CONCLUSIONS

UNIVERSITE PARIS 1 – UFR 03

 

LICENCE 3 – Archeogeographie Planimetrique

Magali WATTEAUX

2006

 

« La dynamique de l’espace géographique des Maillys (Côte-d’Or). Recherches autour d’un corridor paysager (M. Foucault) »

 

 

Les mots surlignés en jaune renvoient à une illustration dans le diaporama du cours.

 

 

Pour citer ce texte : Magali Watteaux, « La dynamique de l’espace géographique des Maillys (Côte-d’Or). Recherches autour d’un corridor paysager (M. Foucault) », Cours de 3e année de Licence, module « Archéogéographie », Université Paris 1, 2006.

 

 

 

Ce cours présente les résultats d’une recherche menée par Mélanie Foucault dans le cadre d’un DEA sous la direction de G. Chouquer (Paris 1, 2003) et publiés dans la livraison 167-168 de la revue Etude Rurales 2003.

è toutes les illustrations, sauf mention contraire, sont tirées de son mémoire de DEA.

 

Objectif = montrer comment une série de faits paysagers, répartis dans l’espace et dans le temps, peuvent être articulés pour faire émerger un objet paysager dynamique, de type nouveau, unifié par une forme qui se transmet sur plusieurs millénaires.

 

Localisation : au bord de la rive droite de la Saône, à environ 30 km au S-E de Dijon, secteur de la Noue de Lépinge, sur la commune des Maillys.

           

 

1.      Un delta interieur

 

            La commune des Maillys est située en partie basse de la plaine des Tilles et de l’Ouche qui descend en pente douce jusqu’à la Saône depuis Dijon. Altitude moyenne : 182m. La pente ne dépasse pas 1 m au km.

            Le paysage est très plat et largement ouvert avec essentiellement des prairies et surtout de grandes parcelles de champs à vocation agricole et surtout maraîchère de la région.

            La Noue de Lépinge est un lieu-dit correspondant à une longue bande de champs géométriques qui s’étire le long de deux chemins d’exploitation entre le bourg des Maillys et les Bois Royaux et des Bas.

            Ce micro-secteur en pente douce (glacis) se situe à la confluence de 3 rivières (Tille, Ouche, Saône) et se caractérise donc par des alluvionnements importants qui lui donnent l’apparence d’un delta intérieur. Il y a donc de nombreux bras (actifs ou fossiles) de la Tille et de l’Ouche. Aujourd’hui ces cours sont canalisés.

            La forte imperméabilité des sols engendre des ruissellements et des stagnations. En hiver, les crues débordent considérablement, étalées dans tout le lit majeur. La pente très faible et la présence de nombreux canaux naturels d’écoulement contribuent eux aussi à la rétention des eaux qui devient alors un véritable enjeu en termes de gestion et d’aménagement de l’espace. La physionomie et l’évolution paysagère dépendent ici étroitement des caractères de l’hydrosystème.

            Il existe un ancien chenal à Lépinge lu en photo-interprétation (missions de 1997 et 1983) car les eaux réinvestissent certains hivers des axes préférentiels d’écoulement. Confirmation par l’analyse des cartes géologiques et pédologiques : les rivières déposent des alluvions récentes sur le substrat calcaire. On les lit sur la carte géologique, mais pas pour le chenal de Lépinge. Pourtant un ruisseau actif existait (visible sur la carte de Cassini). En revenant à la carte géologique on y  remarque 2 petites languettes convexes d’alluvions trahissant l’existence d’un affluent (ce ne peut pas être la Saône car elles suivent le pendage du glacis). Elles sont dans la parfaite continuité du bandeau boisé de Lépinge. L’examen des missions aériennes permet d’appréhender dans le découpage parcellaire et la couleur des sols le rejeu diffus de ces anciens cours.

            è restitution possible du réseau hydrographique.

            è il faut considérer la carte géologique comme un document issu de l’état de la recherche et qui est le fruit de choix opérés en fonction de l’échelle d’édition : ce n’est pas un document objectif et exhaustif.

