L’aménagement du territoire

et le “risque” archéologique

 

 

Cours de Gérard Chouquer (CNRS) à l’Université de Franche-Comté, donné de 2003 à 2006 dans le cadre du Master professionnel “Géographie et territoires”, spécialité Intelligence territoriale.

 

 

I — La conception actuelle

du risque archéologique

 

La relation entre aménagement du territoire et archéologie, après avoir été le lieu de tensions fortes, a été stabilisée par la professionalisation de l’archéologie préventive, l’adoption de la loi de 2001 et par l’acceptation et l’intégration, par les aménageurs, du “risque” archéologique comme contrainte normale faisant partie du cahier des charges de l’aménagement.

 

L’archéologie est une discipline culturelle, scientifique et historique

 

L’archéologie raconte le récit de l’affranchissement progressif de l’homme par rapport aux contraintes de la nature (déterminisme). Elle est une discipline culturaliste. Son lien ancien avec l’histoire de l’art renforce cette définition et son évolution à travers la notion de patrimoine.

 

Ses objectifs et ses méthodes ont beaucoup évolué.

 

« L’archéologie aujourd’hui n’est plus une science de l’Antiquité ou une science naturelle (celle des antiquités et des fossiles) mais une science des systèmes culturels. Face à un tel enjeu, l’archéologie a besoin de méthodes et de techniques [...] qui visent à la reconstruction des systèmes culturels à partir d’informations incomplètes et souvent biaisées. »

(Djindjian 1991, p. IX)

 

L’archéologie est une discipline située dans la filiation de l’histoire

 

« L’archéologie appartient à la grande famille des sciences humaines et ses finalités sont de comprendre les sociétés du passé. En ce sens, elle ne se distingue guère de l’histoire, et plus encore, elle peut être considérée comme une discipline historique. Si le lien est aussi fort, pourquoi donc utiliser, conserver plutôt, une terminologie différente ? En histoire, le chercheur travaille sur des sources écrites alors qu’en archéologie il s’intéresse aux vestiges matériels du passé. Dans le détail, les différences, plus profondes encore, ne sont pas sans porter quelques conséquences sur les modalités d’acquisition de la documentation et même sur son exploitation. Les sources écrites utilisées pour comprendre le passé existent en tant que telles dans les fonds privés et publics. Pour les utiliser , il faut juste, au pire, les trouver, ouvrir un carton oulié et être capable d’en faire la lecture. Elles peuvent alors servir sans limite, dans leur intégralité, à un nombre infini de chercheurs.

Les sources matérielles sont des vestiges enfouis dans le sol, sous l’eau, qu’il faut découvrir après un temps plus ou moins long d’enfouissement et d’oubli. Cet acte (parfois aussi appelé “invention”) ne se fait pas de manière anodine. En efft, pour collecter les données, il faut également détruire une partie d’entre elles : des traces, des niveaux récents pour atteindre des structures plus anciennes, etc. La documentation directe qui subsiste n’est donc qu’une fraction d’un ensemble plus vaste qui existait avant la découverte. Les méthodes employées pour cette collecte comme la documentation établlie au cours de celle-ci (enregistrements divers, notes) s’avère donc ici déterminante. »

(Anne Lehöerff, dans Demoule 2002, 39)

 

 

La définition du rôle social actuel de l’archéologie

 

« Si la plupart des sociétés humaines entretiennent des archéologues, c’est pour répondre à trois sortes de besoins : a) la découverte et la conservation des traces matérielles du passé, du pollen préhistorique à la cathédrale gothique ; b) la reconstitution de l’histoire passée de chaque société présente ; c) la transmission de cette connaissance à l’ensemble de la société. »

(Jean-Paul Demoule 2002, p. 232)

Autrement dit, les besoins fondamentaux auxquels l’archéologie répond, sont la connaissance en soi et la nécessité sociale de la connaissance et de la transmission de cette connaissance. La définition, on le voit, est prudente en ce qu’elle limite les effets de la découverte du passé à la conservation, en cohérence avec la mission assignée par la société aux archéologues. Elle ne peut ni ne veut interférer sur l’aménagement lui-même. Les seules contraintes étant les monuments historiques, parce qu’on se doute qu’une cathédrale gothique est incontournable, alors qu’un pollen ne l’est pas.

