturalisme méthodologique

Épistémologie qui postule que la division entre nature et culture est une division heuristique et qu’elle correspond à une base philosophique et ontologique justifiée. Cette posture induit des formes et des pratiques d’analyse dans lesquelles on isole parallèlement les éléments physiques en les protégeant des fomes d’anthropisation estimées idéologiques, et les éléments sociaux en cherchant à les protéger des formes physiques estimées déteministes. Idéologique et déterministe sont les « gros mots » du naturalisme méthodologique, la flétrissure majeure. [GC]

 


Naturicisme

Modalité ou forme de récit dans lequel on exclut le plus possible l’êtr humain, individuel ou scial.

Ce mot a été forgé en contrepoint du terme “historiciste”. Il qualifie un mode d’épistémisation. Le processus d'épistémisation des objets est, en effet, double : historiciste ou naturiciste. Il se fait sur la base suivante : autonomisation des disciplines, géométrisation des formes et des référents, poids grandissant de l'abstraction en lien avec un détachement toujours plus marqué entre nature et sociétés. On installe la prééminence de l’humain ou celle du naturel et la déshybridation des réalités matérielles de l'écoumène par leur réduction au seul aspect social dans les disciplines sociales, et au seul aspect naturel dans les disciplines naturalistes. Enfin, le récit est organisé sur une double base parallèle qui est un double détachement parallèle : une base historiciste selon laquelle l'évolution a un sens, qui est celui du progrès du détachement des sociétés par rapport au monde et plus précisément au monde de la nature grâce au pouvoir que l’homme acquiert sur toutes choses et même sur ses semblables ; ensuite, une base que je nomme naturiciste, selon laquelle l’histoire des choses physiques et organiques peut et doit être écrite sans le recours à l’humain. Pendant cette longue période se constituent, comme méta-horizons de référence, la science et l'histoire, ou si l'on préfère l'activité établissant les lois de la nature (la science) et celle établissant le récit de cette prise de pouvoir des hommes sur la nature (l'histoire).

Pourquoi ne pas nommer le naturicisme “naturalisme”, en reprenant le terme général ? Parce qu’il est utile de disposer d’un terme qui dise la modalité de mise en récit de l’ontologie naturalisme. De même que l’historicisme est le récit correpondant à la mise en œuvre du nationalisme méthodologique, de même le naturicisme est le récit correspondant au naturalisme méthodologique. [GC]

 


Objet, méta-objet

Ce terme très général, fréquemment employé, désigne des réalités très variées, selon l’échelle à laquelle on se situe. Il possède un sens matériel évident, désignant des réalités tangibles, observables sur un chantier de fouille ou représentées sur un document planimétrique : un fossé, un haie, un chemin, un habitat, etc. Mais le même terme désigne la transformation de ces réalités en objets conceptuels, par le biais d’une conceptualisation (ainsi l’habitat romain vu par l’archéologue sur le terrain devient une villa dans le discours historique, de façon pas toujoours justifiée). Il désigne ensuite la concaténation de ces objets historiques en méta-objets formant catégorie : c’est ainsi que des parcelles de champs ouverts deviennent un openfield, et des parcelles closes un bocage, des formes carrées une centuriation, etc. Quand ces méta-objets, auxquels on a, le plus souvent, donné un nom moderne, sont employés pour des époques anciennes, il faut développer une argumentation sur le bien fondé du transfert. Car parler de “l’openfield romain”, par exemple, c’est qualifier un mode de parcellisation érigé par la typologie des géographes et nommé par l’expression anglaise moderne (Arthur Young). Les archéogéographes pratiquent souvent le réexamen critique des deux amplifications qui viennent d’être dites, et sont donc conduits à recomposer différemment les objets des archéologues et des historiens. [GC]

 


Objet à bords francs

Objet défini par une discipline comme étant représentatif de la réalité étudiée (ici ancienne), mais dont on a dû réduire ou limiter les caractères pour le décrire, le modéliser, l’étudier et l’enseigner. L’objet à bords francs est ainsi coupé des réseaux qui lui donnent sens. Exemple : dire que le village est un objet caractéristique du Moyen Âge d’après l’an Mil consiste à transformer ce mode d’habitat largement diachronique en objet à bords francs, coupé de l’évolution de longue durée et de la dynamique du système de peuplement qui l’explique et le situe, de la protohistoire à l’époque médiévale. Autre exemple : faire d’une couche stratigraphique la “représentante” d’une phase historique donnée et l’extraire de son milieu et des phénomènes de transmission et de transformation auxquels elle participe revient à la traiter en objet à bords francs. [GC]

