LES SOURCES DE L’ETUDE DES PAYSAGES

UNIVERSITE PARIS 1 – UFR 03

 

LICENCE 3 – Archeogeographie Planimetrique

Magali WATTEAUX

2006

 

« Les documents de l’analyse morphologique des paysages »

 

 

Les mots surlignés en jaune renvoient à une illustration dans le diaporama du cours.

 

 

Pour citer ce texte : Magali Watteaux, « Les documents de l’analyse morphologique des paysages», Cours de 3e année de Licence, module « Archéogéographie », Université Paris 1, 2006.

 

 

 

            Le morphologue étudie les formes de l’espace ancien à travers 3 documents principaux qu’il transforme en documents : les cartes anciennes, les photos aériennes et les données archéologiques.

            L’approche de ces documents est double :

-         information sur la fonction et le modelé d’un élément à un temps t (ex : un fossé de drainage antique) qui peut passer du statut d’élément actif (en activité) à passif, ce qui entraîne souvent une destruction + enfouissement + fossilisation è information sur les traces matérielles laissées par les réseaux ;

-         on peut prendre aussi en compte la forme qui se conserve au-delà de la fonction et du modelé d’un élément donc de sa trace. è information sur l’organisation spatiale et les processus et dynamiques qui l’animent.

9  Il faut donc déconnecter le document-source de l’approche qui en est faite.

 

1.     Cartes et plans

Différence entre la carte et le plan tient à la différence d’échelle (petite pour la première et grande pour le second).

Ici, présentation de quelques jalons de la cartographie + souligner les limites des différentes cartes et ce qu’on peut en attendre.

 

1.1.Les cartes antérieures au XVIIe s : 

Les grands principes de la cartographie (latitude et longitude) sont acquis entre le VIIe et le début de notre ère avec la naissance en Grèce d’une géographie mathématique basée sur des observations astronomiques. Jusqu’au XVIIIe, la déformation géométrique reste néanmoins importante car subsiste une mage d’erreur dans le calcul des 2D. Et jusqu’au XVIe il s’agit de compilations d’informations non vérifiées sur le terrain.

 

·        La carte de Peutinger :

      La plus connue. Copie médiévale (XIIe-XIIIe) d’une carte antique retrouvée à Worms à la fin du XVe et donnée en 1508 à Conrad Peutinger d’Augsbourg à qui elle doit son nom. 1598 : 1ère publication imprimée.

      Datation controversée : Ier s ap. J.-C., révisée au IIIe ou IVe ap. J.-C.        Carte manuscrite et coloriée sur une bande longue de 6,82m et large de 34cm è le monde romain est représenté étiré en longueur. Adaptation de la carte à son support (rouleau de parchemin) et à la fonction du document (itinéraire routier de voyage privilégiant les principaux itinéraires).

è pas une cartographie exhaustive et elle ne rend pas compte de la richesse du réseau routier local (idem pour l’habitat et les étapes). Elle peut seulement nous renseigner sur les grands itinéraires à l’époque antique.

 

·        Les plans terriers : Archives Départementales + Archives Nationales

= représentations parcellaires qui apparaissent au XVIe. Ils accompagnaient les registres dénombrant les terres soumises à certains droits et redevances envers un seigneur. Les terriers pourvus de plans se développèrent surtout à partir de la 2nde mi du XVIIe.

      Plans souvent très détaillés : parcellaire figuré parcelle par parcelle, détails topographiques, végétation symbolisée par des couleurs et symboles, riche microtoponymie, voierie, etc.

      Les plus récents (XVIIIe) sont parfois levés géométriquement. Mais dans l’ensemble leur géométrie reste aléatoire, les relevés étant effectués à vue.

      Et surtout ils manquent d’homogénéité géographique car ils ne correspondent pas au découpage administratif actuel et non pas été réalisés systématiquement. De plus, de nombreux plans ont été perdus. è Ils ne peuvent intervenir que comme compléments ponctuels, rarement comme document de base. Mais études intéressantes en les comparant au cadastre napoléonien.

 

·        Les grands atlas des XVIe et XVIIe : AD + AN + bibliothèques + IGN

      A partir du XVIe on assiste à un véritable éveil de la cartographie avec une production importante de cartes, le plus souvent régionales (Anjou, Maine, etc) et de plans de villes. C’est l’époque des compilations menées par des libraires et éditeurs qui donnent leur nom à de grands atlas : Mercator (1595), Samson d’Abbeville (1665- à l’échelle du royaume).

      + cartes de divisions ecclésiastiques (diocèse, évêché) et civiles (parlement, baillages…) qui comportent généralement l’indication des principales rivières et forêts.

      Mais ces cartes restent relativement imprécises car elles sont issues d’une compilation de données diverses et non vérifiées sur le terrain.

 

1.2.Les cartes des XVIIe et XVIIIe s : IGN + AD + AN

      Le XVIIe siècle est marqué par la volonté étatique de disposer de cartes exactes sous l’impulsion de Colbert afin d’avoir une meilleure connaissance du pays. En 1666, fondation de l’Académie des Sciences pour réformer la carte de France : le calcul des distances est dorénavant effectué sur le terrain par triangulation permettant une grande précision en un temps rapide.