 

L’archéologie intervient dans la construction de l’identité des collectivités, au premier rang desquelles la Nation.

 

Cependant la définition précédente tait une fonction majeure de l’archéologie, la fonction identitaire des vestiges dans la construction d’un récit en phase avec l’idée nationale.

 

- Chacun reconnaît, aujourd’hui, que l’exploitation sociale qui est faite des données archéologiques, est largement mythique, parce que le passé participe étroitement à la construction de l’identité collective. Le récit est souvent un abus d’interprétation, que les archéologues soient ou non d’accord avec l’usage qui est fait de leurs idées, ou même qu’ils participent eux-mêmes à la construction de ce récit.

 

- Cette situation est normale car les connaissances elles-mêmes ne sont jamais une vérité, mais une élaboration conjoncturelle dictée par des préoccupations sociales fortes. On peut même soutenir que les disciplines scientifiques se créent en fonction de ces puissants besoins sociaux. C’est le processus d’épistémisation.

 

- La difficulté est que les représentations, une fois installées dans les mentalités, évoluent beaucoup plus lentement que les élaborations successives des archéologues et que très souvent s’observe un décalage entre ce que pensent le large public et ce que pensent les spécialistes.

 

L’épistémologie de l’archéologie préventive est dictée par sa finalité patrimoniale

 

« L’archéologie préventive a pour but d’assurer, à terre et sous les eaux, dans les délais appropriés, la détection, la conservation ou la sauvegarde par l’étude scientifique, des éléments du patrimoine archéologique affectés ou susceptibles d’être affectés par les travaux publics ou privés concourant à l’aménagement. Elle a également pour but la diffusion des résultats obtenus. »

(Loi sur l’archéologie préventive, version du 23 mai 2000, art. 1er ; publiée dans Les Nouvelles de l’archéologie, n° 80, 2e trimestre 2000, p. 47).

 

- Sa méthodologie, influencée par la notion de patrimoine, est d’aller de la détection jusqu’au musée, en passant par un moment d’interprétation. Cette méthodologie semblerait supposer que les actes d’acquisition (prospection et fouille) sont ou peuvent être objectifs, et les actes de présentation ou d’exposition au public sont neutres ou libres.

 

- La nature de la relation actuelle entre archéologie et aménagement se résume à la notion d’impact. En matière d’aménagement et de travaux publics, la recherche archéologique intervient parce que l’impact de l’aménagement risque d’affecter les vestiges, comme il risque d’affecter d’autres éléments du patrimoine naturel ou culturel. 

 

 

II — Ambiguïté et nécessité des liens entre archéologie et environnement

 

 

Les liens entre archéologie et environnement sont, a priori, difficiles

 

La raison = parce que l’archéologie est une discipline culturelle, administrée par la Direction du Patrimoine au Ministère dela Culture, et inscrite dans le droit de la culture, elle procède, dans ses objectifs et ses méthodes, d’un tout autre état d’esprit.

En principe, l’archéologie s’occupe de “culture” tandis que que l’environnement, concept lui-même ambigu, s’occupe de “nature”. Les rapports sont donc affectés par l’ancienne distinction entre nature et culture.

 

Mais deux réalités contredisent ce partage, l’une scientifique, l’autre juridique.

 

 

L’archéologie évolue de plus en plus vers une science des agrosystèmes anciens et des paléo-environnements (écosystèmes)

 

Le lien entre les sciences naturalistes et l’archéologie s’est approfondi depuis vingt à trente ans, et a donné naissance à une activité archéologique de moins en moins annexe, entrant comme composante de l’archéologie sous l’intitulé de disciplines paléo-environnementales.

