EXEMPLES D’ETUDES MORPHOLOGIQUES EN CONTEXTE URBAIN

UNIVERSITE PARIS 1 – UFR 03

 

LICENCE 3 – Archeogeographie Planimetrique

Magali WATTEAUX

2006

 

« L’analyse morphologique en contexte urbain »

 

 

Les mots surlignés en jaune renvoient à une illustration dans le diaporama du cours.

 

 

Pour citer ce texte : Magali Watteaux, « L’analyse morphologique en contexte urbain », Cours de 3e année de Licence, module « Archéogéographie », Université Paris 1, 2006.

 

 

 

Il y a deux façons d’étudier une ville :

·        soit la ville a été complètement détruite et le site est devenu rural : on l’étudie alors par la photographie aérienne et/ou par la carto-interprétation et/ou par la fouille. Cf. les nombreuses agglomérations secondaires gallo-romaines.

·        soit la ville ancienne a été occupée jusqu’à nos jours. Dans ce cas, les traces anciennes sont filtrées par les formes de l’actuel è une étude morphologique est possible en plus de fouilles ponctuelles. En effet, le tissu parcellaire des villes est le lieu actif – bien que sélectif – de la mémoire urbaine.

 

Méthodologie de l’analyse morphologique urbaine :

            Comme on l’a vu pour l’analyse d’une commune rurale, il s’agit de rechercher :

-         des orientations dominantes d’alignements morphologiques significatifs.

-         des formes remarquables. Elles comportent deux niveaux :

·       ponctuel = le niveau « événementiel » du paysage, c'est-à-dire strictement topographique. Exemple à Tours : l’amphithéâtre réemployé comme enceinte au IVe. Idem à Poitiers. Phénomène connu qui s’explique par le maintien des fondations et la récupération dont ces monuments sont l’objet.

·       à l’échelle supérieure, les formes intermédiaires = les unités de plan qui regroupent des parties d’îlots urbains ayant une homogénéité propre qui distingue cet ensemble des îlots environnants ou forment un îlot. Exemple à Tours : l’unité 1, ligne continue de très vastes parcelles = fossés de l’enceinte du XIVe.

 

Illustration de cette méthodologie au travers de plusieurs exemples d’analyses.

 

 

1.     L’analyse des orientations dominantes

 

1.1.La formation du tissu urbain de Besançon (Gérard Chouquer) :

            G. Chouquer a procédé à un relevé des limites fortes sur le cadastre napoléonien selon les orientations dominantes fournies par le corpus des vestiges archéologiques, au nombre de 5. è Les relevés obtenus sont une compilation qui regroupe les données archéologiques et des linéaments isoclines dessinés sur le plan cadastral mais dont on ne connaît pas l’âge. Ils ne sont en aucun cas des plans d’une trame antique mais un document de travail permettant, éventuellement, d’y parvenir, au moins d’y réfléchir. Et il ne faut pas oublier qu’il y a des éléments antiques qui n’ont pas perduré.

 

Les 2 orientations dominantes = 38°E et 42-43°E. Ce sont des orientations différentes mais assez proches. Il existe aussi quelques orientations marginales. è les fouilles invitent à retenir l’idée d’un plan urbain composite dans ses orientations et ses imbrications car on observe un foisonnement important des orientations.

è le plan antique est composite.

Puis résilience par auto-organisation de ce plan.

Il ne faut pas en effet se contenter de proposer une trame unique (à 38°E) comme l’a fait Pierre Pinon (Architecture et urbanisme en Gaule romaine, t.2 L’urbanisme, Errance, 1988), à partir de la Grande Rue, traditionnellement interprétée comme un kardo maximus. Sa carte ne repose pas sur une analyse fine du plan parcellaire mais sur la reconnaissance de quelques régularités qui lui servent à restituer une grille programmatique unique qu’il projette sur la trame des rues actuelles.

Mais cette projection n’offre qu’un nombre dérisoire de coïncidences. Cela vient du refus d’accepter la possible co-existence de plusieurs trames pour expliquer la naissance des tissus urbains antiques. Toutes les villes antiques n’ont pas connu un carroyage unique et un module constant (elles sont rares), comme en rural où il n’y a pas partout des centuriations. La réalité est complexe et Pierre Pinon la simplifie de manière caricaturale.