 

·        La carte de Cassini : CDRom + AD + AN + IGN

C’est la plus ancienne carte topographique de France. 1ère fois qu’une triangulation générale est mise en œuvre à l’échelle d’un pays et qu’une carte est réalisée systématiquement sur le terrain à partir de levées directes (entre 1750 et 1786). Réalisée par la famille Cassini. Editée de 1756 à 1793. Echelle = 1/86 400e.

Elle représente l’habitat, le relief, l’hydrographie, les principales routes, les zones boisées, les moulins, les églises et abbayes et autres éléments remarquables du paysage bâti. Elle constitue pour certaines fermes qui n’apparaissent pas dans la documentation écrite, la première « mention » historique.

Inconvénients qui en limitent l’exploitation, surtout morphologique :

-         Le parcellaire n’est pas représenté.

-         Certains écarts ne sont pas représentés alors qu’on connaît leur existence par d’autres documents.

-         Très grande schématisation du réseau routier : seules les routes royales et certaines allées de demeures prestigieuses sont représentées è réseau viaire de moindre importance inexistant.

-         Pas de représentation du couvert végétal et de l’hydrographie de détail.

-         Ce qui s’explique par la faiblesse des relevés de terrain : pas de relevé minutieux è certains éléments de l’espace relèvent d’une appréciation subjective et les conventions et la qualité varient d’une feuille à l’autre.

-         Enfin, l’imprécision de la représentation géométrique de la carte rend très difficile le report de données sur la carte compilée qui est géoréférencée.

 

·        Les cartes des ingénieurs du Roi :

      Aux XVIIe et XVIIIe, développement d’une cartographie militaire qui produit des cartes très détaillées. Réalisées à partir de 1740 par les ingénieurs de l’Ecole des Ponts et Chaussées. Elles cartographient surtout les zones frontalières et les villes fortifiées. Le parcellaire y est figuré de manière conventionnelle mais l’environnement topographique est très détaillé.

      Autre type : aménagement des routes royales à l’Atlas de Trudaine (entre 1747 et 1776). Les cartes relevées au 1/8 640e devaient donner une image réaliste de l’espace autour de la route : topographie très détaillée mais parcellaire conventionnel ou inexistant. Principal intérêt : figuration de l’ancien axe routier à côté du projet. Elle permet de corriger de nombreuses confusions entre des routes antiques potentielles et les routes royales (toutes deux rectilignes).

      Aménagement des forêts au XVIIe (surtout en IDF) à carte des Chasses du Roi (1764-1773) qui offre une description topographique très poussée. Très intéressante pour les zones boisées car elle figure tous les chemins de traverse et tous les détails topographiques (mares, fossés, structures de terre). Mais parcellaire représenté de manière conventionnelle.

      Conclusion : les cartes des Ingénieurs du Roi ne permettent pas un relevé détaillé du parcellaire car il est représenté de manière conventionnelle. Mais elles sont très utiles pour les compilations car elles sont relativement détaillées (grande échelle) et présentent de nombreux détails topographiques.

 

1.3.La cartographie géométrique et détaillée des XIXe-XXe s :

·        Les cartes d’Etat-Major : IGN + AD

      Elaboration au cours du XIXe d’une nouvelle carte de France, dite d’Etat-Major. Réalisée à des fins militaires pour palier les imprécisions de la carte de Cassini.           

      Les levées furent effectuées à l’échelle du 1/40 000e entre 1818 et 1866 (publiées en couleur) mais la carte fut d’abord publiée en N&B à l’échelle du 1/80 000e entre 1833 et 1880.

      Les bois et les prés sont évoqués par des couleurs ce qui permet de repérer un aspect essentiel du paysage : les corridors humides et végétaux.

      Elle est surtout un bon complément au cadastre napoléonien (même époque) :

-         …car elle offre une vision globale très détaillée et homogène du paysage que le cadastre ne donne qu’après de fastidieuses opérations d’assemblage. = document synthétique le mieux renseigné et le plus fiable topographiquement pour le XIXe.

-         …par les indices topographiques relevés par les militaires comme autant de points de repères dans le paysage mais non figurés par les arpenteurs du cadastre lorsqu’ils n’étaient pas marqués dans le foncier.

-         Elle est aussi un bon complément à la carte de Cassini par sa proximité d’échelle.

Inconvénients :

-         Elle reste difficilement lisible et ce particulièrement dans le cadre d’une analyse morphologique à l’échelle communale car l’échelle est trop petite pour la profusion de détails qui y sont représentés.

-         Le parcellaire n’est pas représenté.

-         La représentation de l’orographie par hachures n’est pas très lisible.

-         Confusion facile entre le dessin des chemins et des cours d’eau.

 

·        Les cartes topographiques du XXe siècle : IGN

      A la fin du XIXe, devant les insuffisances de la carte d’Etat-Major le besoin d’une cartographie à grande échelle se fait sentir. Une 1ère tentative est faite entre 1883 et 1889 à partir de la carte d’E-M au 1/80 000e qui est ramenée à l’échelle du 1/50 000: c’est la carte dite « Type 1889 ». Mais elle n’apporte pas d’évolution majeure (seulement une facilité de lecture).