 


Opposition pays-paysage chez René-Louis de Girardin

Opposition faite par cet auteur du XVIIIe s. entre le paysage comme imitation de la nature et le pays résultant d’une transformation. Girardin se plaint, dans son ouvrage, qu’on aménage des pays de façon géométrique par des routes droites, bordées d’arbres taillés en balais, le comble pour lui qui défend la notion de paysage conçue comme un décor de théâtre dont chaque élément est soigneusement pensé par imitation de la nature et selon un ordonnancement qui satisfasse le spectateur. Pour lui, le pays, c’est donc l’espace ou le milieu “aménagé”, et le paysage celui qui se rapproche de la nature (Girardin, De la composition des paysages, rééd. 1992). [GC]

 


Paléochenal

Ancien cours d’eau fossilisé qui apparaît généralement en sombre sur les photographies aériennes, sous la forme de taches hydromorphes rémanentes, plus ou moins linéaires, quelquefois disposées en méandres enchevêtrés.

 


Paléogéographie

Deux acceptations principales et très différentes. 1. Pour les paléontologues, géographie des périodes géologiques hautes, antérieures à l'Holocène.  2. Selon Lévy et Lussault 2003, forme que prend la géographie, en tant que secteur d'étude, dans des sociétés du passé, de la Grèce à la Renaissance.

 


Parcellaire

[adjectif employé comme substantif ; le nom correct étant “parcellement”, mais il n’est plus guère employé] Forme ou dessin planimétrique obtenu sur le terrain par l’agencement des limites cadastrales et agraires diverses.

 


Paroisse

voir à ressort paroissial.

 


Parlement

Cour souveraine de justice, possédant aussi d’importants pouvoirs politiques et administratifs (Garnot 1989). Au XVIIIe s., outre celui de Paris, dont le ressort couvre plus de la moitié du royaume, on en compte 12, celui de Languedoc siègeant à Toulouse (Bordes 1972, 39).

 


Planification

Toute organisation concertée d’une activité sociale, à différentes échelles. Certaines planifications supposent une transformation du dessin parcellaire, d’autres non. Certaines constituent des aménagements au sens actuel, en ce qu’elles transforment les milieux géographiques de façon sensible.

 


Prédicat

voir à Logiques de prédicat.

 


Présidial

Tribunal créé, à l’initiative d’Henri II en 1552, dans certaines sénéchaussées ou baillages, au-dessous des parlements, pour décharger ces cours souveraines d’une partie de leur juridiction d’appel. Au nombre d’une soixantaine, ces cours comprennent 9 conseillers dont un président et n’ont qu’une compétence limitée en droit civil et criminel (Harouel et al. 1992, 349).

 


Protogéographie

Terme désignant, selon Lévy et Lussault 2003, un état ancien de la géographie, c'est-à-dire la géographie "classique" ou "traditionnelle" fondée sur le nationalisme et le naturalisme méthodologiques. Voir à Archéogéographie.

 


Rang canadien

1. Division de l’espace approprié, dans laquelle le sol est découpé en grandes bandes parallèles, elles-mêmes subdivisées en parcelles. Dans la forme la plus courante, le rang naît parallèlement ou perpendiculairement à une route ou une rive de fleuve, et les maisons sont disposées le long de cette route ou de cette rive, avec une parcelle à l’arrière, donnant à cette disposition l’aspect caractéristique en peigne ou en râteau. Le rang canadien a été mal apprécié par Louis XIV et Colbert, lesquels ont essayé d’imposer une autre modalité de division, radiale autour de villages groupés et non dispersés. Mais les tentatives de Bourg Royal et Charlesbourg n’ont pas connu de suite.