 

1.2.Cergy-Pontoise (Sandrine Robert) :

S. Robert a réalisé un tri automatisé sous SIG à l’échelle de la commune ce qui a permis de révéler l’existence de 2 orientations principales + des réseaux « organiques » en fonction de l’Oise, la Viosne, la Liesse.

 

@ Plusieurs alignements remarquables structurent le parcellaire formant un véritable réseau cohérent et relativement quadrillé bien que non orthonormé (orangé). On le retrouve sur les communes limitrophes. C’est ce qu’on appelle un réseau de formation : réseau dont la forme repose sur un principe géométrique (quadrillage, réseau radial, réseau concentrique) mais non planifié et non régulier. Les formes issues sont des formes « souples ». Ils ne sont pas le fruit d’une création volontaire et concertée par une société donnée à un temps T (comme les planifications), mais sont le fruit d’une structuration pluri-millénaires et d’une adaptation aux contraintes du milieu pour la mise en valeur des sols.

Le rapport à la microtopographie semble le déterminer en grande partie : sur le plateau de Cergy ce sont les chemins empruntant de petits talwegs qui sont structurants.

Des éléments de stratifraphie entre les formes indiquent que la mise en place de ce réseau (ou du moins les principaux axes) est relativement précoce :

- il est recoupé par la voie romaine,

- il semble diriger l’orientation de sépultures mérovingiennes trouvées à Saint-Martin,

- il entre dans la formation de plusieurs anomalies constituées au Moyen Age.

 

@ L’axe parfaitement rectiligne de la voie romaine ne structure que très faiblement le paysage et sur un espace bien délimité : 700 m environ de part et d’autre, et ce surtout à St-Ouen-L’Aumône (zone du vicus GR ?).

 

@ Concernant la ville même qui se développe dans une zone au relief marqué, elle n’est structurée que partiellement par le réseau orangé. Une grande partie de la ville semble se développer plutôt en accord avec la topographie et les différentes lignes de défense autour du Mont-Bélien.

 

 

 

 

 

2. L’analyse des formes remarquables

 

2.1. Les modèles d’organisation du parcellaire : l’exemple de Tours (Hélène Noizet) :

            - Ville protohistorique puis gallo-romaine repérées sur le secteur de Saint-Julien et à l’Est de la ville actuelle.

            - Castrum du Bas-Empire construit au IVe et abritant alors le pouvoir épiscopal.

            - Développement d’un vicus au haut Moyen Age à l’Ouest autour du monastère de Saint-Martin. Entre les deux subsiste un large espace cultivé et en friches (quartier de Saint-Julien). Puis intensification de l’urbanisation et réunion des deux noyaux urbains au XIVe siècle.

            - Hélène Noizet a étudié de la partie occidentale de la ville de Tours du IXe au XIIIe siècle. C’est une historienne qui réalisé sa thèse sur la « fabrique de l’urbain » = concept courant dans l’archéologie britannique et formalisé par Henri Galinié pour désigner le « processus par lequel l’interaction entre société urbaine et ville, dans sa réalité matérielle, espaces et territoires, produit un urbain spécifique en perpétuelle transformation. » (Ville, espace urbain et archéologie, 2000).

 

2.1.1.           Observations morphologiques :

            Dans la zone d’étude comprise à l’intérieur de l’enceinte médiévale du XIVe, la ville de Tours comporte 3 modèles d’organisation parcellaire qui peuvent être décrits à partir de 3 critères : l’organisation des îlots, le réseau viaires et les trames des orientations. = étude du comportement parcellaire de ces ensembles.

a)      St-Julien :

            Les îlots st caractérisés par une grande différenciation parcellaire entre les parcelles des bords et celles de l’intérieur. Au centre : parcelles de grandes dimensions et de formes variées, bordées tout au tour par des parcelles laniérées en moyenne 7 fois plus petites. Certaines sont très longues et fines et font la jonction entre la rue et une parcelle enclavée à l’intérieur de l’îlot = passages (mentionnés sur un terrier du XVIIIe). + faible nombre de rues. + zone incluse fortement dans la trame principale de la ville (orange), d’origine romaine du fait des 2 voies decumanes parallèles à la Loire. + très forte prégnance de ces 2 axes (la rue N-S est récente, fin XVIIIe). Le parcellaire laniéré est beaucoup plus dense le long de ces deux grandes artères.

b)      St-Martin :

            Configuration initiale = castrum de St-Martin construit au début du Xe. + grande homogénéité du parcellaire et plus grandes dimensions des parcelles. Insertion dans le réseau orange essentiellement.

c)      Châteauneuf :

            Très forte densité des îlots et des parcelles (1094 contre 153 et 619) et très forte fragmentation du parcellaire + grande diversité des formes des îlots et des parcelles. Ces parcelles ont en revanche une taille proche de celles des fronts de rue bordant les îlots de St-Julien. Réseau viaire plus étoffé et complexe. Plus grand nombre de places. Le réseau orange est ici très fragmenté du fait de l’enchevêtrement complexe des trois orientations. On trouve surtout un réseau à 90° que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans la fenêtre étudiée. Cela signifie qu’une série d’aménagements ont été réalisés en discordance avec les orientations antiques.