            Il faut donc attendre 1922 pour que soit adopté le principe de l’élaboration d’une nouvelle carte de France au 1/50 000e à laquelle on ajoute la publication des levées au 1/20 000: c’est la carte dite « Type 1922 ». Cette nouvelle carte est beaucoup plus précise car elle s’appuie sur une nouvelle triangulation de la France et est d’une lisibilité accrue car le système des courbes de niveau est définitivement adopté au détriment des hachures ; enfin, elle est publiée en couleur.

A partir des années 1940, les cartes topographiques vont être systématiquement mises au point à partir des photographies aériennes verticales à haute altitude effectuées par l’IGN. + un complément topographique réalisé sur le terrain. On adopte pour cette cartographie le système de projection Lambert qui conserve les angles au détriment des rapports de surface (système conique). Pour que cette altération des longueurs reste négligeable on divise la zone en 3 bandes parallèles (I, II, III) et 1 pour la Corse (IV). Le plus souvent on travaille en Lambert II étendu qui couvre toute la France. C’est donc une cartographie beaucoup plus précise que les cartes précédentes.

 

Une vaste palette d’échelles de cartes est disponible :

-         Au 1/250 000e (série Rouge) : bonne appréhension du relief général et travail à l’échelle régionale sur les réseaux de voies et peuplement.

-         Au 1/100 000e (série Verte) : limites administratives, oro-hydrographiques, lieux d’habitation. Utile pour un travail à l’échelle régionale sur les réseaux de voies et de peuplement. Vision cohérente si on travaille sur une vaste zone. Travailler aussi sur les éditions anciennes ce qui permet d’étudier le réseau viaire avant les grands changements qui vont l’affecter à partir du XXe siècle et de conserver une image de l’importance des bourgs et villages également peu affectée par les grands changements urbanistiques.

-         Au 1/50 000e (série Orange) : Utile pour se retrouver dans le découpage des missions aériennes.

-         Au 1/25 000e (série Bleue) = le référentiel de la France depuis les années 70 et jusqu’au développement de la BD Topo. La carte au 1/25 000e constitue une échelle d’analyse qui convient parfaitement pour le travail sur les formes d’ensemble. Elle permet également de relever les courbes de niveau et de les lire en même temps que les routes, les zones boisées, l’hydrographie et le parcellaire ce que ne permet pas la carte oro-hydrographique qui ne représente que l’hydrographie et l’orographie. Travail intéressant à partir de la plus ancienne édition qui permet d’avoir une image plus ancienne (idem pour les autres cartes du XXe).

 

      L’étude de ces cartes topographiques dans le cadre d’une étude de morphologie est précieuse car elle permet :

-         une première lecture des formes générales d’organisation du paysage

-         et de caler géométriquement les données des cartes antérieures et du cadastre qui présentent plus de distorsions.

      NB : le degré plus grand de précision ne rend pas ces cartes plus objectives. Elles font l’objet de nombreux choix de représentation et certains objets sont généralisés = on ne retient que les plus importants ou on accentue les largeurs des routes par exemple par souci de lisibilité de la carte. On garde une « exactitude relationnelle » mais pas dimensionnelle. = interprétation de la réalité.

 

1.4.           Les cartes géologique et pédologique :

·        La carte géologique : BRGM + BNF

      Elle recense les formations géologiques à l’échelle du 1/50 000e. + livret explicatif sur les formations géologiques et géomorphologiques qui permet de lire et comprendre la carte.

      à permet de prendre en compte les phénomènes de taphonomie des sites lors des prospections et certains accidents topographiques (buttes) ainsi que des tracés de cours d’eau anciens.

      à connaissance des resdocuments minérales et hydrologiques influençant souvent les occupations anthropiques.

      Mais elle utile surtout pour connaître la structure du sous-sol et peu pour les formations superficielles du Quaternaire qui pourtant constituent très souvent le sol dans lequel les vestiges archéologiques ont été sédimentés. De plus, les fouilles archéologiques permettent de relever des lacunes fréquentes et des imprécisions dans l’extension des roches dues à la méthode de relevé par sondages ponctuels.

 

  • La carte pédologique : INRA

Elle identifie les différents types de sols qui se développent sur les substrats géologiques. + livret explicatif des sols.

      Carte au 1/100 000e. Il existe des versions du 1/5 000e au 1/20 000e qui répondent à une commande précise de syndicats d’agriculteurs ou viticulteurs : nombre restreint de communes concernées. Carte en cours de réalisation et donc ttes les régions ne sont pas couvertes.

 

            9  Ces deux cartes sont très importantes pour prendre en compte les phénomènes de taphonomie des sites archéologiques. Elles permettent de préparer de manière plus judicieuse les prospections, en circonscrivant par exemple les zones les plus à même de livrer des vestiges archéologiques.