 

            Ä L’image livrée par les missions aériennes est celle d’un cours d’eau colmaté dont la largeur est celle du lit majeur. è au moment de son activité le chenal n’a été qu’un ruisseau tortueux (comme la Tille avant sa canalisation). En effet, compte tenu de la géomorphologie du glacis, le contexte est favorable à l’existence d’un réseau de cours d’eau multiples et de faible énergie (style anastomosé). A l’échelle locale, le cours d’eau de Lépinge n’est qu’un des très nombreux bras du vaste système qui parcourt toute la plaine des Tilles. D’après la notice géologique, il est possible que le chenal ait entaillé la terrasse ancienne au tournant de l’Holocène, lors du Tardiglaciaire (13 000 BP) – période de grand dynamisme des systèmes fluviaux. Mais pas de confirmation sur le terrain. La question de son comblement est en revanche plus facile car il était encore en activité au XVIIIe siècle (Cassini). Le fait qu’il y ait un bois sur la carte d’Etat-Major (fin XIXe) et le cadastre napoléonien (1824) n’interdit pas une activité, même saisonnière. Ce ruisseau n’a pas connu de fonctionnement continu tout le temps.

 

 

2.      Une chaîne de villages et des champs protohistoriques

 

            Le secteur de la Noue de Lépinge concentre un nombre très important de traces fossiles qui correspondent à une chaîne d’habitats avec ses champs et ses voies. L’espace est découpé par quelques voies principales sur lesquelles se disposent les habitats groupés. Il n’y pas eu de fouille mais une datation peut être proposée compte tenu de la forme : entre le Bronze final (IXe av.) et le début de l’époque romaine.

            On observe une corrélation entre ces traces archéologiques et le chenal ce qui est assez étonnant : c’est en effet dans cette zone basse inondable qu’on trouve les habitats. Mais ce n’est pas incompatible, au contraire : les installations en bordure de ru sont fréquentes et fonctionnelles. Ce qui est plus étonnant c’est la concentration importante des traces selon une organisation cohérente et linéaire. Le village s’organise en fait le long de la voie antique de Pré-Jovignot qui épouse sur toute sa longueur, la bordure occidentale du vallon du ru à série de « villages-rues ». Cette voie suit elle aussi un tracé sinueux, suggérant peut-être le fonctionnement du ruisseau à cette époque ou au moins un linéament assez prononcé pour influencer le dessin d’une voie. è « village-ru ». Cela témoigne aussi des faibles risques d’inondation. Les dangers potentiels de cette installation dans une zone basse ont été jugés secondaires face aux possibilités de mise en valeur. L’exploitation optimale des possibilités du milieu dans un contexte économique et social dynamique favorise l’ancrage du terroir, un ancrage physique matérialisé par des limites viaires et parcellaires fortes, qui permet d’assurer leur fonctionnalité dans le temps. La voie Pré-Jovignot pérennise la ligne et l’orientation.

 

            La carte archéologique souligne la vocation essentiellement agricole du territoire antique. On observe en effet, à proximité des villages, plusieurs zones de champs, sous forme d’ensembles parcellaires, délimités par des fossés. Les champs sont stratégiquement installés : le long des axes préférentiels mais protégés à l’extérieur du talweg pour éviter les risques liés aux écoulements.