 

De même, l’archéologie et la géographie physique ont donné naissance à une pratique scientifique commune, la géoarchéologie.

 

Actuellement, une nouvelle passerelle s’établit entre géographie, ethno-anthropologie, histoire et archéologie, sous le nom d’archéogéographie.

 

La nature des informations archéologiques élaborée par l’archéologie préventive évolue dans le sens suivant : extension de l’intérêt à des catégories nouvelles peu spectaculaires mais essentielles pour la restitution des paléo-environnements et des paléo-paysages (structures légères du bâti, macro- et micro-restes végétaux et animaux, fossés parcellaires, modelés de culture comme les fosses de plantation de la vigne ou les sillons fossiles, etc).

 

 

Ce sont les avancées du droit de l’environnement qui ont permis les progrès les plus significatifs de la législation archéologique avant 2000.

 

- La loi de septembre 1941 ne pouvait encadrer l’archéologie préventive, parce que cette dernière était inconcevable à cette époque. Pour cette raison, l’archéologie préventive s’est déroulée, jusqu’en 2001, dans un vide juridique complet, source de contentieux.

 

- Le contexte d’apparition de l’article R-111-3-2. est celui des lois environnementales de 1976 et 1977 créant les obligations de respect de l’environnement, l’étude d’impact et son cahier des charges. Ce pas décisif n’est pas venu d’une volonté de faire avancer l’archéologie, mais est apparu, en archéologie, comme une retombée des lois environnementales plus générales. On ne s’est pas rendu compte qu’il situait le droit de l’archéologie dans le cadre plus général du droit de l’environnement.

« Le permis de construire peut être refusé ou n’être accordé que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales si les constructions sont de nature, par leur localisation, à compromettre la conservation ou la mise en valeur d’un site ou de vestiges archéologiques. »

(Code de l’Urbanisme)

 

- Plus généralement, le développement de l’archéologie préventive entre 1976 et 2000, malgré le vide juridique qui marque celle-ci, a bénéficié des principes du droit de l’environnement. La pratique était en avance sur le droit.

« Les espaces, ressources et milieux naturels, les sites et les paysages, la qualité de l’air, les espèces animales et végétales, la diversité et les équilibres biologiques auxquels ils participent, font partie du patrimoine commun de la nation.

Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état et leur gestion sont d’intérêt général et concourent à l’objectif du développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s’inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants :

- le principe de précaution, selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable ;

- le principe d’action préventive et de correction, par priorité à la source, des atteintes à l’environnement, en utilisant les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable ;

- le principe pollueur-payeur, selon lequel les frais résultat des mesures de prévention, de réduction de la pollution et de lutte contre celle-ci doivent être supportées par le pollueur ;

- le principe de participation, selon lequel chacun doit avoir accès aux informations relatives à l’environnement, y compris celles relatives aux substances et activités dangereuses. »

(Loi 95-101 du 2 février 1995, complétée par la loi 96-1236, du 30 décembre 1996 = Code de l’Environnement, art. L-200-1)

 

C’est ce qui explique que la procédure en matière archéologique soit celle des études d’impact et des mesures de correction d’impact.

En archéologie préventive, on intervient une première fois au niveau des études préalables à la déclaration d’utilité publique(DUP) pour faire valoir la connaissance des vestiges archéologiques, puis une seconde fois, après la DUP et avant l’ouverture des chantiers de réalisation de l’aménagement, pour fouiller les vestiges qui doivent être étudiés ou conservés avant destruction des sites.

 

 

III — Vers une autre conception :

la connaissance archéologique

comme chance pour l’aménagement

 

Un exemple : La plaine du Finage (Jura)

 

Extrait de l’étude dynamique des paysages du Finage jurassien, exprimant l’idée que la durabilité n’est pas l’immobilité, mais qu’elle est productrice d’héritages (Géomètre, 2000, n° 5, p. 47).