 

Conclusion sur les cartes : une lecture directe de la carte nous renseigne sur des éléments ayant un modelé et une fonction en un temps t, sur des formes de découpage et d’appropriation du sol pas forcément matérialisés (administratif, foncier), des critères discriminants de l’espace comme les microtoponymes, l’orographie. C’est une source fondamental. Mais elle présente de nombreuses limites qui relèvent surtout du problème :

-         géométrique ;

-         et du degré de spatialisation : jusqu’à quel degré la carte rend-elle compte de la complexité de l’organisation spatiale d’un secteur à une époque donnée ?

 

 

2.      Cadastre napoléonien : AD + mairies

Le morphologue, parce qu’il travaille sur des formes parcellaires et viaires doit adopter un document qui permette de les lire à une date la plus ancienne possible mais aussi selon une fiabilité géométrique minimum. è missions aériennes anciennes de l’IGN ou plans cadastraux napoléoniens.

Le cadastre napoléonien, ou cadastre ancien, fut promulgué par la loi du 15 septembre 1807 = cadastre par parcelles foncières. Les travaux dureront jusque dans les années 1850. à document purement fiscal qui permet de calculer l’assiette de l’impôt è ce document permet d’avoir une image du parcellaire plus stable car les limites foncières sont beaucoup plus pérennes que les limites culturales è document plus adapté à la recherche morphologique.

            Chaque commune est divisée en plusieurs sections qui correspondent à une ou plusieurs feuilles. Un tableau d’assemblage au 1/10 000e présente l’ensemble de ces sections, les lieux-dits principaux et les routes à l’échelle de la commune. Les feuilles de section sont levées du 1/2 500e au 1/1 000e en fonction de la densité parcellaire.

La valeur informative du document est élevée car il représente tous les détails du paysage selon une représentation planimétrique très précise : le bâti, le réseau viaire (avec l’indication du statut des axes et leur directions), les microtoponymes (qu’il contribue ainsi à fixer), la nature de l’exploitation des parcelles (mais consignée dans l’Etat des Sections), l’hydrographie (ruisseaux, mares, fossés en eau, etc.) et des indications diverses (fontaines, chapelles isolées, croix, cimetières, etc.). MAIS absence quasi-totale de l’orographie (et ce particulièrement pour les versions non colorisées du cadastre) ce qui ne permet pas de comprendre immédiatement certaines anomalies parcellaires.

= première cartographie systématique et relativement géométrique réalisée à l’échelle du parcellaire. Mais il doit être complété par les photographies aériennes et d’autres cartes.

3.      Photographies aériennes

3.1.La prospection aérienne oblique à basse altitude : SRA + archéologues

      Développement important après la 1ère guerre mondiale.

      Méthode relativement efficace pour révéler des sites archéologiques (au sens large) par le repérage d’indices sciographiques (micro-reliefs), phytographiques, pédographiques et hydrographiques.

      Echelle centrée essentiellement sur la recherche de site è difficile de percevoir les grands réseaux de formes parcellaires. è elles aident surtout à la constitution de la Carte Archéologique, au repérage d’éléments linéaires importants du paysage (voie romaine, paléochenaux) et à l’étude de la morphologie des sites.

      Réalisée ponctuellement = méthode de prospection trop aléatoire (seul un survol mené avec assiduité sur un même secteur pendant plusieurs années donne des résultats exploitables) è doit toujours être couplée avec une prospection mécanique pour contrôler sur le terrain les datations et fonctions.

 

      La photographie aérienne verticale à haute altitude est par contre un document plus fondamental pour l’étude des formes du paysage. Développement de la morphologie en archéologie est d’ailleurs lié en grande partie de l’utilisation des clichés aériens de l’IGN dans les années 50.

 

3.2.Les photographies aériennes verticales à haute altitude de l’IGN :

      La photographie aérienne est mise sur le marché dans les années 40. On parla alors de « révolution de vision » car elle était considérée comme une source « objective » = l’information n’est pas modélisée comme sur les cartes et certaines informations non cartographiées (parcellaire) étaient dorénavant accessibles à petite échelle. Raymond Chevallier a donné une véritable impulsion à la recherche en France sur les parcellaires antiques grâce à ces documents.

      La couverture photographique du territoire français est régulièrement réalisée, tous les 4 à 8 ans (tous les 2 ans pour les régions intensément urbanisées) = les « missions générales. »

      + missions particulières : échelles plus variées et plus grandes (du 1/2 000e au 1/15 000e) car ce sont la plupart du temps des travaux de commande en lien avec la préparation d’un chantier important è très localisées dans l’espace. + les missions réalisées pour l’Inventaire Forestier National (du 1/14 500e au 1/17 000e). + différentes missions réalisées par différentes institutions (1920-1960).

 

3 types d’émulsions qui sont sensibles à différentes actions du spectre lumineux :

-         l’émulsion panchromatique, en N&B (la + courante car la seule jusqu’en 1990) = la meilleure résolution ;

-         l’émulsion infra-rouge qui permet de faire ressortir principalement l’eau et la végétation (mais pas courante car chère) ;

-         l’émulsion en couleur qui permet d’identifier les éléments actifs (végétation, cultures) mais avec un pouvoir de résolution plus faible. Depuis 1990. Plus chère.