2. Le rang est une forme historique de planification qu’on ne rencontre, pendant longtemps, qu’au Canada français, ou sur les marges de cet espace. On pense, généralement, que ce mode de division, qui est une forme de Waldhufendorf, pourrait venir des provinces françaises de l’Ouest, patrie des colons du Québec. On cite même le seigneur de Beauport, R. Giffart et l’arpenteur rouennais J. Bourdon qui auraient pu être inspirés par les villages linéaires de colonisation du Perche et de l’Aliermont, leur région d’origine. Le rang canadien forme, aux XVIIe et XVIIIe s., le mode de subdivision de la seigneurie. Il commence avec la colonisation agraire du Québec, à partir de 1623, après quelques essais en 1604, à la suite du premier voyage de Samuel Champlain (1603). Il est d’abord mis en œuvre dans le cadre de la concession du territoire à la Compagnie de la Nouvelle France ou des Cent Associés, avant que la région ne redevienne une partie du royaume, administrée comme une province par un gouverneur. Les 44 premières seigneuries sont créées entre 1623 et 1653, les 20 dernières entre 1740 et 1763, date du traité de Paris. En pratique deux réalités ne doivent pas être confondues. L’une est la seigneurie, souvent adossée au Saint-Laurent, et qui se prolonge vers l’intérieur des terres sous la forme d’une bande pouvant atteindre 5 km environ de largeur, mais entre 2 et 36 lieues de long (soit près de 150 km pour la seigneurie la plus grande, celle de Lauzon). L’autre est la disposition en rangs parallèles des subdivisons agraires, liées aux routes, à l’habitat et aux parcelles. Des seigneuries ajoutent les rangs aux rangs au fur et à mesure des besoins.

3. Le rang canadien est devenu, depuis, un type de division du sol utilisé dans d’autres espaces de colonisation. On le connaît au Brésil, notamment en Amazonie, sous le nom de travessão. Il y occupe des étendues considérables. C’est aussi le mode de division retenu pour les colonisations ménnonites de Bolivie orientale. [GC]

 


Recensement fiscal

Opération ayant pour but de dresser des listes et /ou des cartes de terres et de contribuables soumis à l’impôt.

Là encore ce type d’enquête cadastrale suppose différents niveaux ou actes : une vérification des confins sur le terrain (determinatio, finitio, inspectio, etc.) ; l’établissement d’une liste de « domaines » ou de circonscriptions servant de base (ex. separatio fundorum).

 


Réduction scientifique

Nécessité du travail scientifique pour créer ses objets, surtout si ce réductionnisme est cette « stratégie utilisée pour découvrir des ouvertures dans les systèmes complexes qui, sans cela, resteraient impénétrables » selon l'excellente formule de Christian Lévêque (Lévêque 2001, 51).

Cependant, on pourrait être tenté de dire ceci : puisque vous reconnaissez la fonction rectrice de la Modernité et de sa réduction dualiste, c’est-à-dire le caractère inévitable et même nécessaire des outils intellectuels et des protocoles qu’elle a inventés sous le nom de sciences, pourquoi perdre du temps à les remettre en débat ? La réponse est la suivate : parce que, une fois les objets réduits et souvent fortement fragmentés, on ne dit pas assez ou pas du tout comment on fait les liens, et quelles procédures on met en œuvre pour délibérer les objets. [GC] 

 


Réel, réalités, représentations

Termes qui permettent de voyager du pur en-soi, évidemment inconnaissable ou inconcevable (et qu’on appelle réel), au phénomène, intelligible et sensible parce que dit (et qu’on appelle représentation). Entre ces extrêmes, les réalités sont les formes hybridées des choses et de la connaissance : elles sont la forme que prend notre attachement aux choses. Les réalités n’existent pas sans le réel en-soi mais doivent être dtes par les hommes. Elles conduisent à rappeler le double postulat articulé : pas de réalités sans représentations, mais pas de représentations sans réalités.

