Nous avons lu, dans Wikipedia, la notice suivante, extraite d’un long article très intéressant sur la Plaine du Pô.

Citation.

La centuriation romaine, est une technique d'assainissement ou d'exploitation du territoire agricole appliquée par les Romains. Elle était souvent liée à la mutation des soldats romains en coloniaux à la fin des guerres. A la suite de la centuriation, les terrains apparaîssent quadrillés de canaux et de routes transversales. Il est à remarquer que, partout où il y a eu présence romaine, il n'y a pas eu échec de l’hydrogéologie. Plus particulièrement, les campagnes de Romagne et surtout de la province de Forlì-Cesena et de Ferrare, en sont un exemple considéré canonique par les spécialistes de cette discipline. De la présence des réseaux de centuriation, on peut induire la présence des Romains dans des zones pacifiées, même en l'absence de vestiges ou d'inscriptions. On peut faire un parallèle entre la topographie des réseaux dans les campagnes et la topographie des villes romaines.

Le quadrillage systématique des territoires conquis par les Romains est basé sur la délimitation de propriété comme une chose sacrée, avec l’abandon des implantations et infrastructures préexistantes. La forme, générée par l’expérience, était basée sur des axes orthogonaux orientés vers les quatre points cardinaux. Sur les lignes principales sont construites des routes bordées de fossés. Les carrés résultant des tracés orthogonaux sont appelés centuries parce qu’ils sont formés de 100 parcelles chacun de 2 « iugerum » (en latin) (2 fois 2520 m²), qui était la surface de terre cultivable allouée à chaque famille de colons. Le iugerum ou jugerum était la surface qu'il était possible de labourer en un jour avec une paire de bœufs, et qui était suffisante pour nourrir la famille.

La capillarité et la profondeur des ces ouvrages, qui gardent encore aujourd’hui toute leur physionomie originale et leur utilité, montrent bien la somme de travail physique dépensée et la grandeur de l’État romain.

Le schéma de gauche représente la division romaine de terres qui se situe entre les villes de Cervia et de Cesena et qui est issue d'un ancien plan cadastral du début de XXe siècle. Aujourd'hui, ces parcelles ont été fusionnées en propriétés plus importantes, mais les routes et les fossés existent toujours.

 

Cette notice contient quelques imprécisions qu’il est utile de relever.

- Avant d’être un mode d’aménagement du territoire, la centuriation romaine est d’abord une technique d’arpentage destinée à préparer un lotissement de terres à des colons.

- les bénéficiaires ont d’abord été des civils (la plèbe des citoyens romains), avant d’être, de plus en plus, des militaires à partir du Ier s. av. J.-C.

- « présence des réseaux = présence des Romains » est une approximation. On connaît des cas où les soldats ont refusé leur lot ; ensuite on peut assigner des terres à des peuples divers, étrangers au pays, et non latins ; enfin, on a le cas de centuriations réalisées pour un autre motif que l’assignation et qui ne correspondent pas à un apport de colons.

- « le quadrillage systématique des territoires conquis par Rome » est une erreur : les spécialistes, aujourd’hui, tentent au contraire d’évaluer la réalité de la diffusion de la centuriation, beaucoup moins répandue qu’on l’a cru, et l’existence d’autres modèles d’enregistrement et d’aménagement de la terre.

- les points cardinaux : les orientations sont variables et pas seulement nord-sud et est-ouest. Il y a des systèmes inclinés : le plus grand ensemble de  centuriations de Romagne possède une orientation de 29° E par rapport au Nord géographique.

- « centuries = vient de cent parcelles ». Là encore c’est un peu rapide. Le terme centurie semble en effet dériver du fait qu’on aurait conçu la centurie comme une unité de cent heredia (carré de 71 x 71 m, soit deux jugères, en latin bina iugera, soit encore 4 actus quadratus). D’emblée, ce système de mesures se réfère autant à des réalités juridiques (heredium aurait un rapport avec héritage) qu’agronomiques (les deux jugères peuvent former un système d’altenance ou jachère de l’exploitation du sol). Mais il est peu probable que cette conception ait été ubiquiste et pérenne. Il est donc aventureux de parler de parcelles. On ne trouvera sans doute jamais de centuries divisée en 100 parcelles identiques...

- « la grandeur de l’État romain » : joli trait de nationalisme méthodologique qu’on laisse à l’appréciation de chacun.

- enfin, l’extrait présenté en illustration et qui concerne les environs de Cesena, n’est pas un plan cadastral, mais un scan de la carte italienne de l’IGM au 1/25 000e, dans une édition ancienne du milieu du XXe s. environ.

GC, 23 mars 2007

 

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