LES PAYSAGES AGRAIRES

D’ANDRÉ MEYNIER

dans la collection U2

 

 

 

 

 

André MEYNIER, Les paysages agraires, coll. U2, Amand Colin, Paris 1970, 192 p.

 

 

Table des matières

 

I - La répartition des grands types de paysage agraire

(oppositions en Europe occidentale et Méditerranée /  Etablissements européens hors d’Europe / Paysages de civilisations traditionnelles des pays tropicaux et de l’Extrême-Orient)

 

II - Facteurs et incidences de la formation des paysages agraires

(facteurs mentaux / faits sociaux et juridiques / facteurs naturels / races et ethnies / milieu technique et économique / facteurs politiques)

 

III - Les grands problèmes des paysages agraires

(genèse du paysage de champs ouverts et laniérés / causes de la création des enclos / évolution de l’openfield et de l’enclos)

 

Conclusion : la notion de paysage et de civilisation agraires.

 

Comme l’ouvrage de René Lebeau paru un an plus tôt, le livre de Meynier témoigne de l’intérêt que la géographie humaine portait, à l’époque, aux paysages ruraux ou paysages agraires. Il s’agissait, globalement, d’arracher l’explication des paysages et des morphologies à l’explication déterministe par le sol, le relief ou le climat, et de l’ancrer dans l’histoire et dans les explications sociales.

Ensuite, il s’agissait de savoir si la description des paysages pouvait être « autre chose qu’une série de monographies régionales juxtaposées » (p. 5). Meynier plaide alors pour une juste généralisation en observant que la répétition des pratiques et des formes doit signifier quelque chose que le géographe humain est en situation de découvrir.

Dans la série de définitions qui ouvrent ce manuel, André Meynier pose les termes ou expressions suivants : ager, agraire, dessin, utilisation, clôtures, modelé agraire, structure agraire, terroir, finage, parcelle, parcelle d’exploitation. Curieusement pour nous, mais sans doute pas à l’époque, le mot de paysage, lui, n’est pas défini et va de soi. Le terme n’était pas encore entré dans la tourmente épistémologique qu’il a connue depuis.

 

 

Le point de vue actuel sur l’ouvrage

 

Les deux premières parties de l’ouvrage appellent le même genre de commentaire que ce qu’on a dit du manuel contemporain de René Lebeau. Elles sont le point fort de l’ouvrage, celui auquel on peut encore se référer aujourd’hui, avec le recul critique qui s’impose.

En revanche, la troisième partie surprend. En 1970, ce que l’auteur appelle « grands problèmes des paysages agraires » ce sont... les questions de la genèse des formes d’openfield, la cause de la création du bocage et l’évolution de ces deux paysages. On aurait pu penser qu’à cette date, l’auteur s’intéresse à des questions qui ne soient pas exclusivement des questions historiques et qu’il évoque, sous un tel intitulé, les effets des déséquilbres mondiaux sur les paysages, les politiques de remembrement, ou encore le rapport avec les problématiques écosystémiques que Georges Bertrand commençait à mettre au premier plan. Par cette réduction des probématiques aux questions typologiques, les paysages agraires apparaissent pris par le formalisme. De l’aveu même de l’auteur, « la recherche, ces dernières années, a somme toute porté sur les deux grands groupes identifiés par Marc Bloch » (p. 141). Sans qu’on puisse imputer la chose à Meynier ou à lui seul, il est malgré tout désolant de voir une recherche novatrice dans les années 30 (celle de Marc Bloch), échouer sur le banc de sable de la répétition des mêmes idées, avec seulement des déplacements microscopiques de frontières. Ce qu’il fallait, c’était critiquer cette pensée, pas l’enliser. Or la rénovation suppose des décalages sensibles, afin de revenir, plus tard, réarmé d’idées neuves sur un terrain qu’on peut refonder.

Ce souci des origines historiques des régimes et des morphologies agraires et la faiblesse des réponses des écoles historique et géographique aurait dû alerter.

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