 


Représentation spéculaire

C’est un processus complexe qui explique comment les chercheurs modernes en viennent à “trahir” le passé (le mot étant dit sans valeur de jugement). Cela commence par une décimation de l’information, à la fois fortuite et intentionnelle, aboutissant à ériger des faits, des formes et des notions censées être représentatives de la période passée. Ensuite, l’historien ou l’archéologue rétroprojette cette forme réduite sur le passé comme fait ou grille explicative, ce qui conduit à un nouvel appauvrissement. C’est ainsi que la centuriation a émergé de l’ensemble des formes agraires de l’Antiquité au point de la représenter seule ; ensuite, les Modernes, en l’appliquant comme grille de lecture de la réalité agraire passée (effet spéculaire), ont réduit les réalités antiques à ce qu’on en connaît.

Disons, plus sommairement, que l’ensemble des caractères originaux de la modernité représentent autant de formes et de processus de décimation du passé pré-moderne. Ils sont donc les illustrations de cette idée. [GC]

 


Réseau fluvio-parcellaire

Représentation spatiale de l’organisation d’une partie ou de l’ensemble d’un bassin-versant dans une zone agraire. Ce réseau est constitué d’éléments concrets du paysage, soit hydrographiques (cours d’eau actifs, pérennes ou temporaires, paléochenaux), soit anthropiques (limites parcellaires, routes, fossés en eau). Ces éléments sont géométriquement liés entre eux par le processus morphologique de l’isoclinie. Ils forment un réseau plus ou moins continu de corridors. Ce réseau est structuré en niveaux : un niveau supéreur (niveau des axes de réféence) avec les cours d’eau actifs, pérennes ou temporaires, les paléochenaux ; un niveau intermédiaire comprenant les routes et longues successions de limites parcellaires ou de fossés en eau ; le niveau de détail (dit de cristallisation) qui rassemble les petites limites parcellaires et petits fossés en eau. [GC]

 


Réseau hydro-parcellaire

Représentation spatiale de l’ensemble des formes liées à l’eau à la surface du sol, dans un cadre de référence. La représentation du réseau s’appuie sur des éléments physiques (cours d’eau actifs, pérennes ou temporaires, paléochenaux, points d’eau actifs, zones hydromoprhes fossiles) et sur des éléments anthropiques ou sociaux (limites parcellaires, fossés en eau). La carte du réseau hydro-parcellaire peut servir de base pour l’étude des dynamiques paysagères liées à l’eau. [GC]

 


Résilience

Terme venant du vocabulaire de la mécanique, puis de l’écologie, et désignant un réajustement, une réadaptation d’un élément en fonction de contraintes extérieures à lui. Pour nous, le concept désigne l’aptitude d’un ensemble de formes (un réseau de lignes, de points, etc.) à maintenir sa structure alors que les formations sociales ont changé et le transforment. La résilience est un principe de stabilité dans le changement jusqu’à un point de rupture ou bifurcation ; elle suppose la modalité d’hystéréchronie.

 


Res publica

 « Chose ou collectivité publique ». Par cette expression, très riche de sens, on désigne, à Rome, ce qui ressortit de la collectivité des citoyens, de droit romain ou de droit latin. Dans une mention comme res publica secundanorum, qu’on trouve dans les documents cadastraux d’Orange, il faut comprendre la « collectivité publique des citoyens de droit romain formée par les vétérans de la IIe légion, ou leurs descendants ». Res n’y a donc pas le sens de bien matériel, mais celui de communauté, et public n’y a pas le sens actuel, qui s’adresse à tous, mais un sens retreint, qui concerne les seuls citoyens jouisant de l’optimum ius.

 