      On travaille le plus souvent sur des agrandissements de la planche initiale appelée « planche contact ».

 

      Contrairement aux photographies à basse altitude ces photographies ne sont pas très bien adaptées à la recherche d’indices archéologiques :

-         elles sont réalisées à haute altitude è plus petite échelle è nécessité de réaliser des agrandissements pour la recherche des sites. Sauf pour les linéaires.

-         elles sont verticales et réalisées de préférence à l’heure où les ombres sont les plus verticales è elles sont défavorables à la révélation de micro-reliefs ;

-         elles ne sont pas réalisées dans les périodes forcément favorables à la révélation d’indices archéologiques (sous la neige, en été, au petit matin, crépuscule).

      Elles sont par contre plus souvent utilisées en morphologie comme une carte sur laquelle il est possible de relever les formes parcellaires et viaires du paysage (carte compilée).

      Etude incontournable et précieuse car l’échelle de réalisation (1/20 000e et 1/30 000e le plus souvent) permet de prendre en compte les territoires dans leur globalité et d’avoir une bonne appréhension de l’environnement : certaines relations paraissent évidentes à l’observation (ex. relation formes parcellaires et relief) + document utile pour le relevé des traces géo-pédologiques (paléochenaux).

 

      Choix des missions : on ne privilégiera pas les mêmes missions s’il s’agit d’un travail de compilation des traces fossiles ou si l’on veut constituer un fond de carte.

-         dans le cadre de l’étude d’un terroir circonscrit où l’on veut compiler les informations issues des photos IGN sur le cadastre napoléonien à surtout missions à grande échelle pour les traces fossiles. Privilégier certaines années de grande sécheresse (1968, 1976, 1985).

-         dans le cadre d’une étude sur plusieurs communes : s’il est trop difficile de constituer son fond parcellaire avec le cadastre (trop de feuilles) à utiliser les missions anciennes de l’IGN pour élaborer le fond parcellaire. En effet, les missions antérieures aux remembrements et aux grands travaux d’aménagement du territoire présentent une image du paysage qui peut être proche de celle illustrée sur le cadastre napoléonien.

 

9     L’utilisation de ces 2 types de photographies est donc radicalement différente : elles ne sont pas réalisées dans le même but et ne permettent pas de voir les mêmes choses. 

 

3.3.Taphonomie des traces :

      Attention : les conditions de révélation des traces fossiles en photographie aérienne changent en fonction des types de sol rencontrés et de la dynamique sédimentaire des secteurs étudiés. C. Jung fixe à 0,50-1 mètre le seuil maximal de recouvrement sédimentaire au-dessus duquel la révélation de traces en photo-interprétation n’est plus possible, ou rarement. è Les études de photo-interprétation ne peuvent être menées sans prendre en compte préalablement les conditions taphonomiques de la zone étudiée : ainsi, ne rien voir ne signifie pas nécessairement qu’il n’y a rien. Paramètre plus important que la différence de cultures et des saisons.

 

3.4.Les photographies sattelitales :

            La télédétection est couramment utilisée dans certaines disciplines comme les sciences de la Terre, l’agronomie, la géographie, mais faible utilisation pendant longtemps dans les recherches archéologiques car il s’agissait d’une technique lourde et onéreuse. Sauf dans les régions du monde pour lesquelles les chercheurs n’ont pas de cartes ni de missions aériennes.

            Depuis quelques années le développement de Google Earth, imagerie sattelitale en ligne et gratuite couvrant le monde entier, a permis aux archéogéographes d’explorer de nouveaux terrains très facilement et rapidement. La résolution des images étant de plus en plus fine, les recherches sur les formes paysagères deviennent possibles avec cet outil. Exploration et exploitation des possibilités d’analyse par Google Earth en cours.

            Les analyses possibles sont les mêmes que pour les photographies aériennes « classiques » mais on peut en plus englober un vaste ensemble géographique avec un seul document car l’échelle est encore plus petite.

            C’est de plus un formidable outil pour la spatialisation des données paléoenvironnementales : ça permet de mettre en évidence des phénomènes paléo-hydrographiques, paléo-pédologiques, botaniques et de les croiser avec les données archéologiques dans le cadre d’un SIG.

 

 

 

 

4.      Les données archéologiques 

      Elles permettent une lecture des modelés car elles traitent d’un objet individualisé et localisé en x, y, z et ayant eu un modelé et une fonction en un tps t avant d’être fossilisé.

      L’archéologue développe une démarche d’accumulation des données pour s’approcher le plus possible de la « réalité » du paysage à un moment donné. Mais il ne peut en avoir qu’une vision partielle selon :

-         la conservation des données,

-         les possibilités de fouilles

-         et le présupposé d’une organisation spatiale qui se ferait uniquement à travers les traces matérielles.

L’approche morphologique permet au contraire une vision continue :

-         dans l’espace puisqu’elle ne se limite plus uniquement aux zones fouillées,

-         et dans le temps car elle ne s’attache plus seulement à l’objet mais aux processus qui l’animent (morphologie dynamique). Pour comprendre ces processus il faut dépasser le niveau du modelé et de la trace pour passer à celui de la forme.