 

2.1.2. Interprétations socio-spatiales :

            A ces modèles d’organisation du parcellaire correspondent des pratiques socio-spatiales spécifiques.

            a) St-Julien :

            Témoigne de la durabilité des conséquences de l’utilisation agricole de ces terres à les grandes parcelles au centre des îlots sont issues des pièces de culture. Les franges de ces îlots, et surtout celles en bordure des 2 grandes voies de circulation E-O, ont été subdivisées (de manière spontanée plus que par des opérations planifiées) en un parcellaire laniéré et dense, pour construire des maisons = urbanisation en front de rue. è aménagement par la suite de petits passages pour accéder aux terres situées au centre. Cette utilisation agricole explique aussi que l’on ait pas de réseau viaire très développé ni de place.

            b) Le cloître de St-Martin :

            Correspond, outre les structures liées à la construction du castrum au Xe, à une zone résidentielle aristocratique à ces parcelles plus ou moins carrées correspondent à l’époque moderne à des hôtels urbains, dont certains sont encore visibles aujourd’hui. Cette fonction résidentielle élitaire explique que les réseaux viaires soient un peu plus denses que dans la zone agricole, tout en restant assez faibles dans la mesure où la densité de population reste peu élevée en raison de la ségrégation sociale.

            c) Châteauneuf :

            Modèle d’organisation caractéristique des espaces commerçants et artisanaux, impliquant la présence de nombreuses boutiques et une attraction des populations à pression démographique à très forte fragmentation et densification du parcellaire à nécessité de nombreuses voies de communication et de places de marché.

 

2.1.3.           Réflexion sur les relations sociétés-espaces urbains :

            Attention !! Ne pas se méprendre sur l’expression de « modèles d’organisation parcellaire » : il ne s’agit pas de plan organisé et préétabli, bien au contraire. Aucun des 3 ensembles ainsi dégagés n’a été préconçu en tant que tel. Aucun groupe social n’a formulé le projet de constituer une ville et en particulier ces espaces urbains. Et pourtant cette réalité matérielle est indéniable. è il faut admettre qu’il n’y pas de causalité directe et immédiate à l’urbanisation : on ne peut déterminer un fait, un événement ou un acteur social qui serait fondateur. La ville est un impensé. Elle est un produit de l’interaction permanente des activités sociales et de la matérialité de son espace (la fabrique urbaine).

            Ex : différenciation croissante depuis le Xe de la fabrique urbaine entre Châteauneuf et le cloître qui a certainement encouragé le phénomène politique de l’émergence des bourgeois face aux chanoines, qui s’est soldée au début du XIVe par une véritable insurrection des bourgeois. A ce moment là, l’incompréhension était parvenue à son comble, chacun vivant dans son monde, deux quartiers que tout opposait. Ainsi, cette augmentation progressive des différences entre ces 2 mondes est un marqueur, parmi d’autres, de la différenciation des conditions de vie.

 

2.2.            Anomalies parcellaires du tissu urbain :

2.2.1.           Tours : exemple de la boire St-Venant (Hélène Noizet) :

            A Tours, la documentation souligne l’importance de l’eau.

 

F     Les données morphologiques :

a) Analyse des orientations dominantes de la ville : celle à 65° (en vert) forme deux ensembles cohérents :

-         un au N-O de la ville interprété comme la marque de l’inflexion de la rive de la Loire ;

-         l’autre au S-S-O interprété comme des fossés et paléochenaux parmi lesquels on trouve notamment le fossé de l’enceinte du XIVe.

b) Une forme curviligne :

Le tracé curviligne de cette double forme est nettement visible dans la mesure où il a fixé le réseau viaire. La résilience de cette forme est donc très forte dans le cadastre napoléonien et encore dans le cadastre actuel.