Ressort paroissial

Pièce maîtresse de l'espace médiéval, le ressort paroissial a été défini au début du XXe siècle par Imbart de la Tour (1900) et Camille Jullian (1926) comme un territoire aux limites fixées qui reprenait le domaine gallo-romain.. Ces auteurs pouvaient ainsi faire le lien avec les travaux de d'Arbois de Jubainville et de Fustel de Coulanges qui avaient créé un rapport entre la toponymie (les fameux noms gallo-romains à désinence en –acus), les villae gallo-romaines et les villages médiévaux. La filiation dont il s'agit de prendre conscience est la constitution d'une chaîne de réalités anciennes qui devait permettre de passer de l'Antiquité au Moyen Âge : villa, toponyme, paroisse et village médiéval : « Rechercher la plus ancienne paroisse à laquelle la commune se rattache; si cette commune est une paroisse mérovingienne ou carolingienne, il n'y a guère à douter qu'elle n'ait été à l'époque romaine, un territoire distinct : l'Eglise a adapté aux circonscriptions administratives de l'Empire aussi bien ses paroisses rurales que ses diocèses et ses provinces. » (Camille Jullian, dans REA 1926, p. 143-144). Dans une étude parue dans les années 30, l'abbé Chaume a perfectionné ce modèle en supposant que la paroisse médiévale était le démembrement d'une grande paroisse d'origine, d'époque mérovingienne, parce que ces premières paroisses auraient repris la topographie religieuse des cités épiscopales héritées de l'époque romaine. Des églises-mères, de niveau hiérarchique élevé, auraient donné naissance aux circonscriptions paroissiales. Ces paroisses primitives se seraient défaites en cinq ou six paroisses. La définition d'une paroisse repose sur : la présence d'une église baptismale ; la présence d'un cimetière ; le lien avec la mention antérieure d'un vicus ou d'une villa, du fait de la filiation supposée.

Les recherches ultérieures, notamment de Gabriel Fournier et de Michel Aubrun ont tendu à rigidifier ce modèle en faisant du territoire paroissial une espèce d'objet chrono-typologique. Dans un livre paru en 1986, Michel Aubrun imagine un balancement entre des paroisses mérovingiennes, vastes, aux limites naturelles et harmonieuses, et des paroisses ultérieures des XIe et XIIe siècles, plus petites et de forme tourmentée. Cette approche est typiquement morpho-historique, puisqu'elle pose un principe de dégradation progressive de la forme, afin de donner, pour l'Ancien Régime, l'image attendue de complexité, de désordre et d'irrationalité qui est nécessaire pour justifier l'acte régénérateur de la Révolution.

En 1972 une publication a proposé, en appliquant les méthodes de l'archéologie spatialiste et de la site catchment analysis (voir à cette expression), de voir dans les territoires de paroisses la fossilisation de plus anciens territoires d'approvisionnement, du temps de la première fixation des communautés rurales (Ellison et Harriss 1972). Ainsi, des méthodologies dites nouvelles échouaient parce que les chercheurs qui les pratiquaient inséraient leurs résultats dans les paradigmes les plus académiques de la géographie historique.

De même il n'est pas inintéressant de relever que les résultats de l'archéologie n'ont pas réussi, pendant longtemps, à changer quoi que ce soit à cette vision académique. Comme le fait remarquer É. Zadora Rio, alors que l'archéologie faisait la preuve de la mobilité de l'habitat du haut Moyen Âge, cela aurait dû rendre caduque l'idée d'une filiation du grand domaine antique au village médiéval classique. Or il n'en a rien été, l'idée fixiste de la pérennité étant plus forte que la réalité mouvante mise au jour. En quelque sorte, le choix de la longue durée a renforcé l'hypothèse fixiste. [GC]

 