            Gérard Chouquer a proposé de les relier à un parcellaire en forme d’alvéoles regroupées en bandes. Il s’agirait ainsi d’une possible planification protohistorique s’intégrant à l’ensemble beaucoup plus vaste des vallées de l’Ouche et des Tilles organisé selon l’axe de la voie « Traversaine » dont on reconnaît le tracé sur plus de 25 km d’Arc-sur-Tille à Champdôtre. Région connue archéologiquement grâce à la photo-interprétation et à l’A39. Ces fouilles ont permis de mettre au jour l’un des premiers ensembles parcellaires gaulois formellement identifiés en France. Ce parcellaire se caractérise par une ordonnance quadrillée souple non rigoureuse mais régulière et une période d’utilisation des Ier-IIe ap. mais qui remonte à l’Age du Fer. Cette forme d’ensemble prend appui sur la voie Traversaine, elle-même en accord avec la forme générale de la vallée des Tilles. Cela permet de favoriser le drainage de cette zone au faible pendage naturel. Les fouilles ont montré la présence de réseaux complexes de fossés ce qui a contribué à rendre d’autant plus forte cette trame parcellaire/viaire. Cette structuration marque sans doute l’apogée d’une société agraire gauloise parfaitement capable de maîtriser son espace rural et de le mettre en valeur.

            Alors que ce parcellaire n’est le plus souvent connu que par ses limites principales, sans qu’on puisse vraiment dessiner et décrire les champs, le relevé des traces fossiles de la commune des Maillys offre des données plus précises. Le dessin des champs peut être reconstitué grâce à la qualité des observations que permet le sol. Les champs sont des unités massives, quadrangulaires, de 30 à 60 m environ, et sont séparés entre eux par de fortes limites donnant des traces épaisses sur les  photographies aériennes. On les interprète généralement comme des banquettes surélevées par rapport aux champs, comme on a pu en observer dans les parcellaires de la fin de l’Age du Fer. Elles servaient de support aux chemins. Mais certains champs protohistoriques sont également entourés de fossés.

            Une potentialité a donc été créée pendant l’Antiquité pré-romaine, moment où l’on observe partout un formidable essor économique qui a motivé une structuration particulièrement forte et pérenne de l’espace. = 1ère bifurcation repérable de l’histoire des paysages agraires. Puis, par de progressives transformations de détail dont on ne peut rendre compte avec précision, on passe d’une forme protohistorique/antique au parcellaire actuel (avant les grands remembrements contemporains qui constituent une rupture forte). Celui-ci ne change pas considérablement quant à son orientation générale, son axe majeur (la voie Traversaine), son rapport avec les cours d’eau. è évolution de détail et fixité des lignes de force. Cela peut s’expliquer ici par un respect des lignes naturelles et un entretien de la fonctionnalité du territoire aménagé pour répondre à des ambitions économiques et sociales.

            Mais cette potentialité antique a été transmise par certains choix au Moyen Age. Le bourg des Maillys-le-Port (passage sur la Saône) est sur une des 2 voies reliant Dijon à Salins par Dole, reliant donc la capitale des ducs de Bourgogne aux principales salines du centre-Est de la France. = grande voie saulneresse du XIe au début du XIIIe. è le transit médiéval a contribué à pérenniser les formes protohistoriques, assurant ainsi une certaine stabilité viaire et parcellaire, alors que la carte de l’habitat changeait radicalement. On passe en effet d’une série d’habitats antiques le long de la voie et du ru, des bords de la Saône vers l’intérieur des terres, à un habitat en chapelet disposé en front de Saône (les Maillys, Mailly-le-Château, Mailly-la-ville, Mailly-le-Port). 

 

 

3.      Une mobilité paysagère importante à l’époque moderne

 

            La carte de Cassini (1756) révèle un état du paysage très surprenant. On n’y  trouve aucun habitat à l’endroit des villages antiques mais de vastes bois et marais traversés par des chenaux du « delta » intérieur des Tilles et de l’Ouche, dont notre corridor. Système hydrographique sensible et fluctuant. è emprise anthropique ni définitive ni irréversible.

            La carte d’Etat-Major, le cadastre napoléonien et les premières photographies aériennes (1940) attestent la rapidité et les possibilités de transformation du paysage. On constate l’existence d’un bois dans le courant du XIXe. Il perdure jusqu’aux remembrements des années 70. Le développement de ce bois à l’emplacement du ru n’est pas anodin : les sols plus limoneux retiennent l’eau plus longtemps et sont plus nutritifs ; ils conviennent donc davantage à la croissance des arbres. = moyen au XIXe siècle de réguler l’eau des zones les plus humides, lors des assèchements du marais ?