 

 

Dans cet exemple, on démontre que la connaissance accumulée sur les états anciens du paysage transforme la vision qu’on peut avoir du patrimoine archéologique :

- elle brouille le partage entre ce qu’on classe comme ancien et ce qu’on classe comme actuel, en insistant sur les liens et les héritages ;

- elle brouille la partage entre ce qui serait archéologique et ce qui ne le serait pas, entre le site et le hors-site, en montrant que l’espace lui-même est archéologique ;

- elle brouille la distinction des strates paysagères en montrant les effets de long terme des dynamiques.

- elle insiste sur la mobilité paysagère et l’impossibilité où l’on se trouve de fixer un état d’origine ou même un état de référence.

Cette dernière idée suggère une évolution importante que l’archéogéographie est particulièrement bien placée pour démontrer : la durabilité ne signifie pas l’immobilité. Or notre conception héritée d’une modernité un peu trop dualiste, nous obligeait, jusqu’ici, à penser ou bien en termes d’aménagements faisant table rase des passés, ou bien en termes de conservation patrimoniale de ces passés.

Ce faisant cette évolution scientifique pose un difficile problème, car elle étend la notion de patrimoine à l’excès et peut rendre l’archéologie préventive inopérante. D’un certain point de vue, le patrimoine serait-il, paradoxalement, l’obstacle au développement durable ?

Il faut donc apprendre à poser les termes dans une optique différente qui insiste non pas sur l’extension à l’infini de la catégorie du patrimoine, mais au contraire sur sa contribution à la définition des mobilités actuelles.

 

 

L’évolution des contenus scientifiques

 

L’archéologie fournit une contribution importante au savoir géographique sur les espaces, milieux et territoires :

- elle fait connaître les réseaux d’habitat et leur dynamique

- elle établit la connaissance environnementale

- elle décrit l’exploitation ancienne des ressources des milieux

- elle explique comment les sociétés ont défini les territoires et leurs frontières, comment ils les ont perçus (par exemple, par la microtoponymie).

Cette évolution est importante, car elle signifie que les liens de l’archéologie avec l’histoire ne sont pas les seuls qui doivent être mis en avant. Les relations avec les sciences naturalistes et avec les diverses formes de la géographie sont aussi importants. Or, sur ce point, les faits scientifiques sont en avance sur le corps de doctrine des archéologues, lesquels mettent toujours en avant leur lien privilégié avec le temps, donc avec l’histoire (ce lien étant, bien entendu, légitime, mais beaucoup trop exclusif).

 

L’archéologie agit aussi comme processus d’évaluation de la connaissance, et des modalités d’élaboration de la connaissance : c’est ce qu’on nomme, depuis un ouvrage fameux du philosophe Michel Foucault, l’archéologie du savoir. Ce processus vise à comprendre comment s’élaborent les idées et les objets d’une discipline, et plus précisément le rôle de la pensée moderne dans l’élaboration des idées et des objets.

 

 

Un renversement théorique

 

Cette évolution conduit donc vers un renversement théorique. Tout ce qui vient d’être dit suscite, en effet, d’importantes révisions du point de vue.

La place de l’archéologie est actuellement en fin de processus. Le cycle est le suivant : on décide d’un aménagement ; on prend le temps de le mettre en débat ou en attente d’acceptabilité par la procédure de l’enquête publique ; puis on se préoccupe du risque que l’aménagement fait courir au patrimoine, et on sonde et on fouille ; enfin on réalise l’aménagement. Un tel ordre revient à mettre le passé après le présent et le futur, à déplacer le sens du terme archéo-. C’est en tous cas une façon très nette de dire que le passé et les héritages ne peuvent en aucun cas avoir d’influence sur la façon dont organise le présent et le futur.

Un second point suscite le renversement théorique. On voit bien que c’est l’aménagement qui constitue un « risque » pour les vestiges, et non pas l’inverse, l’archéologie qui constituerait un « risque » pour l’aménagement. Or, choisir, comme c’est le cas, la seconde façon de nommer les choses, cela revient à masquer le réel et à se défausser à partir d’un aspect important mais pas essentiel du problème qui est le coût de l’archéologie préventive. Si la question du coût de l’archéologie préventive est complexe et doit être traitée à la fois sur un plan politique et technique, elle ne résume pas à elle seule la question.

