Les Rei agrariae

de Wilelm Van der Goes

(1674)

 

 

 

 

On a coutume de citer les éditions des textes gromatiques à partir de l'édition monumentale et de référence de Blume et Lachmann, datant de 1848. Mais des éditions antérieures ont existé, parmi lesquelles celle de Wilelm Van der Goes (Wilelmus Goesius), datant de 1674, présente de l'intérêt. C'est une des premières éditions intégrales du corpus des agrimensores romains (du moins compte tenu de la connaissances qu'on avait des manuscrits à l'époque), après l'editio princeps de Pierre Galland et Adrien Turnèbe en 1554.

L'édition de Goes vient d'être numérisée et mise à disposition sur Google books, ce qui donne désormais accès à un livre jusqu'ici rare et de diffusion très limitée.

 

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Fig. 1 - La page de titre du livre de Goes.

 

I - Le but de cette note est d'attirer l'attention sur cette édition. On y trouve différents textes gromatiques ainsi que le dessin d'assez nombreuses vignettes.

Goes (Goesius en latin), savant né en 1611 (Toneatto 1994, I, p. 74),  s'est intéressé à une vingtaine d'auteurs identifiés (dont deux qui n'existent pas !), à quelques textes d'auteurs non identifiés, et à des fragments des lois agraires.

 

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Fig. 2 - « Les noms des anciens auteurs contenus dans ce volume ».

 

 

Goes retient et édite, parmi les anciens auteurs :

- Siculus Flaccus (p. 1) :  c'est l'auteur gromatique bien connu, et que différents travaux récents ont tendance à dater du IVe s. apr. J.-C.

- Julius Frontinus  (p. 28) : c'est l'auteur de l'époque flavienne, celui qui a pu être à la tête de le première compilation de commentaires d'arpentage (voir Chouquer et Favory 2001)

- Aggenius Urbicus (p. 44 ; p. 50 ; p. 65) : c'est le commentateur tardif d'un auteur anonyme de l'époque flavienne que nous désignons par le nom de Pseudo-Agennius (voir Chouquer et Favory 2001)

- Simplicius (p. 76) : cet auteur n'existe pas. Déjà Blume, dans la première moitié du XIXe siècle, parlait du Pseudo-Simplicius. En fait, Goes a édité sous ce nom le texte d'Aggenius Urbicus.

- Hyginus (p. 150) : il s'agit de l'auteur qui est nommé Hygin Gromatique par les modernes.

- Hyginus (p. 203) : il s'agit cette fois d'Hygin tout court (De limitibus, p. 203)

- Innocentius (p. 220) : édition d'un texte extrait du Livre XII de cet auteur sur les ÒLettres et les notes du droitÓ (= Casae litterarum).

- Marcus Baro (p. 235 ; p. 239) : auteur inconnu ; il s'agit en fait d'un autre fragment des Casae litterarum.

- Latinus (p. 302 ; p. 310), Gaius (305), Vitalis (306), Faustus et Valerius (306), Frontin (308), Latinus (p. 310). Ce sont des auctores du IVe s.

 

Entre les traités ou commentaires des auteurs sont intercalés divers textes et un album :

 

Les textes intitulés Nomina agrorum et Nomina limitum (p. 26).

Le liber diazographus (p. 90), album illustré.

Le libellus coloniis (p. 102) : c'est le Liber coloniarum de l'édition Lachmann.

Les Fragmenta terminalia, (p. 147), qui sont une version sensiblement différente des textes édités dans le recueil de 1848  aux pages 240-241 et 400-401 La.

Le Fragmentum agrarium : De limitibus (p. 215) : il s'agit en fait du De limitibus de Frontin.

Les Ordines finitionum ex diversis auctoribus (p. 247). Textes de Vitalis et Arcadius (p. 249), Cajus (Gaius) et Théodose (p. 252), Latinus et Mysrontius (p. 254), Mago et Vegoia (p. 255 ; 258), Arcadius (p. 259), Vitalis (p. 260), Faustus et Valerius (p. 261), et, à partir de la page 263 : Ratio limitum regundorum, Expositio podismi, De mensuratione jugeri, Expositio limitum vel terminorum, plusieurs Expositiones terminorum, etc.

Le De marginibus terrae (p. 273) ; le De vallibus ; le De paludibus.

Ensuite, p. 278, Expositio literarum finalium.

Le Varatio fluminis (p. 285).

Autres textes divers (p. 290) : De finibus agrorum ; De mensuris agrorum ; De agris : ex libris Dolabellae (p. 293) ;

Le De iugeribus metiundis (p. 311).

Les prolegomena du Livre I d'Euclide (p. 316).

Le De mensuris (p. 320).

 

Suvient des extraits de lois agraires.