Schéma anthropologique de l’espace-temps moderne

Mise en cohérence à l’époque moderne de plusieurs caractéristiques de l’espace-temps, afin de dessiner les contours d’une universalisation qui puisse prendre à défaut les espaces géographiques. Ces caractéristiques sont les suivantes : 1 - Le détachement par rapport au lieu et à sa concrétude. 2 – Primauté est donnée à la liste, à l'inventaire, à la recension exhaustive des lieux nommés et nommables. 3 - La transparence permet d'accéder à l'abstraction essentialiste, à ce que Augustin Berque appelle l'universion. 4 - La prétention à l'exhaustivité, issue de la pratique de la collection et de la taxinomie conduit à l'idée d'une thésaurisation des choses afin de mieux les posséder. 5 - L'utilitarisme et le fonctionnalisme des catégories et des objectifs assignés à la vie individuelle et sociale. 6 - La géométrie devient le principal moyen de caractériser des objets scientifiques. 7 - La continuité et l'autosimilarité des rapports prend diverses formes (relation couverture-coupure ; pavage emboîtés et continuité territoriale). 8 - L’espace-temps moderne est marqué par un principe d’organisation linéaire, emboîté, du plus petit au plus grand, du simple au complexe, du primitif à l’évolué, de l’individuel au collectif. 9 – Le découpage de l’espace-temps en périodes détermine la hiérarchie du temps sur l’espace. 10 – Mais la conception linéaire et stratigraphique du déroulement de l'espace-temps, qui fait que les périodes se succèdent sans se télescoper, que la posture est toujours celle d'une histoire et d'une archéologie de chaque strate individualisée, et jamais celle d'une mémoire par hybridations dans l'espace et le temps. 11 - La conception d'une hiérarchie fixiste des temps, fondée sur l'application à la matière et aux formes des lois de l'économie (application par Braudel du schéma des cycles économiques de Labrousse). 12 - L'irréductibilité des objets (qu'on a rendus) à bords francs à toute relation entre eux, autre que la domination d'un objet sur l'autre, et donc d'une discipline sur l'autre. 13 - La forte contradiction exprimée entre des objets spatiotemporels souvent très réduits, mais inscrits dans des méta-objets et des cadres spatio-temporels disproportionnés. 14 - L'idée qu'à la constatation d'effets spatio-temporels estimés majeurs, il faut obligatoirement rechercher des causes de même proportion. 15 - L'espace est suffisamment caractérisé lorsqu'il l'est par le schéma de représentation des élites, du passé ou d'aujourd'hui. 16 - La conception géométrique de l'idéologie sociale elle-même (qui se traduit par une technologie sociale) met en place un centre de certitude (la pensée de l'élite, laquelle domine les outils d'extension et de géo-maîtrisation du monde sensible) et des marges réprouvées (les lieux des expériences irréductibles). 17 - La violence fondatrice de la “table rase”, par la rupture volontaire et assumée avec tous les héritages des époques précédentes. 18 – Une vaste opposition de valeurs entre les lieux, qui sont barbares, plus affaire de géographes, et l'espace administré, territorialisé, qui est affaire d'historiens parce que forgé par les épreuves. [GC]

 


Sénéchaussée

L’équivalent, dans le Midi et dans l’Ouest, d’un baillage. C’est la circonscription soumise, à partir de 1185, à l’autorité d’un représentant du roi, le sénéchal, dotés de pouvoirs juidiciaires (jugement en appel des causes examinées par les cours prévôtales et les seigneuries du ressort), financiers (concentration des recettes des prévôtés) et militaires (réunion de l’ost royal) (Fédou et al. 1989, 23). Sous l’Ancien Régime, les baillis ou sénéchaux, toujours membres de la noblesse d’épée, n’ont plus qu’une position honorifique et se bornent à convoquer les électeurs des trois ordres lorsque le roi réunit les États généraux. L’office de juge était tenu par le lieutenant-général et ses assesseurs, presque toujours des roturiers, juristes de métier. Le personnel de ces tribunaux (plus de 400 au XVIIIe s.) réunissait “ce qu’il y avait de plus instruit et de plus aisé dans les moyennes villes non parlementaires et non négociantes… C’était l’élite des petites villes françaises” (Goubert 1973, 97).

 


SIG (Système d’Information Géographique)

Base de données informatisées de grande capacité, capable d’emmagasiner des fichiers volumineux de données spatialisées numériques qui ont la particularité d’être géoréférencées, c’est-à-dire rapportées à un système de projection géographique, comme le système Lambert. Cette qualité permet à l’opérateur de superposer et de combiner des données spatialisées, qu’elles se présentent sous forme de points (les lieux définis par leurs coordonnées géographiques rationnelles — latitude, longitude, altitude —, auxquels sont attribués différents caractères), de faits linéaires (réseaux de dessertes, réseau hydrographique) ou d’aires (cartes thématiques relatives au substrat géo-pédologique, au couvert végétal, à l’occupation du sol, etc.). Ces systèmes accueillent aussi les fichiers numériques fournis par des organismes spécialisés dans la production de données géographiques : données altimétriques (MNT, Modèle Numérique de Terrain), hydrographiques, topographiques, administratives, fournies par l’IGN, fichiers statistiques spatialisés fournis par l’INSEE, images satellitaires SPOT ou Landsat, bases de données satellitaires thématiques, comme la base européenne sur l’occupation des sols CORINE LAND COVER, etc. Les capacités de calcul et de stockage des stations informatiques adaptées à l’exploitation de telles bases de données permettent de croiser ces différentes couches d’information et d’en produire de nouvelles.

