L'archéogéographie fait son entrée dans la Carte Archéologique de la Gaule

 

Pour la première fois, un volume de la cette collection, celui sur la Côte-d'Or (21) dirigé par Michel Provost, publie une étude détaillée d'archéogéographie. Une organisation géographique de l'information planimétrique et archéologique.

 

Lire la présentation des trois volumes de la CAG 21

 

Retrouvez les photothèques archéogéographiques

 

 

 

 

Le projet

 

En septembre 1990, au colloque d'Yverdon, Michel Provost et Gérard Chouquer avaient débattu publiquement de ce que pouvait ou devait être une carte archéologique. Le premier défendait la nécessité de publier ce pré-inventaire, commencé il y a fort longtemps et dont la réalisation avait piétiné (il a depuis, tenu parole avec 110 volumes publiés !), tandis que le second reprochait surtout à l'entreprise d'être un texte et non une carte. Près de vingt ans plus tard, Michel Provost, prenant en quelque sorte son ancien contradicteur au mot,  a souhaité profiter du dossier accumulé sur la Côte d'Or et a invité Gérard Chouquer à publier, dans des conditions de confort d'édition rarement consenties, une étude archéogéographique approfondie. Cette étude comporte 82 pages, au texte dense, et surtout 127 illustrations, dont de nombreuses cartes pleine page.

 

De quoi s'agit-il et en quoi y a-t-il nouveauté par rapport à la Carte archéologique ? Il s'agit de la publication d'une étude qui propose une autre façon d'ordonner la matière en organisant géographiquement les faits archéologiques et les faits planimétriques (voies, habitats, parcellaires) et orohydrographiques (paléoformes des rivières, sols). La conception même de la Carte Archéologique de la Gaule  est différente : les volumes sont un pré-inventaire organisé par département, par communes et par lieux-dits et précédé de quelques synthèses qui font généralement le point sur la Protohistoire, l'époque romaine, les campagnes, les agglomérations secondaires, les productions, pour citer les thèmes les plus fréquents. Dans l'étude d'archéogéographie, au contraire, la matière est ordonnée de façon différente, ne tenant pas compte des limites administratives actuelles ni des périodisations historiques ou archéologiques. Alors que la carte s'intéresse exclusivement à l'Antiquité (800 av. - 800 ap. J.-C.), ne couvrant pas le Moyen Âge (seuls les premiers siècles le sont), l'étude d'archéogéographie se fonde sur un autre choix.

 

 

Que propose l'étude d'archéogéographie ?

 

L'étude porte successivement sur trois microrégions du département et fait à chaque fois le point sur ce que nous savons des dynamiques paysagères.

 

La principale contribution est la publication du matériel accumulé depuis trente ans par Gérard Chouquer sur la vallée des Tilles et de l'Ouche et qui aujourd'hui se traduit par des milliers de photographies aériennes, verticales et obliques, des cartes de compilation, des schémas d'interprétation des traces et des formes, et, enfin, des très récentes découvertes dues à la mise à disposition des couvertures satellitales (Google Earth, Bing Maps).  De Bressey-sur-Tille, Couternon et Rouvres-en-Plaine jusqu'aux Maillys et la Saône, sept secteurs sont cartographiés et étudiés. On dispose ainsi d'une cartographie exhaustive couvrant environ 15 000 hectares.

 

Les principaux apports de cette analyse sont la connaissance des formes locales anciennes d'organisation de l'espace, dont la majeure partie peut être rapportée à l'Âge du Fer et à l'époque romaine. Ensuite, l'étude permet d'apprécier les modalités de la transmission de ces formes dans le temps, pour comprendre comment se fait l'évolution qui conduit des premières planimétries aux planimétries actuelles. 

 

 

La page 222 du volume

Parmi les suggestions que l'étude propose, il faut relever le type de l'agglomération d'enclos, qui comble un vide de la typologie, puisque les formes groupées de l'habitat de l'Âge du fer et de l'époque romaine (ce qu'on ne peut pas appeler village, parce que nous mettons dans ce mot une image médiévale et moderne assez précise) étaient plus ou moins bien caractérisées par des notions comme la ferme gauloise (ou “indigène”), la villa, l'agglomération secondaire de type urbain, mais ignoraient les formes du groupement en zone rurale. Justement, dans les apports de l'étude, on ne manquera pas de relever le petit nombre de ce qu'il est convenu d'appeler villae romaines. Par exemple, dans le Val des Tilles, seules deux  villae sont connues, alors que les habitats à enclos, isolés ou groupés, dominent largement avec des dizaines et des dizaines d'exemples. On a donc ici un schéma typologique et une répartition microrégionale qui attirent l'attention sur l'imprécision des synthèses. 

 

Un exemple d'agglomération d'enclos sur l'actuelle commune des Maillys. Ce gisement correspond à un habitat de l'Âge du Fer et de l'époque romaine. Il est situé dans un paléochenal de la Tille.

 

 

 

Une autre étude porte sur l'évaluation critique de la centuriation dite de Mirebeau. Gérard Chouquer revient sur l'hypothèse qu'il avait présentée il y a plus de vingt-cinq ans, et tente de l'évaluer à la lumière du renouveau des connaissances sur ce sujet délicat. L'étude permet de mesurer combien il est difficile de franchir le pas entre les présomptions d'existence d'une centuriation  — présomptions tout à fait fondées dans le cas de la région située entre Dijon et Mirebeau, et dont les évidences sont cartographiées — et la certitude de son emploi dans l'espace considéré, alors qu'aucun document littéraire ou épigraphique n'en parle. 

 

Enfin, une troisième étude porte sur la dynamique des formes planimétriques de la commune de Saint-Martin-du-Mont, commune où Jean-Louis Maigrot développe un programme permanent d'archéogéographie et d'archéologie médiévale et moderne (lire ici même :  Archéogéographie du finage de Saint-Martin-du-Mont par Jean-Louis Maigrot). Dans le volume de la Carte Archéologique de la Gaule, GC rassemble la documentation planimétrique et suggère quelques pistes pour sa lecture.

 

Une synthèse finale propose des développements sur la typologie des formes agraires, sur la transmission probable des oppositions microrégionales majeures de l'Antiquité au Moyen Âge, sur les rapports mouvants entre les faits géopédologiques et les faits planimétriques, et plus globalement encore sur les dynamiques de long terme.

 

 

Typologie et répartition de l'habitat antique dans la vallée des Tilles et la paléovallée de l'Ouche. La forme par enclos domine largement.

Accès privé