+ lecture morphologique à « corridors fluviaires » : élément linéaire du paysage associant une composante hydrographique et une composante viaire dans une même forme.

c) Une boire :

L’usage de cette forme correspond clairement à une « boire » = terme  employé dans les sources médiévales à propos des chenaux d’inondation recueillant les eaux de la Loire. En effet, cette forme coïncide avec les principales zones inondées è exutoire plus ou moins temporaire des crues de la Loire et du Cher. La présence de ces boires à l’époque médiévale et moderne dans la plaine alluviale de Tours est bien connue.

Dans la mesure où le tracé de la muraille la recoupe, les deux lignes repérées pourraient correspondre à deux états successifs de la même boire : avant et après le milieu du XIVe (construction de l’enceinte, renforcée par ses fossés + 1 boire).

 

F     Mise en relation avec les sources écrites :

La mise en relation précise avec les sources écrites et planimétriques confirme ce scénario évolutif et autorise l’identification de cette forme avec la boire St-Venant, récurrente dans les textes. Quelques sources indiquent qu’elle était active au moins depuis le début du XIe siècle. Enfin, les comptes de la ville du XVe nous apprennent que cette boire était navigable, au moins lors des crues.

 

F     Mise en relation avec les données archéologiques et géologiques :

Les logs (coupes schématiques de relevé sédimentaire en géologie), les études géomorphologiques et géoarchéologiques et des fouilles récentes ont permis de mettre au jour les formes fossiles de paléochenaux dans la plaine alluviale de Tours correspondant à d’anciennes tresses de la Loire (20 000 à 16 000 av).

Ce n’est que vers 10 000 av. que le fleuve subit une métamorphose fluviale radicale : son tracé se fixa alors le long de la rive Nord. Mais l’héritage du tressage glaciaire a continué de marquer le fonctionnement hydrologique de la plaine alluviale : au sud de l’actuel lit mineur de la Loire, les anciennes tresses sont devenues des paléochenaux qui ont été réactivés par les affluents du Cher ou utilisé comme chenaux d’inondation aux époques historiques (boires).

9 hypothèse d’H. Noizet : il y a eu, au moins sur une partie du tracé de la boire St-Venant, un paléochenal, assez puissant pour entailler le calcaire. Mais étant donné la différence d’échelle spatio-temporelle entre les deux structures, cette boire ne correspond très probablement qu’à un écoulement superficiel et relativement récent, le stade ultime de l’évolution du paléochenal avant son comblement définitif à l’époque moderne.

 

Conclusion sur la boire : Ce dossier est d’une très grande richesse car il a permis de mettre en relation les sources écrites, archéologiques, morphologiques et géologiques, chose extrêmement rare. Et bien souvent ce type d’association repose sur une sur-interprétation des données qui ne tient pas compte des limites documentaires de chaque source.

Cette étude permet de montrer le rôle essentiel de la Loire et de son fonctionnement morpho-dynamique dans la structuration de l’espace urbain de Tours.

Comme pour les 3 modèles d’organisation, cette évolution morphologique urbaine est un impensé : elle résulte d’un processus dynamique de transmission de la forme que le concept de système auto-organisé permet de mieux comprendre. Ainsi personne n’a jamais consciemment mis en place le plan hérité de ces rues, et pourtant les sociétés se sont comportées de telle manière avec le milieu hydrographique que la forme est restée globalement pérenne : elle s’est renforcée tout en se transformant (= résilience).

 

2.2.2.           Pontoise : exemples des enclos territoriaux et de fortification (S. Robert) :

            Géographie = Vexin français, trentaine de km au N-O de Paris.

            Topographie = Site particulier de la ville qui est installé sur le Mont Bélien = éperon rocheux déterminé par les petites vallées de la Viosne et du Fond St-Antoine à la confluence de l’Oise.

            On a déjà vu que Pontoise devait son développement à l’époque médiévale également au passage de 3 itinéraires qui ont déterminé des centralités éclatées dans l’espace qui expliquent certaines dichotomies actuelles :

-         ville historique sur le Mont-Bélien autour de l’axe Paris-Gisors (= ville haute)

-         ville historique basse, près de l’Oise et dans la vallée de la Viosne ;

-         ville nouvelle sur le plateau St-Martin autour de l’axe Paris-Rouen = Cergy.

 

L’étude du parcellaire à l’échelle du bâti permet de révéler plusieurs anomalies.