 

L’intérêt principal de l’archéologie dans une étude de morphologie est d’apporter des informations :

-         sur la matérialité des réseaux (modelé des formes et fonction du réseau),

-         sur la chronologie (la prégnance d’un réseau de formes à telle ou telle époque)

-         et de multiplier les observations sur la conservation des formes dans le temps, leur résilience.

Cependant, le traitement de cette information reste délicat et doit faire l’objet d’une approche critique.

 

4.1.L’archéologie des fossés parcellaires :

La fouille des fossés, et en particulier l’interprétation des données qui en sont issues, est un exercice difficile puisqu’il s’agit d'une structure ouverte, utilisée souvent longtemps et qui a pu faire l’objet de nombreuses reprises. Elle pose donc des problèmes spécifiques de méthodes et de techniques (cf. article d’Alain Ferdière dans Les formes du paysage II, 1996).

è important : avant d’utiliser ces données, il faut s’interroger sur le contexte du chantier et sur les stratégies et méthodes de fouille mises en œuvre sur ces structures (attention particulière, approche géoarchéologique, études paléoenvironnementales ?) et à quel niveau de l’intervention (diagnostic, évaluation, fouille).

 

Ø      Les questions liées à l’état de conservation des structures :

à cf. d’une manière plus générale, la réflexion sur la taphonomie des vestiges archéologiques. Attention aux problèmes d’interprétation des couches de comblement qui peuvent être de simples couches de scellement sous la forme de lentilles résiduelles postérieures au remplissage et qui peuvent donc être confondues avec le comblement. Or elles n’ont rien à voir avec la couche de comblement è confusion qui peut introduire de graves erreurs de datation.

Ø      Les questions liées à l’interprétation fonctionnelle des structures :

Interprétations principales données pour les fossés = limites parcellaires et/ou de drainage et/ou d’irrigation, de palissades, d’enclos, etc. MAIS le plus souvent il est difficile d’arriver à donner une interprétation relativement fiable et en particulier pour identifier un écoulement ou une stagnation d’eau dans un fossé.

è toujours se demander à partir de quels éléments l’archéologue a interprété la fonction qu’il propose et si son argumentation est fiable. NB : être d’autant plus prudent lorsque aucune étude micromorphologique, pédologique et paléoenvironnementale n’a été mise en œuvre pour l’analyse du fossé.  è Certains contrôles simples (en recherchant dans les archives de fouille) sont nécessaires. Ex : savoir si des prises de niveaux sur le fond des fossés ont été réalisées systématiquement à étude des pentes pour les écoulements (peu décelables dans les surfaces subhorizontales).

De même, s’interroger sur la signification de la longueur du tronçon fouillé : est-ce suffisant pour calculer l’orientation et pour estimer comprendre sa fonction ?

Ø      Les questions liées à la chronologie et à la datation des structures :

Problème principal = la plupart des fossés ne contient aucun mobilier (sauf ceux réutilisés en dépotoirs). è problème = apprécier l’intervalle entre le creusement du fossé et la couche de comblement : il peut être important et difficile à apprécier si le fossé a été curé régulièrement.

En hors-site la difficulté est encore plus importante : rares sont les fossés qui comportent du mobilier (et encore moins de mobilier datant) dans leur remplissage. Et même s’il existe : problème de l’érosion locale ou de l’apport volontaire de terre exogène pour le comblement (il existe même des fossés contenant du mobilier plus ancien que la date de leur creusement car la terre exogène a pu être prélevée en recoupant des couches archéologiques plus anciennes).

è seule façon de dater avec assez de fiabilité le fossé = chronologie relative avec d’autres structures bien datées. MAIS problème pour l’espace agraire inter-sites : il est très rare qu’il y ait la possibilité d’étudier ces recoupements (sondages mécaniques). Et quand il existe une structure qui recoupe ou est recoupée par un fossé encore faut-il qu’elle soit elle-même datée ce qui est rarement le cas. De plus, attention : on date l’abandon du fossé et non son creusement.

Enfin, attention aux phénomènes de stratigraphie « horizontale » : le fait qu’une structure prenne en compte le tracé d’une voie (par ex) ne signifie pas que la voie ait été en activité en même temps que la structure à les fossés peuvent marquer le paysage même après leur comblement.

è La datation des fossés demande une très grande rigueur et une mise en corrélation de plusieurs critères avant de réutiliser ces données :

-         une certaine quantité de matériel recueilli pour éviter de surinterpréter la structure et de dater de la période GR un fossé où l’on a trouvé 1 tesson antique. Cela suppose par ailleurs que la chrono-typologie soit bien établie pour la région ce qui n’est pas toujours le cas.

-         l’étude précise de la position du matériel dans les fossés (fond, surface, colluvionnement). è nécessité de savoir comment la structure a été vidée (fouille fine, décapage mécanique) pour réutiliser ou non les données archéologiques et selon quel degré de fiabilité.