Dans une contribution à un colloque récent (Chouquer 2004), j’ai exprimé ce possible renversement théorique en titrant sur l’impact de  l’archéologie sur l’aménagement, soit l’inverse de la situation actuelle. 

La somme des élaborations archéologiques, paléo-environnementales et archéogéographiques compile un matériau (notamment cartographique) qui peut fournir des éléments d’appréciation au moment des choix d’aménagement, à condition que ces informations ne se présentent pas uniquement sous forme de sites ponctuels qu’on pourra toujours fouiller avant destruction, ni de strates anciennes coupées des dynamiques qui conduisent jusqu’au présent. Le renversement théorique concerne donc autant les archéologues que les aménageurs : il suggère la nécessité d’élaborer moins une archéologie auxiliaire de l’histoire, mais aussi une archéogéographie dont le langage principal soit la carte.

 

 

Dans quel domaine l’archégéographie pourrait-elle intervenir ?

 

Il s’agit d’orienter les pratiques de recherche vers des contributions à la connaissance prélable avant toute décision d’aménagement.

Quelques exemples :

- parce qu’ils sont photo-interprètes et fouilleurs, les archéogéographes peuvent dessiner des cartes des paléo-chenaux utiles pour la connaissance des potentialités, lors de l’élaboration d’un Plan de Prévention des Risques d’inondation ;

- pour les mêmes raisons, ils peuvent élaborer un atlas des formes de la ville utile pour les décisions d’urbanisme ;

- par leurs élaborations cartographiques et leurs évocations (aquarelles), ils peuvent suggérer des pistes aux paysagistes et aux CAUE chargés de donner un modelé aux formes.

- par leurs pratiques expérimentales, ils peuvent susciter des idées pour des choix de matériaux ou de formes.

 

La liste des contributions potentielles est à élaborer à partir d’expériences ponctuelles et d’une analyse théorique. Elle peut dessiner, via l’archéogéographie, un des visages de l’archéologie de demain, celui d’une archéologie qui intervient en amont, et pas uniquement en aval.

 

En mai 2000, un dossier de la revue Géomètre a exposé cette conception d’une archéologie des paysages (nous dirions aujourd’hui une archéogéographie) contribuant à l’aménagement. À travers différents exemples en milieu rural et urbain, la question des héritages a été posée.

 

 

Le rappport entre archéologie et expérience locale

 

L’archéologie préventive répond à sa manière à l’expression d’un besoin d’identité et de proximité des populations locales, en fournissant des matériaux pour un récit des origines et un récit historique. En même temps elle fournit des éléments utiles à la contre-expertise sociale, face à la logique d’aménagements situés à une autre échelle.

 

L’archéologie contribue à donner des contenus à la notion de médiance, en expliquant certaines des raisons qui conduisent les habitants à définir leur attachement aux lieux. Ce lien ne ressortit pas principalement du phénomène NIMBY (« not in my backyard » = « pas dans mon jardin »), mais plutôt d’une trajectivité originale qui fait que les gens comprennent les contraintes du lieu, tout en exprimant la façon dont ils veulent le voir bouger.

 

Lorsqu’elle devient une des expressions du rapport au lieu, l’archéologie contribue à enrichir l’appartenance locale et à éviter des jugements dévalorisants sur le conservatisme et le refus du progrès des habitants.

 

 

La débat public, le développement durable et la démocratie participative

 

Dans quel cadre une telle conception pourrait-elle être mise en œuvre ?

 

Il faut un changement d’état d’esprit au niveau de la gouvernance des territoires. Passer d’un mode hiérarchique descendant (“top down” du jargon des élites) à un mode participatif ascendant (“bottom up”). C’est une évolution générale forte qui émerge dans de nombreux secteurs.

