UNE ÉNIGME :

LA “BORNE DE CANTABRIE”

 

 

 

« En 1980, un bloc bifrons de 85 cm dans sa plus grande hauteur sur 65 cm dans sa plus grande largeur, portant une inscription latine sur chacune des deux faces principales, avait été fugitivement aperçu par Ramón Teja à Puente Arce, localité située à dix kilomètres de Santander, chez un brocanteur de bord de route – il serait exagéré de le qualifier de « marchand d’antiquités » –, où elle figurait comme un article inhabituel. C’est apparemment une deuxième visite de R. Teja, accompagné cette fois d’un collègue photographe, qui éveilla l’inquiétude du commerçant. À la troisième visite, qui avait pour but l’acquisition de la pierre par l’Université de Santander, l’objet avait disparu, et toute tentative de retrouver sa trace est par la suite restée vaine. Maigre consolation : les deux clichés photographiques d’excellente qualité permettent une lecture assurée du texte. En revanche, l’étude lithologique du support – un calcaire – aurait pu utilement orienter la détermination de la provenance, à défaut d’une indication précise du contexte, s’il s’agissait d’une fouille clandestine récente ou de la revente d’un objet détenu familialement. La suspicion du marchand constituait déjà, à elle seule, un gage d’authenticité de l’objet, peut-être même un indice de la proximité relative du lieu de provenance : en effet, le brocanteur tient son dépôt sur la route qui, de Santander à Burgos, passe à proximité de l’ancienne colonie romaine centuriée de Iuliobriga, fondée dans le bassin de réception de l’Èbre au revers méridional de la chaîne cantabrique, en relation avec un camp légionnaire voisin. Iuliobriga correspond à la localité actuelle de Retortillo (province de Santander). »

 

Ainsi commence, rappelée par Jean-Michel Carrié, l’histoire d’une énigme. La borne de Cantabrie est une pierre assez frustre, portant, disposées sur chaque face, deux inscriptions de lecture à peu près aisée, mais d’interprétation particulièrement difficile. Pour faire le point, Jean-Michel Carrié a provoqué la tenue d’une table-ronde à l’EHESS en mai 2000. Les travaux ont été publiés dans Histoire et Mesure, dans le volume XIX - n° 1-2, en 2004. Ils viennent d’être mis en accès libre et en texte intégral sur le site de la revue.

Les hypothèses en présence sont inconciliables et appellent la poursuite de la recherche. Mais elles attirent l’attention sur la complexité du matériel gromatique et de la recherche en général.

 

 

 

Jean-Michel Carrié

Introduction. Enjeux et défis d’une pierre errante

http://histoiremesure.revues.org/document793.html

 

 

Anne Roth Congès

La borne de Cantabrie : un lapis varatus ?

http://histoiremesure.revues.org/document795.html

 

Joachim Rubini

La borne de Cantabrie

http://histoiremesure.revues.org/document809.html

 

 

La face A de l’inscription. Cliché J. M. Iglesias Gil.

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