-         l’étude des relations stratigraphiques éventuelles avec des structures bien datées.

-         la durée d’utilisation et de comblement du fossé que seules des études précises en pédologie et micromorphologie peuvent mettre en évidence.

 

Enfin, dernier inconvénient de l’étude archéologique de la chronologie des réseaux parcellaires : on peut rarement étudier les morphogènes dans les opérations de sauvetage car ils ont souvent perduré jusqu’à nos jours (essentiellement sous la forme de voies). è il est alors impossible d’étudier leurs relations avec les structures du gisement voisin. è On doit se contenter de fouiller des limites agraires ou domestiques (voiries de desserte de sites, fossés parcellaires) isoclines ou perpendiculaires = indices moins fiables de datation puisqu’elles peuvent avoir été inscrites à n’importe quel moment dans le réseau parcellaire.

Ø      Les questions liées à la « vie » des structures : de leur creusement à leur comblement :

Les fouilles archéologiques apportent le plus souvent peu d’éléments à ces questions (en dehors de l’indication d’un creusement, de quelques curages s’il y en a et d’un comblement) et l’on peut même se demander si en l’absence d’études pédologique et micromorphologique cette étude est possible et fiable. Les réponses reposent en fait surtout sur les observations concernant les relations topographiques des structures entre elles (en plan) et les relations stratigraphiques.

 

4.2.Les difficultés du croisement des données entre archéologie et morphologie :

 

Ø      Quelques dérives à éviter :

-         Donner de l’importance et du sens à un fait archéologique humble (en terme d’histoire) en le sollicitant au-delà de ce qu’il montre = instrumentalisation. Exs des nombreux fossés rattachés à tout prix à des planifications (pour la confirmer).

-         Risque inverse = négliger le fossé s’il ne semble pas se rapporter à une structure générale plus valorisante.

-         Se concentrer seulement sur les gisements archéologiques à chronologie longue. En effet, la longue durée en matière de formes du paysage se caractérise par une résilience d’ensemble qui s’exprime selon des phases de jeu, d’abandon et de rejeu qui ne supposent pas obligatoirement la continuité linéaire du site occupé.

Ø      Le problème de la validation des données entre archéologie et morphologie :

Pour de nombreux chercheurs, les faits morphologiques doivent être validés par et sur le terrain è rapport hiérarchique entre morphologie et archéologie. MAIS il faut en discuter les conditions et soustraire la morphologie à ce rapport hiérarchique.

1/ L’étendue sur laquelle travaille le morphologue des réseaux est bien plus importante que les gisements ponctuels archéologiques. è pour qu’il y ait une véritable validation, il faudrait creuser des sondages systématiques en fonction des linéaments signifiants du paysage (chemins ou des linéaments majeurs du réseau) et que les archéologues en rencontrent un nombre suffisant pour que la périodicité et l’orientation du réseau soit prouvées et appuyées par des datations archéologiques concordantes. Or, aujourd’hui, la recherche archéologique ne permet pas de mettre en évidence les grands réseaux à cause de la ponctualité de ses observations et de l’inaccessibilité de la plupart des limites fortes des réseaux (voies le plus souvent encore en utilisation). Ex : carte archéologique de Melun correspond à des points dans l’espace alors que les réseaux de formes mis en évidence par Sandrine Robert couvrent des surfaces importantes selon un maillage plus ou moins étendu. Idem dans la région du Baugeois.

 

2/ Mais même si cela était possible, cette démarche présuppose la matérialité des réseaux étudiés. Or, un réseau peut exister sans pour autant que l’archéologue le retrouve dans le sol, de manière réifiée. Les réseaux peuvent être décelés morphologiquement à une certaine échelle d’observation alors que la fouille ne le permettra pas toujours, parce qu’elle se place à une autre échelle d’observation. è L’archéologie n’apparaît pas compétente pour valider un réseau de formes et il faut se détacher de la croyance selon laquelle les formes repérées par le morphologue sont des hypothèses que seule la fouille peut transformer en faits. Ex des Bartras : le kardo maximus n’y a pas été matérialisé au sol donc les archéologues n’y ont « rien » trouvé : pourtant ce kardo est incontestable du point de vue morphologique car il structure la centuriation de ce secteur. Autre ex : le sud de la commune de Marcé où le réseau principal n’est pas prégnant et n’a donc pas été mis en évidence par les archéologues malgré les nombreuses fouilles (aéroport d’Angers-Marcé) : pourtant à l’échelle de la commune et de la micro-région du Baugeois ce réseau est bien identifié morphologiquement.

 

3/ Enfin, la construction des réseaux parcellaires met en œuvre des modelés divers selon les lieux et les époques qui ne laissent pas tous les mêmes indices dans le sol. L’archéologie repère uniquement des vestiges ayant laissé des cicatrices (fossés ou alignements de trous de poteaux/piquets d’une palissade) et non (ou beaucoup plus difficilement) : les haies, une clôture en clayonnage, etc. Seule la micromorphologie peut restituer ces autres vestiges mais elle est rarement mise en œuvre dans les opérations archéologiques. è Nous ne connaissons bien les parcellaires que lorsque les sociétés ont eu à combattre l’eau par le drainage, à se protéger par des digues et des fossés, des chemins creux ou lorsqu’elles ont aménagé un paysage spécifique comme les terrasses et les aménagements liés à l’irrigation. La fouille attire donc l’attention sur des périodes et des sociétés précises par rapport à d’autres où les indices sont plus ténus et plus difficiles à percevoir.