            Cette reprise forestière a participé à la conservation des vestiges, les protégeant de l’érosion et des labours. D’ailleurs, à plusieurs reprises, on constate que les bordures nettement découpées des bois correspondent à l’emplacement de traces archéologiques (limites viaires et parcellaires, enclos). Cas flagrant sur l’orée occidentale de la Noue de Lépinge, bordée par la voie Pré-Jovignot. = un morphogène : un élément paysager exerçant une influence persistante sur les formes, au-delà de son époque de création et de fctionment. Ici, le dessin de la limite s’est transmis d’un ruisseau à une voie, puis à une bordure de bois, donnant à ce linéament des propriétés physiques ET sociales.

 

 

4.      L’interprétation archéogéographique

 

4.1.Les approches traditionnelles :

Ce secteur présente différents visages selon le point de vue disciplinaire adopté :

-         Le géologue à un paléochenal, ancien affluent de la Saône.

-         L’archéologue aérien à chaîne de villages-rues protohistoriques.

-         L’historien moderniste à un ruisseau dans un contexte de boisement et de marécage qui renvoie à un épisode connu de l’histoire des plaines de l’Ouche et des Tilles : le « marais des Tilles ».

-         Le géographe à un long corridor boisé depuis le XIXe puis une zone de champs ouverts après les grands remembrements.

-         L’écologue du paysage à un corridor permettant des connexions dans le paysage et le transfert de faune.

-         Le géomètre et l’agronome à de grandes parcelles de champs recoupant le corridor sans le considérer.

 

            Mais personne n’a pensé à mettre en évidence qu’au-delà de ces objets spécialisés étudiés dans un cadre disciplinaire précis, il existe un objet nouveau tout  aussi intéressant. C’est une forme dynamique qui réalise des hybridations entre le naturel (chenal, ru, bois, marais) et le social (rue, village, champs). Pour qualifier cette forme qui définit l’originalité de l’espace de La Noue de Lépinge on emprunte à l’écologie du paysage le terme de « corridor ». Ce terme désigne  un élément linéaire qui structure l’espace paysager et dont la physionomie diffère de l’environnement adjacent. Ce corridor va nous permettre de faire le lien entre toutes ces informations spatio-temporelles associées au travers de cette forme.

 

4.2. La complexité des hybridations :

            La relation entre les vestiges archéologiques et la forêt indique un héritage social et non un déterminisme physique. Cette idée constitue l’inverse du regard habituel porté sur l’évolution du paysage. Par la succession, au même endroit, de plusieurs états très différents (chenal, ruisseau, bois) mais selon une continuité des formes et limites et avec la persistance d’une dynamique fonctionnelle, l’espace de La Noue a constitué au fil du temps un véritable objet hybride. Sa nature plurielle combine le physique minéral, végétal, fluvial et le social.

            L’autre spécificité du lieu tient à son rôle de corridor. En tant que bois c’est un corridor relié à un réseau de corridors forestiers plus vaste qu’il faut envisager à l’échelle micro-régionale. Les corridors permettent la circulation des flux et des échanges biologiques pour les écologues. Pour l’archéogéographe, idem : qu’il ait accueilli un ruisseau, une chaîne de villages ou une bande boisée, le corridor est resté un espace de flux et de relations.

            L’utilité de ce corridor, sa fonctionnalité, a été préservée grâce à ces changements. La Noue de Lépinge offre donc une succession de corridors paysagers depuis au moins 13 000 ans (paléo-chenal), date de la première bifurcation morphogénétique. Chaque état du corridor possède une dynamique intrinsèque (spatiale, écologique, biologique…) mais développe aussi un potentiel de transmission. Il y a donc une hétérogénéité spatio-temporelle qui enrichit l’histoire de ce lieu et la perduration de la fonctionnalité de cet espace a favorisé la pérennité des formes.