F     Autour de Notre-Dame :

- Le Clos des Grands Jardins : anomalie circulaire bien marquée dans le parcellaire mais dont l’origine n’a pu être identifiée. Dédié au XIXe à l’horticulture.

- L’enclos de Notre-Dame : en relation avec un faubourg artisanal développé au XIIe le long de la dérivation de la Viosne et la paroisse Notre-Dame créée en 1247. Cet enclos correspondait au ressort territorial de l’église Notre-Dame, ce qui a permis d’ailleurs de l’identifier dans sa partie insérée dans l’enceinte de réunion du bas Moyen Age. Une fois ce retranchement dans la ville, cette forme enclose y perd de sa cohérence contrairement à la partie extérieure (+ aménagements défensifs plus imprtts ? partie exposée...).

- La parcelle de l’église Notre-Dame : anormalement grande et la forme évoque l’emprise d’une vaste église. à fossilise une vaste basilique érigée aux XIIIe-XIVe et ruinée en 1589 (Guerres de Religion). à construction d’une église provisoire à partir des ruines qui est celle qui a perduré jusqu’à nos jours.

 

F     Autour de l’enclos St-Maclou :

- L’enclos de St-Germain : demi-enclos circulaire qui correspondrait à la première implantation des moines bénédictins de St-Martin à Pontoise. Les moines y possèdent encore un hôtel au bas Moyen Age. Cette première abbaye, alors appelée St-Germain, est citée en 1069 comme entourée d’un mur d’enceinte. + proximité de la paroisse St-Maclou où se trouvaient l’église et les bâtiments conventuels de l’abbaye. L’enclos est probablement abandonné après le transfert des moines sur le plateau (fin XIe) car il est recoupé par l’enclos de Notre-Dame puis par les fortifications (fin Moyen Age).

- Quartier St-Maclou : il ne s’agit pas d’un enclos mais d’un quartier orienté selon le réseau agraire orange. Une anomalie en patte d’oie signale peut-être une porte à l’entrée de la ville (ligne I).

 

F     Autour du Mont-Bélien : = développement de l’habitat.

- Autour du château : l’enclos (avec traces de tours) autour du château et de l’église St-Mellon (limites B et C) correspond au ressort territorial de cette église. Une enceinte est mentionnée pour la 1ère fois en 1081 mais elle peut reprendre un tracé plus ancien.

            A mi pente, une autre limite cohérente (D) : des vestiges de remparts sont aujourd’hui visibles è peut-être liée au château des XIIIe-XIVe ?

            Enfin, la forme « E » constitue l’anomalie circulaire la plus lisible

- Extension de l’habitat autour de l’église St-Pierre (F, G). Les limites signaleraient différentes phases d’extension de la ville en contrebas du mont et pourraient correspondre à des lignes de défense du bourg, particulièrement exposé en contrebas de la Roche. F attestée archéologiquement. Noyau d’habitat déjà important au XIe.

- Limite forte (J) qui dessine un enclos enserrant le ressort territorial de St-André et en partie celui de St-Pierre.

- Limite forte (I) de l’enclos autour de St-Pierre et St-André élargi à l’enclos de la Harengerie. Hypothèse = limites du castrum cité au XIe.

 

F     Les fortifications de la ville :

La présence de limites fortes et d’anomalies significatives permettent de reconstituer son tracé, même si la muraille est désaffectée dès le XVIIIe :

-         grands boulevards au N et à l’Ouest. Au Sud la ville est limitée par une large bande parcellaire encadrant la dérivation de la Viosne (Etang du Vert Buisson).

-         tours au sud (visibles sur le parcellaire et le plan du XVIIe)

-         bastions à l’Ouest (cf. plan XVIIe),

-         parcelles triangulaires à fortifications modernes ou du XIXe.

9  Cette enceinte urbaine réunit les différents noyaux d’habitat (le Mont Bélien, St-Pierre, la zone artisanale de Notre-Dame et St-Maclou) sauf le faubourg St-Martin et une partie du faubourg Notre-Dame. La paroisse Notre-Dame ayant été érigée au milieu du XIIIe et son église construite jusqu’au XIVe, il semble que cette enceinte urbaine (celle des plans modernes) corresponde à une phase relativement récente de la fortification de la ville (guerre de Cent ans ?).

 

Conclusions sur les enclos :

-         Les enclos sont des formes organisatrices dans le sens où elles délimitaient les différents noyaux d’habitat qui ont contribué à former la ville.

