L'AGGLOMÉRATION ANTIQUE ANONYME

DE DAMMARTIN-MARPAIN (JURA)

 

Esquisse topographique et morphologique

 

 

 

 

Connu depuis le XVIe siècle, le site antique situé entre les villages de Dammartin et de Marpain, sur la rive gauche de l'Ognon, n'a été clairement identifié que depuis peu. Si l'idée d'agglomération a vite pris corps en raison de l'étendue des traces au sol, elle n'a pendant longtemps reposé que sur une spéculation sans fondement, puisqu'on a cherché à identifier le site avec la ville de Dittatium mentionnée dans la Géographie de Ptolémée. Le savant archéologue Julien Feuvrier, en 1925, a réfuté cette hypothèse aventureuse,  identifié le lieu comme étant un vicus, et donné une cartographie approximative de l'extension des vestiges.

Mais les éléments décisifs sont venus des prospections et de la photo-interprétation (voir les photographies aériennes de l'agglomération), en donnant une idée plus précise, bien que toujours partielle, de l'organisation du site. Le caractère de celui-ci n'est pas bien rendu par les catégories actuelles d' "urbain" et de "rural". De forme lâche, de densité apparemment variable, l'agglomération est un mélange de zones bâties, de places vides, de terres agricoles, de voies  et chemins divers, de constructions périphériques, avec un quartier central qui, lui, montre un tissu bâti plus ou moins continu, de part et d'autre d'une rue (plan de l'agglomération, secteur 2).

 

Le territoire de la commune de Dammartin a fait l'objet d'une notice particulièrement détaillée dans le volume consacré au département du Jura de la Carte archéologique de la Gaule, par Marie-Pierre Rothé (Rothé 2001, p. 340-347).

 

L'agglomération n'adopte pas un plan orthogonal quadrillé. Les plans récemment publiés qui soutiennent l'opinion contraire ne peuvent le faire que parce que les informations des photographies aériennes n'ont pas été replacées sur une carte ou un plan à grande échelle. Dès qu'on réalise ce travail, les irrégularités du plan apparaisent nettement.

Dans le plan qui suit, les zones en orange signalent des zones pour lesquelles la photographie a donné des informations, même sommaires, sur l'existence de vestiges bâtis. En vert, on a noté les zones où l'on a trouvé du mobilier archéologique en prospection, sans qu'on sache si elles correspondent toutes à des zones bâties.

 

 

Retrouvez ce plan en situation sur Google Earth.

 

 

Plusieurs secteurs appellent des commentaires.

 

Le quartier du secteur 2

 

La lecture des informations de la photographie aérienne de 1976 suggère la présence d'un quartier au bâti continu, formé d'ensembles jointifs de part et d'autre d'une rue, elle-même formant un T avec une autre rue. Dans ces ensembles on identifie avec une certaine vraisemblance une domus (en 3 sur le schéma suivant) et éventuellement aussi un ensemble thermal (en 2 sur le plan ci-dessous), en raison des absides, fréquentes dans ce genre de bâtiments.  La disposition rayonnante de l'ensemble doit être soulignée. On verra qu'elle correspond à une adapatation au secteur 1.

 

 

Secteur 2 de l'agglomération antique : interprétation d'un cliché de 1976.

 

 

La forme rayonnante du secteur 1

 

La lecture du plan cadastral de 1824 (ci-dessous) attire l'attention sur une forme arrondie avec quelques lignes rayonnantes en discordance avec les autres dispositions et orientations du parcellaire. Ce secteur correspond au centre de l'agglomération antique et il est tentant d'y voir un héritage antique.  Mais le secteur a été perturbé une première fois par la route moderne devenue la Départementale 459, et une seconde fois par la voie ferrée construite au début du XXe s., aujourd'hui désaffectée, et dont on voit encore la gare en plein milieu du site. Les photographies aériennes anciennes de l'IGN suggèrent des indices allant dans le sens de l'information du plan cadastral de 1824 : leur lecture confirme l'existence de la forme arrondie et des lignes rayonnantes. La disposition enveloppante du quartier du secteur 2, décrit ci-dessus, renforce la présomption d'une forme antique située au centre de l'agglomération.

Deux hypothèses peuvent rendre compte d'une telle forme : un théâtre ou un monument à très grande abside comme un nymphée. Sans image plus nette du site, il est difficile d'aller plus loin que ces hypothèses. On observera, enfin, la localisation de cette forme sur un paléochenal secondaire.

 

 

Copie et assemblage du plan cadastral de 1824 de Dammartin et Marpain, pour le secteur de l'agglomération antique. Le parcellaire respecte les orientation du plan antique mais n'en restitue pas la disposition d'ensemble.

 

Les bâtiments du secteur 14

 

Au nord de l'agglomération, le secteur 14 du plan présente des formes bâties qui évoquent un ou plusieurs bâtiments carrés situés dans un enclos. C'est ce qui suggère l'hypothèse de temples.

 

La planimétrie antique autour de l'agglomération

 

 

Retrouvez ce plan en situation sur Google Earth.

 

Cette carte est fondée sur le rapprochement entre des informations archéologiques (gisements identifiés par prospection au sol et aérienne), des traces de voies disparues repérées sur les clichés aériens, et l'étude de la forme du parcellaire hérité, tel qu'on peut l'observer sur le plan cadastral "napoléonien" et les plus anciennes photographies aériennes, antérieures au remembrement parcellaire. Pour ces raisons, la carte obtenue ne propose pas la restitution assurée de la trame viaire à une époque précise et il serait rapide de la lire comme étant la carte de l'époque romaine. Elle souligne, cependant les grandes lignes d'une trame qui est devenue et s'est elle-même formée en tant qu'héritage. La carte d'époque gallo-romaine est certainement à chercher "dans" cette carte, dont elle constitue l'amorce.

Les emplacements des villages actuels sont d'origine médiévale et on ne connaît pas, pour l'instant, de gisements antiques à leur emplacement.

 

Une spéculation sur le devenir de l'agglomération

 

On trouvera dans l'étude du monastère de Saint-Martin à Dornaticum, une spéculation sur la relation qui pourrait être faite entre le site de ce monastère et la ville anonyme de Dammartin. Le village de Dammartin pourrait être le lieu d'implantation d'un monastère du VIIe s., jusqu'ici mal localisé, et, si cela s'avérait exact, il y aurait une certaine présomption que la localité romaine de Dammartin-Marpain puisse correspondre à ce nom.

 

 

Bibliographie

 

Marie-Pierre ROTHÉ, Le Jura 39, Collection Carte archéologique de la Gaule, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, MSH, Paris 2001. 

Julien FEUVRIER, Les ruines de Dammartin, Mémoires de la Société d'Émulation du Jura, 11e série, 3, 1925, p. 49-66.

 

GC - juin 2007

 

 

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