Rick BONNIE

 

Cadastres, Misconceptions & Northern Gaul

A Case study from the belgian Hesbaye Region

 

Sidestone Press, Leiden 2009, 144 p.

ISBN 978-90-8890-024-2  

 

 

 

 

 

 

 

Table des Matières (traduction)

 

Sommaire

Liste des illustrations

Abréviations

Remerciements

Cartes

 

1 - Introduction

 

2 – Cadre et Géographie physique

 

3 – Structure historique et archéologique

 

4  - L’étude des cadastres romains

 

5 – Orientation des terrasses (talus) et des sites

 

6 – Types de terres et distribution des sites

 

7 – Propriété de la terre et villas

 

8 – Conclusions

 

Notes

Bibliographie

Catalogue

 

 

L’auteur

 

Rick Bonnie est docteur de l’Université de Leiden depuis 2008. Sa thèse a été récompensée d’un prix par le Dutch Institute for Cultural Heritage et a été nommée pour le prix de thèse de l’Université de Leiden en 2007-2008.

 

 

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Commentaires

 

Dans cet ouvrage, dont le titre peut être traduit par « Cadastres, idées fausses et Gaule du Nord », l’auteur commence par rappeler toute une série de questions qui ont été ou sont encore le lot des chercheurs, pour dire combien les études archéologiques sur les cadastres romains ont souvent été optimistes, biaisées, et même non scientifiques.

Ensuite, il soutient que la région de Tongres a été le lieu d’implantation d’un tel type de cadastre. Joseph Mertens et F. Ulrix, chacun de leur côté, avaient jadis également formulé des hypothèses de centuriation.

 

Il y a plusieurs façons d’étudier un “cadastre romain”. Celle de l’auteur est de passer par l’archéologie et le traitement d’images de satellites afin d’étudier les relations entre les vestiges archéologiques et le milieu. Il liste 181 sites archéologiques ; consacre un chapitre à leur périodisation ; donne plusieurs exemples de l’évolution des bâtiments de telle ou telle villa. Ensuite, il analyse des terrasses et rideaux de culture et les traite, à partir d’une extraction automatique, comme un corpus de lignes autosuffisant dont il calcule automatiquement les orientations. Utilisant un code couleur comme légende il cartographie ces limites ce qui donne la carte suivante.

 

 

Cette carte est intitulée « Carte de distribution des terrasses / rideaux de culture » et elle a été obtenue par un tri coloré des segments de terrasses qui ont été au préalable entrés dans la base. Pour étayer sa base de données, il travaille aussi sur l’orientation des châteaux médiévaux et modernes, la distribution et l’orientation des églises. On comprend que l’hypothèse de l’auteur est la suivante : l’accumulation de données de même orientation mettra sur la voie du cadastre romain recherché. C’est le but du chapitre 6 que d’en faire la démonstration à l’aide de lois statistiques (« loi de corrélation des rangs de Spaerman », p. 59 ; « test de Kolmogorov-Smirnov », p. 64). Cette analyse lui permet de proposer une grille dont le module est carré, la mesure de 18 actus, et l’orientation de 50,625° (sic). 

Toujours avec l’approche archéologique, R. Bonnie parle de la propriété (« ownership ») de la terre et des villas et l’information qu’il mobilise, ce sont des éléments archéologiques tels que les armes rencontrées dans les tombes (pour prouver la présence de soldats vétérans) et des plans de villas. L’essentiel, cependant, est un raisonnement sur la taille du lot du vétéran, hors de toute réalité locale. Ayant posé l’hypothèse de centuries de 18 actus de côté, il spécule sur le fait de savoir si les 160 jugères de la centurie (sic, car 18 par 18 actus donnent 324 actus carrés soit 162 jugères) correspondaient au lot de chaque colon.

 

Il existe, selon moi, une autre façon de travailler qui serait de passer par l’analyse morphologique. Une reconstitution de grille centuriée demande la reconnaissance des vestiges éventuels de ladite grille dans la planimétrie, étape nécessaire bien que non suffisante. On réalise ce travail au moyen de plusieurs photo-interprétations, et d’une carte de compilation longue à élaborer mais qui fait entrer le chercheur dans la réalité des dynamiques planimétriques. Ensuite il faut discuter la viabilité de cette grille en observant si suffisamment de kardines et de decumani peuvent être appréhendés.

Mon avis est que l’information archéologique permet surtout de travailler directement sur l’économie agraire, sur les catégories sociales, sur les pratiques funéraires, etc, mais ni l’orientation des villae, et encore moins le contenu des sépultures ne renseignent (au moins directement) sur la mise en place d’une grille de limitation. Par ailleurs, le recours à des techniques de télédétection peut être trompeur. La méthodologie qui « traite » des images aériennes de façon automatique en décomposant les orientations parcellaires, peut aboutir à un émiettement de l’information qui est exactement le contraire de l’effet recherché, à savoir la mise en corrélation d’éléments susceptibles de donner une esquisse plausible de grille de centuriation.

 

Le petit livre de Rick Bonnie n’a donc pas fait la preuve de l’existence d’une centuriation en Hesbaye. Comme bien d’autres études du même genre (je renvoie à mes Actualités de la centuriation, interrogations autour de la méthodologie), il met en évidence le fait que ce n’est pas l’archéologie qu’il faut employer pour étudier les planimétries, mais l’analyse morphologique, qui est une technique géographique.

 

Souhaitons que l’auteur poursuive ses travaux et développe d’autres méthodologies mieux adaptées à son objet de recherches. Il a déjà accumulé beaucoup de matériaux préparatoires.

 

 

GC novembre 2010

 

 

 

 

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