 

Site catchment analysis

Littéralement « analyse des ressources locales ». Adaptation du concept géographique de catchment area (aire de recrutement, de ressources, bassin d’approvisionnement) à l’analyse des gisements archéologiques. Il s’agit de définir la zone de ressources exploitée autour d’un site archéologique.

 


Sitologie (sitologique)

On entend par ce terme l’ensemble des caractéristiques géographiques de l’emplacement d’un établissement (altitude, topographie, distance à l’eau, terroir).

 


Situation (situationnel)

Par ce terme, on désigne l’ensemble des éléments qui concrétisent l’insertion d’un établissement dans un réseau de relations à une époque donnée : rang hiérarchique dans un réseau d’habitat, rapport à la voirie, distance aux autres établissements contemporains, etc.

 


Société traditionnelle

Concept de l’ethnologie, du Patrimoine et de la géographie historique. Il s’agit de définir un fil conducteur de longue durée qui soit susceptible de permettre la description des relations entre l’homme et son environnement dans le cadre d’un espace national, comme la France par exemple. L’opération consiste à définir la société rurale traditionnelle, à en dire les caractères constitutifs, puis à rechercher son ou ses origines. Comme l’écrit Jean-René Trochet : « La plupart des thèmes qui intéressent la géographie historique appartiennent de nos jours au vaste et expansif domaine du patrimoine : les unités territoriales et les paysages, les productions animales et végétales, l'outillage et les techniques, le bâti mobilier et immobilier, les mentalités, les comportements culturels » (Trochet 1997). [GC]

 


Sujet

voir à Logiques de sujet.

 


Tableur

Logiciel informatique permettant de créer des fichiers destinés au calcul et capable d’exploiter les valeurs enregistrées dans des cellules actives : la modification du contenu d’une cellule modifie en conséquence automatiquement tous les calculs impliquant cette cellule. On utilise les grilles proposées par ce logiciel pour constituer des tableaux de données qui permettent d’établir des statistiques et de composer des graphiques. Les tableaux de données peuvent être exportés vers d’autres logiciels, spécialisés dans le traitement de texte (comme Word), les traitement de données (ANACONDA) ou la gestion de bases de données (HYPERCARD, 4D, FILEMAKER, etc.). Le plus usité de ce type de logiciel est EXCEL, avec des versions adaptées aux ordinateurs des familles Macintosh et IBM.

 


Tache

Mot de l’écologie du paysage (Burel et Baudry 1999). Élément du paysage composant avec le corridor une matrice, et défini par sa taille, sa forme et sa nature ; l’ensemble des taches constitue une mosaïque.

 


Taphochronie

Modalité de rupture du temps et de l’espace d’accumulation par enfouissement définitif d’un état spatial qui ne provoque pas de reprise. Cette modalité exprime une irréversibilité et est, en ce sens, source de connaissances historiques sur des bifurcations radicales des systèmes.

 


Taphonomie

Étude des conditions d’enfouissement d’un gisement archéologique afin de pouvoir dire, par exemple, si l’absence de sites signifie qu’il n’y en a jamais eu, ou bien qu’il y en a eu mais qu’ils ne sont pas visibles en surface car enfouis, ou qu’ils ont été détruits avec la couche qui les renfermait. La taphonomie conduit à individualiser une modalité spatiotemporelle, ou taphochronie, illustrative d’une interruption de transmission.

 


Trait carré

1. Nom donné à la rue entourant la grande esplanade carrée située au centre des villages de fondation institués par les Jésuites et Jean Talon à Québec.

2. Nom typologique que les archéogéographes suggèrent de donner aux fondations qui adoptent ce plan, comme dans le cas d'une cinquantaine de villages de défrichement et de colonisation en Bolivie orientale.

 


Trajection

Nom donné par Augustin Berque à la relation bivalente qui se crée entre les sujétions ou contraintes que connaissent les actions humaines et les projets ou prédicats des hommes et des sociétés pour occuper, aménager, exploiter l’écoumène.

