Elisabeth ZADORA-RIO (dir),

Des paroisses de Touraine aux communes d’Indre-et-Loire

La formation des territoires

34e supplément à la Revue Archéologique du Centre de la France

FERACF, Tour 2008, 304 p.

 

 

 

 

 

 

PRÉSENTATION

 

Cet ouvrage tente de comprendre les modalités de formation, de transformation et de fossilisation administrative des unités de base du maillage territorial, les paroisses et les communes. Contrairement à une idée longtemps admise, la création des territoires paroissiaux ne remonte pas à la fondation des premières églises rurales. Leur mise en place ne résulte pas d’un plan pré-établi mais de la coalescence progressive d’une multitude de cellules individuelles qui ont fini par constituer un tissu continu auto-organisé. Quels sont  les processus qui leur ont donné forme et les ont inscrits durablement dans le sol ? À quelle époque leurs limites ont-elles été fixées ? Quel a été leur degré de pérennité, de la paroisse médiévale à la commune actuelle ?

La Touraine, qui bénéficie, grâce au témoignage de Grégoire de Tours au VIe siècle, d’une documentation sans équivalent dans tout l’Occident pour cete époque, constitue un terrain privilégié pour une étude des territoires locaux dans la longue durée.

(texte de la 4e de couverture)

 

 

LE SOMMAIRE DU LIVRE

 

Sommaire détaillé :

http://citeres.univ-tours.fr/doc/lat/LesParoisses.pdf

 

 

Introduction (EZR)

 

LES LIEUX DE CULTE (EZR)

 

La mise en place du maillage ecclésial (IVe-XIIe s.)

Le réseau ecclésial à la fin du Moyen Âge et dans les temps modernes

Vocables et reliques

 

HABITAT ET TERRITOIRES (EZR)

 

Le système de peuplement

Territoires et limites

 

DES COMMUNES DE LA RÉVOLUTION AUX COMMUNES ACTUELLES (JMG)

 

Délimitation des communes et origine du cadasre : aspects législatifs et réglementaires

La reconstitution des limites communales de 1790 : méthodes et sources

Les transformations des limites communales entre 1790 et 2000

 

MORPHOLOGIE COMMUNALE ET MODÉLISATION DES DYNAMIQUES TERRITORIALES (EB, DB, PC, XR, EZR)

 

Perspectives historiographiques et méthodologiques (EZR)

Limites de communes et réseau hydrographique (EB)

Pédologie et potentiel agricole (DB)

Les territoires paroissiaux et communaux : approche quantitative (PC)

Modélisation des territoires paroissiaux et communaux (XR)

Dynamiques morphologiques et échelles d’analyse des territoires (PC, XR, EZR)

 

Conclusion générale (EZR)

 

Summary

Sources et abréviations

Bibliographie

Listes et index

 

 

LES AUTEURS

 

Éric BLIN, géographe, maître de conférences à l’Université de Tours

Dominique BOUTIN, pédologue à la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire

Pascal CHAREILLE, PRAG en statistiques à l’Université de Tours

Jean-Michel GORRY, historien moderniste, professeur honoraire

Xavier RODIER, archéologue, ingénieur de recherches au CNRS

Corinne RUPIN-SCHEID, cartographe au CNRS

Elisabeth ZADORA-RIO, archéologue, directrice de recherches au CNRS

 

 

COMMENTAIRE

 

La publication des résultats de ce programme de recherches sous la forme d’un livre collectif est une très heureuse initiative, attendue depuis quelque temps, et qui concerne un des thèmes les plus délicats de la géographie historique, notamment « à la française » : la question de la formation des plus petites unités territoriales de l’administration française et de la filiation supposée entre les anciens domaines antiques, les paroisses médiévales et les communes modernes et contemporaines.

Consacré à la zone qui formera le département d’Indre-et-Loire lors de la Révolution (car il faut bien déterminer arbitrairement un cadre d’analyse et celui-ci en est un parmi d’autres, proche d’ailleurs de l’ancien diocèse de Tours comme l’indique la figure 1 du livre) l’étude évoque, dans une première partie de type documentaire (parties I à III du livre), des sujets forts différents entre eux et dont un aperçu n’est pas inutile :

- le plus ancien maillage ecclésial connu et sa terminologie (parochia, ecclesia, oratorium) ;

- le réseau des églises médiévales et modernes de la fin du XIIIe au XVIIIe s. ;

- la géographie des vocables dont la localisation quelquefois en « grappe » (fig. 20) est une particularité déjà repérée dans d’autres zones ;

- la confrontation du concept d’inecclesiamento (récemment installé par Michel Lauwers) avec les données recueillies pour la zone d’étude ;

- l’étude des termes désignant l’habitat entre les VIe et XIIe s. : vicus, castrum, villa, condita, vicaria, burgum ;

- la formation des territoires paroissiaux, avec, au passage, une étude de la pratique originale des « tournants et virants », lorsqu’il ne semble pas possible de discriminer précisément des territoires voisins et que leur gestion tourne de l’un à l’autre ;

- une étude des effets des lois sur le cadastre au début du XIXe s. sur la délimitation des communes ;

- la transformation des limites communales entre 1790 et 2000, partie dans laquelle sont notamment étudiées les enclaves.