 

4.3. C’est le lieu qui fait le lien entre les objets, disciplines, périodes :

            Qu’est-ce qui provoque dans la durée ces dynamiques ? C’est la logique géographique du lieu. è c’est le lieu qui doit imposer la logique de la recherche et non l’inverse. C’est lui qui dit quelles sont les disciplines à mobiliser.

            Les opérations de remembrement ont introduit un changement radical : plus qu’un défrichement pour cultiver plus, ce remembrement a gommé l’espace fonctionnel et dynamique du corridor. Rien ne le rappelle en surface. = bifurcation durable de l’histoire du lieu ? MAIS cette zone très légèrement plus basse n’en reste pas moins un axe d’écoulement préférentiel des eaux souterraines : en période de crue à submersions prolongées des cultures à pertes d’exploitation. L’obstacle du bois pour les aménageurs en cachait un bien pire. è l’histoire de ce site peut-elle être vraiment   définitivement réorientée étant donné que c’est le lieu qui fait le lien ?

            Ces dysfonctionnements agricoles ont été l’occasion de découvrir cet objet hybride. La photographie aérienne de 1981 montre comment l’humidité fait réapparaître l’état le plus ancien actuellement connu : celui d’un paléo-chenal. On voit aussi les contours de l’ancienne forêt et des traces archéologiques. = objet mixte et complexe avec des propriétés naturelles et sociales. Les remembrements ont donc effacé la trace du corridor mais n’ont pas pour autant entraîné sa disparition. è espace résilient c'est-à-dire capable de maintenir sa structure alors que les formations sociales ont changé et modifié en partie les formes.

            è c’est le lieu qui fait le lien è pourquoi vouloir découper et ranger chaque partie de l’objet dans une boîte spécialisée (une période, une discipline) ? Face à un objet de recherche de nature géographique mais doté d’une dynamique acquise au cours du temps, l’approche plurielle mêlant les acquis et les regards pluridisciplinaires s’avère la mieux adapté. Nous ne devons pas trahir cette complexité.

            L’archéologie ce n’est donc plus ici extraire une strate datée, aussi riche soit-elle, mais c’est de montrer que cette strate est un élément parmi d’autre qui a permis de faire exister et perdurer le lieu.

            Cette démarche archéogéographique peut être utile pour l’aménagement aujourd’hui et demain. Exemples de scénarii dans lesquels le lieu serait réinvesti et apparaîtrait de nouveau :

-         scénario catastrophe : période climatique défavorable à pluies continues et crues abondantes à réactivation du ru à déprise agricole à réinstallation du marais progressivement à réorganisation des économies et du paysage.

-         scénario « développement durable » : encouragement par un technocrate européen et par la pression de la subvention à la recréation d’un espace de divagation naturelle de la Tille ou d’un corridor boisé pour assurer la biodiversité. Ou projets d’aménagements paysagers : rideau d’arbres pour recréer une perspective. Ou projet d’aménagement foncier : nouveau découpage des parcelles et développement du tourisme équestre donc remise en bois du corridor pour construire une aire de promenade avec sentier de découverte de la faune/flore et de l’histoire des villages anciens.

 

 

Conclusions :

 

à L’archéologie n’est pas dans l’objet mais dans la méthode :

            Il y a 10-15 ans, on aurait traité cette documentation de façon expéditive. On aurait lu les traces archéologiques en photo-interprétation mais comme il n’y avait pas de fouilles préventives on aurait dit que le sujet n’était pas faisable. Ce travail montre qu’au contraire, en inversant les choses, on peut tenir un discours scientifique intéressant. Il faut intégrer l’information archéologique à un ensemble de recherches qui traitent de la dynamique de l’espace. è l’archéologie n’est pas un objet  mais c’est regarder un paysage de façon archéologique et étudier sa dynamique (= son évolution non linéaire, complexe et liée à d’autres éléments).

            Mais pour ça il faut affronter un problème scientifique : celui de savoir comment lier des informations spatiales et temporelles différentes qui sont traitées par des disciplines différentes, aux protocoles différents et aux objets différents ?