-         Les formes d’enclos marquent le tissu urbain puisqu’elles restent inscrites dans le parcellaire jusqu’à aujourd’hui. Mais cette orientation est surtout présente dans les limites de l’enclos. A l’intérieur, le parcellaire peut suivre une orientation différente, notamment celle de la trame agraire = un élément structurant majeur de la morphologie urbaine. è limite entre ville et campagne n’est pas si nette. De plus, la ville alternait des zones construites avec des terres arables et des vignobles (en abondance dans le castrum du XIe).

-         Les enclos sont morphogènes dans le sens où ils créent de nouvelles polarités, essentiellement par leurs portes qui créent des points de passage obligés et de nouveaux points d’attraction. Ainsi à la fin du XIe le castrum enserre les différents noyaux qui se sont développés sur le Mont-Bélien et ses abords mais déjà de nouveaux centres se constituent aux marges : Notre-Dame (XIIe), St-Maclou (marché aux poissons attesté fin XIe).

 

Conclusions sur Pontoise :

-         La tradition historiographique avait forgé l’image d’une ville bien délimitée dans ses murailles dès le XIIe au terme d’un développement relativement linéaire (glissement du plateau à l’éperon puis de l’éperon vers l’Ouest).

-         Or l’étude morpho de S. Robert montre qu’il ne faut au contraire pas voir la ville comme un ensemble homogène bien circonscrit dans ses remparts car elle se constitue à partir de centralités multiples qui émergent au cours de l’histoire et qui ne cessent de glisser. La ville ne cesse de se construire autour de la mise en cohérence de ces centres en les enfermant dans une entité unique – le rempart – ou simplement les mets en relation par des voies nouvelles.

-         Quant à la « structure » de la ville, elle existe déjà dans le parcellaire rural qui possède une organisation profonde et ancienne. La ville médiévale crée de nouvelles formes à travers les différents enclos qui la constituent mais par le bâti, elle « solidifie » aussi une structure rurale déjà complexe.

 

 

BIBLIOGRAPHIE DU COURS, DES ILLUSTRATIONS ET REFERENCES COMPLEMENTAIRES :

-   Chouquer (Gérard), « La ville, la mémoire et la forme », Paysages découverts. Histoire, géographie et archéologie du territoire en Suisse romande, 1993, II, p. 61-78.

-   Chouquer (Gérard), « Le plan de la ville antique et de la ville médiévale de Besançon », Revue archéologique de l’Est, 45-2, 1994, p. 361-407.

-   Dufaÿ (Bruno), « De la topographie à l’histoire : comprendre l’évolution des villes anciennes », Mappemonde, n°67, 2002.

-   Galinié (Henri), Ville, espace urbain et archéologie, Ed. de la Maison des Sciences de la Ville, de l’Urbanisme et des Paysages, Université de Tours, 2000.

- Gauthiez (Bernard), « L’approche de la morphologie urbaine aujourd’hui. », dans F. Loyer (prés),  Ville d’hier, ville d’aujourd’hui en Europe. Actes des Entretiens du Patrimoine (Théâtre national de Chaillot, 24-26 janvier 2000), Paris, Fayard, 2001, p. 113-139

-   Noizet (Hélène), Pratiques sociales, représentations de la ville et fabrique urbaine de Tours du IXe au XIIIe : chanoines, moines et laïcs à St-Martin et St-Julien, thèse sous la dir. D’H. Galinié, Université de Tours, 2004.

-   Noizet (Hélène), « Une histoire géoarchéologique du rapport à la Loire : le cas de la boire Saint-Venant à Tours », dans J.-F. Berger et al. (dir.), Temps et espaces de l’Homme en société. Analyses et modèles spatiaux en archéologie, XXVe Rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes, Editions APDCA, Antibes, 2005, p. 451-462.

-   Noizet (Hélène), « La transmission de la nature et du rural dans la ville : le cas de Tours », Etudes Rurales, n°175-176, juillet-décembre 2005, p. 109-128.

-   Robert (Sandrine), L’étude des formes paysagères en milieu urbain. L’exemple de Pontoise (Val-d’Oise), mémoire de DEA sous la dir. G. Chouquer, Université de Tours, octobre 1997.

-   Robert (Sandrine), L’analyse morphologique des paysages entre archéologie, urbanisme et aménagement du territoire. Exemples d’études de formes urbaines et rurales dans le Val-d’oise, sous la dir. G. Chouquer, Université Paris 1, novembre 2003, 3 vol.

 

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