 


Transformission

Mot créé à partir de transformation et de transmission. Permet de décrire, sans avoir à chaque fois à recourir à une périphrase, la double action de transformation dans le temps des réalités géographiques et de transmission de certains caractères de ces réalités donnant l’impression d’une pérennité de la forme. [GC]

 


Uchronie

Modalité spatiotemporelle qui se constate lorsqu’une structure ou un élément d’une forme imprime dans le sol un potentiel qu’un fait social ultérieur fait rejouer à un moment imprévu de l’histoire du lieu. La modalité s’exprime alors par l’isotopie, l’isoclinie et l’isoaxialité.

 


Variable

(voir descripteur).

 


Vectigal

 Terme intraduisible. Espèce d’impôt ou de loyer qui pèse sur la terre publique, lorsque celle-ci est concédée à quiconque veut s’en rendre possesseur pour l’exploiter. À ne pas confondre avec le tributum soli (tribut sur le sol), impôt que doivent les cités stipendiaires ou tributaires, du fait de leur sujétion à Rome et de leur classement juridique dans une catégorie inférieure.

 


Vicus

Terme antique connu dans de nombreux textes littéraires et dans plusieurs centaines d’inscriptions, dont le sens est multiple. Le terme désigne les quartiers de Rome, et par extension, on peut penser qu’il désigne également des quartiers dans d’autres villes pensées à l’image de Rome, comme les colonies, mais pas exclusivement. En milieu militaire, le vicus accompagne le camp et l’appropriation des zones disputées. On en trouve beaucoup dans les Germanies. En milieu “rural”, le vicus est un groupement de colons, probablement citoyens, qui prennent possession de divers biens publics, des terres, des carrières, des mines, une voie de communication, un canal, une route, un passage pour l’exploiter. Les plus notables d’entre eux l’administrent sous la forme juridique de la possessio, de la mancipatio, de la locatio, etc. Mais, pour les colons du vicus, il n’y a pas fondation d’une res publica, comme c’est le cas dans les fondations coloniales. Il n’y a donc pas de vici partout et il est totalement erroné de donner le nom de vicus à n’importe quelle agglomération petite ou secondaire. C’est un effet classique de réduction et d’épistémisation de réalités anciennes. La question, ensuite, doit être posée de la forme d’intégration des populations indigènes dans un vicus. Voir l’étude de Michel Tarpin, 2002. [GC]

 


Viguerie, viguier

Au départ, à l’époque carolingienne, la viguerie (vicaria) constitue une subdivision administrative et judiciaire du comté (comitatus). Par la suite, en particulier dans le Midi, la viguerie représente, avec les prévôtés qui sont leur équivalent ailleurs, le plus bas degré de la hiérarchie judiciaire : elle correspond à une modeste juridiction locale, à l’échelon d’un demi-canton moderne (Goubert 1973, 97).

 


Ville

Chez les géographes, réalité donnant naissance à des définitions évolutive. Dans le Dictionnaire de la Géographie de Pierre Georges (1970), c’est un groupement de population. Dans les Mots de la Géographie de Roger Brunet (1992) c’est d’abord une agglomération d’immeubles. Dans le Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés de J. Lévy et M. Lussault (années 2003) la première définition donnée quitte le niveau matériel pour le pur concept : la ville est « un géotype de substance sociétale fondé sur la coprésence », ou encore, « une option spatiale, un acte géographique ».

Pour les archéologues (H. Galinié) et les archéogéographes, nom donné à l’urbain à certaines périodes et dans certaines conditions. Une ville est un état contingent de l’urbain, une des formes historiques que prend l’urbain. Mais notre difficulté à nommer les autres formes, à les reconnnaître même (exemple des « terres noires » urbaines, longtemps incomprises car elles apparaissaient come étant du rural ce qui faisait désordre au milieu de la “ville”), a facililté le transfert : ville est devenu le mot pour désigner tout objet urbain, à quelque période que ce soit. En archéogéographie on adoptera l’idée bien exprimée par Henri Galinié (2000) selon laquelle ce que nous étudions c’est l’espace urbain, et que la ville est une des figures du lieu, c’est-à-dire une forme que l’espace urbain adopte à tel ou tel moment de son histoire et qui n’est pas la seule que l’espace urbain peut adopter.

 

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