 

à Le pont intellectuel est ici celui de la forme en corridor :

            C’est la notion de corridor qui permet ici de proposer une lecture de la forme dans sa mobilité. Il fait le lien entre toutes les infos des disciplines grâce à sa forme et au lieu. Les changements d’aspect du corridor n’entraînent en effet pas un changement de lieu : la localisation, les limites et l’orientation sont les mêmes. è prendre en compte la « logique du lieu ». Et pour le faire exister, il faut faire le lien.

            On assiste à la modification non linéaire de cet objet complexe dans le temps sous différentes natures. Paléovallée pour le géologue, gisement d’habitat de l’Age du Fer pour l’archéologue, bois puis champs pour l’agronome et le géographe : à travers des visages aussi divers, on étudie une dynamique grâce à la permanence du corridor. C’est, en quelque sorte, l’histoire d’un chenal tardiglaciaire qui devient village-rue de planification de l’époque protohistorique, peut-être même « village-ru », qui est une rivière active sur la carte de Cassini, un corridor boisé sur la photo aérienne de 1940, des champs remembrés aujourd’hui et qui, quelquefois, redevient rivière lors de pluies prolongées. = Exemple convaincant de réunification d’un objet complexe en forme de corridor.

            Mais cet objet complexe n’est pas découpé selon les points de vue disciplinaires : il est traité en hybride (mélange social-naturel) par l’archéogéographe. à c’est un objet « fluviaire » è pas de retour à un déterminisme physique simpliste mais hybridation des réalités écoumènales.

 

à L’interdisciplinarité permet de définir un objet géographique nouveau, profondément hybridé :

-         dans l’espace : rencontre de phénomènes à des échelles variées ;

-         dans le temps, puisque les états passés enrichissent, en se combinant, la nature plurielle de l’état du présent ;

-         dans la forme : mélange du physique minéral, végétal et hydrographique créant des formes originales avec le social.

 

à Nécessité de reconstruire le récit scientifique :

            Ce travail montre qu’on ne peut pas faire un récit linéaire comme c’est le cas traditionnellement car il nous manque des informations. L’information historique est intrinsèquement discontinue. Il faut donc reconstruire une autre histoire : celle de la dynamique d’une forme dont nous percevons certaines étapes et certaines bifurcations.

 

 

BIBLIOGRAPHIE DU COURS, DES ILLUSTRATIONS ET REFERENCES COMPLEMENTAIRES :

-   a/Foucault (Mélanie), La dynamique de l’espace géographique des Maillys (Côte-d’Or). Recherches autour d’un corridor paysager, Mémoire de DEA sous la dir. G. Chouquer, Université Paris 1, 2003.

-   b/Foucault (Mélanie), « Dynamique d’un corridor "fluviaire" sur la commune des Maillys (Côte-d’Or) », Etudes Rurales, n° 167-168, juillet-décembre 2003, p. 227-246.

-   Chouquer (Gérard), « La morphologie agraire et les paysages de la plaine des Tilles et de l’Ouche (Côte –d’Or) », Les formes du paysage, tome 1, Errance, Paris, 1996, p. 32-48.

-   Chouquer (Gérard), L’étude des paysages : essai sur leur forme et leur histoire, Errance, Paris, 2000.

-   Chouquer (Gérard), « Crise et recomposition des objets : les enjeux de l'archéogéographie », Etudes Rurales, juillet-décembre 2003, n° 167-168, p. 13-31.

-   Chouquer (Gérard), « L’émergence de la planimétrie agraire à l’Age du Fer », Etudes Rurales, n° 175-176, juillet-décembre 2005, p. 29-52.

-   Chouquer (Gérard), Quels scénarios pour l’histoire du paysage ? Orientations de recherche pour l’archéogéographie, Université de Coimbra, 2007 (sous presse).

-   Chouquer (Gérard), Traité d’archéogéographie, tome 1. Les caractères originaux de l’espace-temps moderne, Errance, à paraître.

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