 

Il faut abandonner la modalité de l’enquête d’utilité publique qui ne donne pas satisfaction, et passer à la notion de débat public. Il faut aussi élargir les questions soumises au débat public, par rapport à ce qui se fait actuellement. Devant tout aménagement, la question soumise au débat peut et doit être ouverte aux possibilités suivantes : décision de faire, de ne pas faire, ou de faire autrement l’aménagement en question.

 

 

Conclusion

 

La notion de risque archéologique est une expression conjoncturelle actuelle qui voit dans le patrimoine archéologique plus une contrainte à l’aménagement qu’une chance ou un potentiel. La montée en puissance de l’archéologie et l’explosion des coûts a provoqué une incompréhension et souvent aussi un rejet.
La réflexion conduite dans ce cours montre que, sur la base d’évolutions scientifiques et juridiques déjà en cours, la société gagnerait à mieux exploiter les savoirs et les savoirs-faires de l’archéologie en matière d’expertise sur la dynamique des milieux, et à la situer autant en amont de l’aménagement qu’en aval.

 

 

Bibliographie

 

Ouvrages généraux sur l’archéologie

 

Demoule 2002 = Jean-Paul DEMOULE, François GILIGNY, Anne LEHÖERFF, Alain SCHNAPP, Guide des méthodes de l’archéologie, La Découverte, Paris 2002, 300 p.

Djindjian 1991 = François DJINDJIAN, Méthodes pour l’archéologie, coll. U, Armand Colin, Paris 1991, 406 p.

Racinet et Schwerdroffer 2004 = Philippe RACINET et Joël SCHWERDROFFER, Méthodes et initiations d’histoire et d’archéologie, Edition du Temps, Nantes 2004, 384 p.

 

Études sur le rôle de l’archéologie dans l’aménagement

 

« L’archéologie des paysages au service de l’aménagement », dossier dans Géomètre, mai 2000, n° 5, p. 33-49.

Chouquer 2000 = Gérard CHOUQUER, “L’environnement, une référence scientifique et juridique pour l’archéologie”, dans Les Nouvelles de l’archéologie, n° 80, 2e trimestre 2000, pp. 51-53.

Chouquer 2004 = Gérard CHOUQUER, L’impact des savoirs archéologiques sur l’aménagement, dans Approche archéologique de l’environnement et de l’aménagement du territoire ligérien, publié par Fédération Archéologique du Loiret et Études Ligériennes, Orléans 2004, pp. 173-180.

Marchand 2001 = Louis MARCHAND, “Archéologie et Droit de l’environnement”, dans G. Chouquer, Dynamiques des paysages et politiques d’aménagement, rapport de recherches remis au Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, septembre 2001, pp. 72-116.

 

Sur l’extension du territoire de l’archéologie

 

Guilaine (dir) 1991 = Jean GUILAINE (dir.), Pour une archéologie agraire, Armand Colin, Paris 1991.

Etudes Rurales 2003 = Objets en crise, objets recomposés, dossier dans Etudes Rurales, juillet-décembre 2003, n° 167-168, Paris.

Bravard et Magny 2002 = Jean-Paul BRAVART et Michel MAGNY eds., Les fleuves ont une histoire. Paléo-environnement des rivières et des lacs français depuis 15 000 ans. Paris, Errance, 2002, 314 p.

Burnouf et Leveau 2004 = Joëlle BURNOUF et Philippe LEVEAU eds., Fleuves et marais. Une histoire au croisement de la nature et de la culture. Paris, CTHS, 2004, 498 p.

 

 

Ouvrages sur l’épistémologie, la démocratie participative et le débat public

 

Callon, Lascoumes et Barthe 2001 = Michel CALLON, Pierre LASCOUMES et Yannick BARTHE, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Ed. du Seuil, Paris 2001.

Foucault = Michel FOUCAULT, L’archéologie du savoir, ed. Gallimard, Paris 1969.

Latour 1999 = Bruno LATOUR, Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Ed. La Découverte, Paris 1999, 385 p.

 

Accès privé