COMPÉTITION DE FORMES PLANIMÉTRIQUES

DANS LES SOCIÉTÉS PRÉ-ROMAINES EN GAULE

 

Exemples issus de fouilles en archéologie préventive

 

 

 

Les plans réunis dans cette fiche illustrent un phénomène fréquemment observé dans les fouilles d'archéologie préventive en France du Nord. Il s'agit de la présence de formes planimétriques dont le dessin et les orientations se contrarient, et qui se trouvent le plus souvent regroupées dans le dernier Âge du Fer (La Tène) et les deux ou trois premiers siècles de notre ère. Cette émergence s'accompagne généralement d'un vide de l'information concernant les périodes plus hautes et plus basses, ce qui surprend beaucoup.

S'il y a lieu de s'interroger sur les vides, qui peuvent être dus à une absence volontaire à d'autres formes de matérialisation que le fossé creusé, mais aussi à une disparition de l'information par érosion, le phénomène d'empilement de formes à la fin de la protohistoire est très net et appelle commentaire.

 

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Dans le premier plan, à Guérande (France, Loire Atlantique), une fouille de Christophe Devals met en évidence une structuration de l'espace au premier et au début du second âge du Fer, orientation qui se développe à La Tène moyenne ; puis une restructuration de l'espace à la Tène finale avec une nouvelle orientation ; enfin un développement avec changement partiel d'orientation au IIe-IIIe s. apr. J.-C. Quatre phases et trois orientations principales pour un même site d'emprise limitée, en quelques siècles.

 

 

 

 

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Le second plan concerne une fouille de Pascal Quérel particulièrement étendue et riche d'informations, à Villeneuve d'Ascq dans la périphérie de Lille (France, Nord). Ici, selon un schéma comparable à celui qui vient d'être décrit pour Guérande, trois phases et deux orientations majeures s'interpénètrent sur le site. La chronologie est plus resserrée, de la Tène finale au Haut-Empire. Les changements de morphologie ont donc été rapides, témoignant de tâtonnements et de réorganisations assez nets.

 

 

 

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Les deux plans suivants (fouille V. Carpentier, H. Lepaumier et C. Marigny) restituent la planimétrie fouillée sur le site du Long Buisson à Évreux (France, Eure). Le premier rassemble et résume les données issues de la fouille et de la cartographie des archéologues. L'occupation, qui est ici très ancienne, ne produit cependant pas de fossés planimétriques jusqu'au second âge du Fer. Ce qui veut dire qu'autour des habitats du Néolithique et du Bronze-final/premier âge du Fer, les fouilleurs n'ont pas rencontré de fossés ou fonds de fossés qui indiqueraient que des limites parcellaires aient pu être présentes et matérialisées par des drains (mais elles ont pu exister et être matérialisées autrement, de façon plus aérienne, par des clôtures légères, par exemple).

Ce n'est qu'au second âge du Fer que la planimétrie se développe, avec un chemin bordé de fossés, une ferme et des limites fossoyées dessinant des parcelles ou des enclos. Pendant le Haut-Empire, le parcellaire s'étend et la ferme se déplace un peu en changeant de forme. Elle adopte désormais un dessin rectiligne.

Les occupations ultérieures, celles de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, ne sont pas réorganisatrices de la planimétrie du site. Ensuite, comme dans d'autres fouilles, il n'y a plus d'informations de cette nature.

 

 

Dans le plan suivant, qui est de notre initiative, l'objectif est de comprendre comment se forme la trame viaire et parcellaire, celle qui se transmet de l'Antiquité au haut Moyen Âge.  On voit que la trame "verte" du plan précédent régularise la forme en réunissant en une trame de morphologie unique et évolutive des orientations au départ éloignées. Il y a donc réduction de la diversité et de la compétitivité initiales au profit d'une planimétrie qui tend vers l'intégration et l'uniformisation des tracés.

C'est cette forme régularisée et généralisée à l'espace local qui devient la base de la transmission. On comprend que le résultat d'une fouille puisse aboutir à des constats totalement différents à 50 ou 100 m près. Ici, la fouille pourrait constater la discordance entre la limite antique fouillée et le parcellaire moderne et contemporain. Moins de 50 m plus loin, l'observation pourrait, au contraire, relever la parenté d'orientation, voire la reprise au même emplacement d'une limite antique dans une limite moderne. Cette observation renvoit à la notion d'asynchronie des faits locaux.


 

Bibliographie

 

Carpentier, V., Lepaumier, H., Marcigny, C. — 2004, L'évolution d'un terroir du Néolithique au Moyen Âge à Évreux (Eure), dans Archéopages 14, novembre 2004, p. 24-33.

Chouquer, G. — 2006, La question de l'émergence et de la mobilité de la planimétrie rurale à l'Âge du Fer. Approches comparées en Gaule et en Italie, Les Nouvelles de l'Archéologie, n° 104-105, 2°-3° trimestres 2006, p. 72-79.

Devals, Chr. — 2004, Guérande, un site remarquable en haute Bretagne (Loire Atlantique), dans Archéopages 13, juillet 2004, p. 6-17.

Quérel, P. — 2003 Le parc scientifique de la Haute Borne à Villeneuve-d'Ascq (Nord), dans Archéopages 9, 2003, p. 6-11.

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