- Lex thoria (p. 329 et p. 336)

- Lex Mamilia, Roscia, Peducia, Aliena, Fabia (p. 339)

- Des constitutions impériales tardives (p. 340)

- la loi sur les tombeaux de Tibère (p. 346)

- la Lex Licinia (p. 348)

- la Lex Sempronia (p. 349)

- la Lex Iulia (p. 350)

- Agrariae Caesaris Augusti quaedam (p. 352)

- chapitres de lois agraires au nom inconnu (p. 353)

- extrait de la rogatio de Servilius Rullus (p. 354).

 

Un important index thématique et un index géographique (non paginés) suivent cet ensemble.

 

Cette édition souffre d'une absence d'apparat critique, et on ne sait jamais à quel manuscrit se réfère l'auteur.

Bien entendu, cette édition ne doit pas être utilisée telle quelle, sans au minimum une comparaison avec les éditions ultérieures : elle comporte trop d'approximations, d'attributions erronées, et de problèmes dans l'établissement du texte.

En revanche, un des intérêts de cette ancienne édition est son illustration. Goes reproduit des vignettes des manuscrits, redessinées. Là encore, il est intéressant de les comparer avec les éditions ultérieures et les reproductions, notamment photographiques, de manuscrits qui ont été publiées en grand nombre dans des ouvrages récents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fig. 3 et 4 - Deux pages illustrées de l'édition de Goes, p. 98 (liber diazographus) à gauche et p. 180 (deux figures illustrant le texte d'Hygin Gromatique), à droite.

 

II - La seconde partie de cette édition de 1674 comporte un commentaire en latin de Wilelm Van der Goes lui-même, intitulé Antiquitates agrarium, Liber Singularis. La pagination de ce livre va de 1 à  122, et les notes de Goes occupent les pages123 à 203.

Ce texte est suivi des abondantes Observationes et notae de Nicolas Rigault (Rigaltius), p. 209.

 

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Fig. 5 - Un exemple des schémas créés par Goes: page 93 du commentaire, un dessin explicatif du système de bornage.

 

On notera également que Goes semble être à l'origine du schéma didactique, souvent repris et adapté, qui montre un territoire colonial romain type, divisé par la centuriation.

 

Fig. 6 - Un territoire colonial type (p. 121 du commentaire de Goes).

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

http://books.google.fr/books?id=udYPAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

 

On lira une présentation récente de Jean Peyras, qui offre l'intérêt de traduire plusieurs pages de l'ouvrage.

Jean PEYRAS, « La res agraria : Notes d'historiographie, Willelmus Goesius et les études gromatiques », dans DHA, 371, 2011, p. 138-169.

 

Autres références

 

F. BLUME, K. LACHMANN et A. RUDORFF, Die Schriften der ršmischen Feldmesser, I, Texte und Zeichnungen, Berlin 1848 [réimpression ed. Georg Olms Hildeshein 1967], 416 p. + 39 pl.

 

Brian CAMPBELL, The Writings of the Roman land surveyors. Introduction, text, translation and commentary, Society for the Promotion of Roman Studies, 2000, 570 p., VI pl.

 

Maria José CASTILLO PASCUAL, Hyginus et Siculus Flaccus. Opuscula Agrimensorum Veterum, trad. et commentaires, Universidad de La Rioja, Servicio de Publicaciones, Logro–o 1998, 178 p.

 

Gérard CHOUQUER et Franois FAVORY, L'arpentage romain, Histoire des textes, Droit, Techniques, ed. Errance, Paris 2001, 492 p.

 

Gérard CHOUQUER, La terre dans le monde romain, anthropologie, droit, géographie, ed. Errance, Paris 2010.

 

Gérard CHOUQUER, Les questions foncières, cadastrales et fiscales dans l'Antiquité tardive, à para”tre.

 

Jean-Yves GUILLAUMIN, Les Arpenteurs romains, vol. 1 : Hygin le Gromatique. Frontin, introduction, texte, traduction et notes, Paris, Les Belles Lettres, CUF, 2005.

 

Jean-Yves GUILLAUMIN, Les Arpenteurs romains, vol. 2 : Hygin. Siculus Flaccus, introduction, texte, traduction et notes, Paris, Les Belles Lettres, CUF, 2010.

 

Antonio GONZALES, Jean-Yves GUILLAUMIN (ed.), Autour des Libri coloniarum. Colonisation et colonies dans le monde romain, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2006.

 

Stefano del LUNGO, La pratica agrimensoria nella tarda antichità e nell'alto medioevo, coll. Testi, Studi, Strumenti n¡ 17, Centro Italiano di Studi sull'Alto Medioevo, Spoleto 2004, 828 p.

 

Jean PEYRAS, Arpentage et administration publique à la fin de l'Antiquité. Les écrits des hauts fonctionnaires équestres, Besanon 2008, 116 p.

 

Carl THULIN, Corpus Agrimensorum Romanorum, Opuscula agrimensorum veterum, coll. Teubner, Leipzig 1913 [rééd. 1971].

 

Lucio TONEATTO, Codices artis mensoriae. I manoscritti degli antichi opuscoli latini d'agrimensura (V-XIX sec), Spoleto 1994, 3 tomes.

 

 

 

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