 

Conclusion archéo/morpho : Il existe donc des « limites de source » importantes que le morphologue ne peut pas ignorer pour confronter données archéologiques et morphologiques.

            Elles tiennent au document archéologique en propre (problèmes de datation et d’interprétation des structures) mais aussi, et surtout, à l’échelle d’observation. L’échelle d’analyse de l’archéologue est centrée sur le site ce qui ne permet pas de couvrir toute l’extension des réseaux de formes qui pour certains dépassent largement le cadre de plusieurs communes. è la confrontation, si elle est très intéressante et constructive, ne doit pas se réaliser sur le mode de la sujétion.

            La morphologie est également, en matière d’étude de l’espace, une voie plus riche que l’archéologie parce qu’elle ne se limite pas aux seules traces conservées sous la terre. Elle étudie les traces matérialisées au sol mais aussi les limites transmises au niveau foncier (plan cadastral). Et surtout elle prend en compte la forme plutôt que le simple modelé.

 

 

5.      Les documents écrits [un mot très rapide : cf. futur manuel sous la direction de Sandrine Robert pour les compléments]

 

5.1.Les documents écrits :

Ils renvoient à un discours économique de gestion et/ou à un discours idéologique et intellectuel sur le paysage. Il s’agit souvent de littératures techniques (arpentage, agronomie, documents juridiques) ou de textes la pratique.

Les documents comptables (des seigneuries) sont ceux qui apportent le plus  d’informations (indirectes) car les nombreuses taxes qu’ils listent permettent de cartographier les productions et donc la couverture végétale. Les noms de terres défrichées (« friches », « essarts ») qu’on trouve dans ces documents permettent d’étudier les défrichements.

+ iconographie.

 

5.2.Les documents toponymiques et microtoponymiques:

Toponymie ¹ microtoponymie.

Comme pour les documents écrits, ils doivent être utilisées de manière ponctuelle. En effet, leur utilisation est délicate à manier et il est préférable de prendre une certaine distance quant aux éventuelles informations qu’elles pourraient apporter. En effet, ces toponymes et microtoponymes datent avant tout l’évolution de la langue (+ grande érosion des toponymes dans le temps). C’est pourquoi il ne faut pas étudier les suffixes et préfixes des toponymes comme tant d’études se sont souciées de le faire (et tout spécialement la géographie historique) de manière trop ethnicisée.

Néanmoins, comme pour les documents écrits, ces données de la toponymie et en particulier de la microtoponymie nous renseignent utilement sur des anomalies morphologiques ou viaires ponctuelles et permettent de formuler des hypothèses d’interprétation. Ainsi, un ensemble de parcelles formant une anomalie parcellaire et portant le microtoponyme de « clos de » ou « vigne de » semble bien indiquer un probable ancien clos qui a laissé sa trace dans le paysage même après son abandon. L’étude des documents écrits en parallèle peut alors nous renseigner sur l’existence réelle de ce clos à un moment donné de l’histoire et à cet endroit.

D’une manière plus générale, les microtoponymes nous apportent beaucoup sur la nature de l’occupation du sol (bois, prés, vignes, cultures, points d’eau, etc.) pour le XIXe, date du cadastre, mais rarement avant. Le plus grand nombre de ces microtoponymes correspond en effet à ces indications mais le microtoponyme peut très bien désigner par « Le Bois de » une parcelle qui est défrichée (problème de l’évolution de la transcription toponymique de la réalité).

Donc, information précieuse mais d’exploitation délicate dès lors qu’on cherche à en faire une exploitation historiquement datée. En fait, comme les formes, les microtoponymes ressortissent d’une spatio-temporalité originale, non rigoureusement chronologique et fortement résiliente. Ils constituent avant tout une des formes de la représentation que les sociétés rurales se font de leur territoire.

 

5.3.Les données métrologiques :

            Antiques, médiévales et modernes.

            Les tables de conversion ; les atlas de mesures agraires.

 

 

BIBLIOGRAPHIE DU COURS, DES ILLUSTRATIONS ET REFERENCES COMPLEMENTAIRES :

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-   Boissinot (Philippe), « La Maison brûlée. Document et écriture archéologique », AGONE, automne 1990, n°1, p. 29-49.

-   Boissinot (Philippe), « Archéologie des façons culturales », dans Burnouf (Joëlle), Bravard (Jean-Paul) et Chouquer (Gérard) (dir.), La dynamique des paysages protohistoriques, antiques, médiévaux et modernes, Actes des XVIIe Rencontres internationales d’Archéologie et d’Histoire d’Antibes, Antibes, 19-20-21 octobre 1996, Ed. APDCA, Sophia Antipolis.

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