LA FRAGMENTATION DES TERRITOIRES,

HIER ET AUJOURD'HUI

 

 

 

 

Afin de ne pas risquer de réduire l'étude des territoires à la seule modélisation autosimilaire, celle des espaces régulièrement emboîtés, il paraît intéressant de relever quelques exemples historiques de territoires fragmentés et interpénétrés. C'est, bien entendu, en associant les deux dimensions qu'on peut espérer avancer dans la connaissane des réalités anciennes : dire la part de régularité et de hiérarchie ordonnée d'une part ; dire la part de fragmentation et de contradiction des espaces d'autre part.

 

 

L'Attique après la réforme de Clisthène

(document Gérard Chouquer d'après Pierre Lévêque et Pierre Vidal-Naquet)

 

Le premier exemple illustre la  géographie de l'Attique à la suite de la réforme de Clisthène l'Athénien. Par la répartition de la population en trois zones, dix tribus et une soixntaine de dèmes, la réforme réalise une réorganisation à base de regroupements discontinus et de fragmentation territoriale qui s'apparente à une espèce de "gerrymandering" civique.


 

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Essai de modélisation des territoires antiques d'après le cas d'Orange (France, Vaucluse)

(document Gérard Chouquer)

 

Assez librement inspiré de l'exemple de la colonie romaine d'Orange, en Narbonnaise, ce schéma suggère que l'assignation de terres à des colons provoque une réelle fragmentation des espaces. La raison est que sa logique n'est pas la même que celle de la constitution d'un territoire de cité, regroupé autour de son chef-lieu. L'assignation, qui peut avoir lieu avant même la naissance de la colonie, répond à d'autres raisons : rapport belliqueux ou pacifique avec les populations locales selon leur comportement pendant la guerre de conquête ; volonté de briser des confédérations de peuples indigènes ; disponibilité de terres cultivables destinées à l'assignation ; etc. La souplesse d'un plan d'assignation peut être très grande, au point de répartir les colons de façon que nous jugeons invraisemblable quand ils sont loins de leur centre civique, dispersés dans le territoire d'un oppidum ou d'un municipe éloignés, voire rapprochés d'une autre colonie romaine (certains colons d'Orange étant installés très près d'Arles). La continuité territoriale ne joue pas forcément et il n'y a aucune identification de principe à chercher entre la division quadrillée et l'espace civique.

 

 

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Éclatement du terrritoire antique de Bénévent (Italie méridionale)

(document Michel Tarpin)

 

Cet exemple, emprunté à Michel Tarpin et et légèrement adapté, résume la situation de Bénévent en Italie méridionale. Cette cité présente un cas documenté assez exemplaire, qui se situe au même niveau de complexité que d'autres cités aux réalités territoriales éclatées par la colonisation : Orange en Narbonnaise, Merida en Lusitanie, Valence en Tarraconnaise.

Le schéma montre que la formation de l'espace antique bénéventin passe par la juxtaposition de réalités qui ne "fonctionnent" pas au même niveau et s'interpénètrent : pagus, fines, pertica, territorium.

 

 

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Les réseaux domaniaux royaux dans le nord du Gâtinais (France, Seine-et-Marne) au début du XIVe s.

(document Gérard Chouquer)

 

Avec cet exemple médiéval, il s'agit d'attirer l'attention sur l'aspect non homogène de la formation des prévôtés et châtellenies, qui sont des outils pour l'administration des domaines royaux. Diverses logiques à l'œuvre expliquent que les ressorts de ces sièges de l'administration ne forment pas un pavage cohérent, et que les réseaux dont ils sont constitués entrent en intersection avec d'autres réalités territoriales, provoquant une fragmentation évidente.

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Modélisation du territoire de Beauchalot (France, Haute-Garonne) au XIVe s.

(document Cédric Lavigne)

 

Ce schéma, qui n'est pas à lire comme une carte, modélise les différentes réalités qui composent le territoire de Beauchalot. Le fait qu'on soit en présence d'une fondation liée à une entreprise de colonisation (avec lotissement de terres) ne provoque pas une simplification des interférences entre les diverses réalités. Comme dans l'Antiquité, l'assignation perturbe des situations déjà fortement marquées par des héritages entrecroisés et complique l'ensemble. 

 

 

 

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La fragmentation de la Cisjordanie Palestienne

(document dessiné d'après les cartes des ONG et de B'Tselem, Jerusalem)

 

Ce document attire l'attention sur l'effet de fragmentation que provoque la forme prise par la colonisation israélienne en territoire palestinien cisjordanien. La zonation (A/B/C), les corridors et les fondations coloniales désintègrent l'espace palestinien.

 

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Bibliographie

 

Cédric LAVIGNE, Essai sur la planification agraire au Moyen Âge, Ausonius, Bordeaux 2002.

Pierre LÉVÊQUE, Clisthène l'Athénien : Essai sur la représentation de l'espace et du temps dans la pensée politique grecque de la fin du VIe siècle à la mort de Platon, Macula, coll. « Deucalion », 1983.

Pierre LÉVÊQUE et Pierre VIDAL-NAQUET, Clisthène l'Athénien, Annales Littéraires de l'Université de Besançon, Les Belles Lettres, Paris, 1964, 163 p.

"Palestine", dossier préparé par Bernard BOTIVEAU et Édouard CONTE, dans Etudes Rurales, janvier-juin 2005, n° 173-174.

Michel TARPIN, Vici et pagi dans l'Occident romain, collection de l'École française de Rome, n° 299, Rome 2002, 488 p.

 

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