 

Ensuite, dans une partie plus thématique et qui met en œuvre certains croisements de documentations, le livre aborde vraiment le sujet : tenter une analyse morphologique du pavage territorial communal dans ses relations avec les faits oro-hydrographiques, pédologiques et avec les nombreux héritages dont la partie précédente a tenté de dessiner les contours. C’est ici qu’est discutée et relativisée la position des géographes historiens français d’abord, avec une critique du modèle régressif, ensuite de leurs collègues britanniques. Le but est de dégager des critères les plus morphologiques possibles, permettant d’échapper aux anciens déterminismes, pour atteindre une approche quantitative permettant de valider ou non les postulats. Ainsi en va-t-il de la dynamique interne des territoires communaux ; de la forme générale de l’enveloppe territoriale ; du degré de sinuosité des limites ; de la chronologie des centres paroissiaux (date de la première mention) ; des données agronomiques ; enfin de l’influence du réseau hydrographique. Ces paramètres dessinent, on l’aura compris, les entrées d’un système d’information géographique.

En conclusion l’étude révèle plusieurs phénomènes majeurs. Le premier est la formation auto-organisée de ces territoires, dans une espèce de fabrique qui part du pôle ecclésial et qui s’étend progressivement de façon radiale, tout en agrégeant des cellules individuelles « qui, après s’être multipliées, subdivisées, concurrencées, ont fini par constituer un tissu continu auto-organisé » (p. 268). La seconde est la cospatialité des ces territoires évolutifs longtemps irréductibles à un seul et unique territoire aux limites franches. Il s’agit d’une « superposition de couches spatiales aux contours variables, polarisées par l’église ». Cette cospatialité (le terme vient de Jacques Lévy) est apparue comme un effet non pas de l’absence de limites mais comme un effet de leur surabondance. Enfin, vient le moment où l’on passe de la cospatialité à l’interface à limites nettes, lorsque le territoire communal se fixe et que la définition identitaire des communes à l’époque de la Révolution accentue le cloisonnement communautaire.

 

Voilà un livre de plus pour démontrer la nécessité qu’il y a de reprendre, aujourd’hui, les thématiques de la géographie historique sur de nouvelles bases. En refusant de faire un récit linéaire, ce qu’aurait été une histoire de la paroisse, mais en étudiant l’inscription de celle-ci dans l’espace, et en pratiquant une analyse morphologique des territoires modernes et contemporains, ce livre fait la même chose que ce que d’autres entreprises archéogéographiques ont également engagé plus ou moins récemment. Il n’hésite pas à affronter la situation de discontinuité documentaire qui caractérise les faits spatiaux étudiés dans la longue durée et à rompre, également, avec l’exclusivité de la période ou pire encore avec la pérennité diachronique qui caractérisait les études anciennes. En prenant le fait par les deux bouts (la fin de l’Antiquité et la situation contemporaine) alors qu’on ne peut pas élaborer un récit continu qui irait de l’un à l’autre, ce livre est ainsi étrangement parallèle au livre précurseur paru dix ans plus tôt et issu du programme Archaeomedes, Des oppida aux métropoles, dans sa façon d’affronter ces différentes discontinuités, et jusque dans l’emploi du même vocabulaire et des mêmes concepts : auto-organisation, bifurcation.

On ne peut que se féliciter qu’E. Zadora-Rio soit finalement venue sur ce terrain après l’avoir fermement critiqué jadis (voir le lien en fin de texte).

« Ces questions, écrit-elle en introduction (p. 13), s’inscrivent à la fois dans les perspectives de l’archéologie des paysages et dans le cadre des recherches sur les systèmes spatiaux des sociétés du passé. » Or, d’archéologie, il n’y en a pas, de l’aveu même de la coordinatrice du volume (p. 15) et de paysages encore moins, sauf à tout appeler paysage, comme le faisaient les géographes vidaliens descriptifs. Quel intérêt, finalement, y a-t-il à inscrire un contenu réellement nouveau dans une boîte sans corps, la dite « archéologie du paysage », expression creuse, sans manuel, sans doctrine et toujours sans colonne vertébrale ? On a ici tout autre chose. Par son caractère déconstructeur et reconstructeur, par ses concepts, par son souci d’analyse morphologique, ce livre contribue à la définition d’une approche nouvelle qui émerge un peu partout et que porte et théorise l’archéogéographie. 

Mis à part ce trait de mollesse épistémologique, l’ouvrage est une réelle avancée sur un terrain difficile et qu’il fallait commencer à rénover. Ajoutons que sa présentation et sa cartographie sont très réussies.

 

http://www.archeogeographie.org/index.php?rub=bibli/ouvrages/livres/8

 

http://citeres.univ-tours.fr/doc/lat/pecada/F2_5.pdf

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