Un arpenteur arlésien

de la fin du XIVe et du début du XVe s. :

Bertran Boysset

 

 

 

 

Une redécouverte dans les années 1980

 

En 1985, à l’occasion d’une exposition des Archives Municipales d’Arles, un catalogue faisait redécouvrir le personnage de Bertran Boysset, arpenteur arlésien bien connu en Provence, mais dont on avait un peu oublié le nom et l’œuvre partout ailleurs.

Grâce à la reproduction de nombreuses illustrations, on avait pu mesurer l’originalité et la fraicheur d’un manuscrit, celui de Carpentras, qui comporte deux traités de cet auteur : la science d’arpenter (destrar) et la science de borner (atermenar).

 

Bertran Boysset, un arlésien au Moyen Âge, catalogue d’exposition, Archives Municipales, Arles 1985, 63 p. et XVI planches.

 

Les pages 150v° et 151 du manuscrit de Carpentras. La page 150v° est reproduite sur la planche XV du catalogue de l’exposition de 1985.

 

Ce catalogue comporte différentes études sur le personnage de Bertran Boysset (par Louis Stouff) ; sur le rôle de l’illustration dans les manuscrits (par Jean Gauthier, aux pages 8-21 avec de nombreuses reproductions) ; sur les manuscrits (par Marie-Claude Leonelli) ; sur la graphie et la syntaxe de B. Boysset (par M. R. Bonnet) ; sur Arles au Moyen Âge (par Claude Sintès, Philippe Rigaud, Louis Stouff) ;

 

Prenant, en quelque sorte, le relais, l’Ecole nationale du Cadastre publiait en 1988 un fascicule éditant de façon sommaire mais néanmoins précieuse la traduction, par Magdeleine Motte, de « la science d’arpenter » de Bertran(d) Boysset, dont le texte avait été édité en 1926 par P. Pansier.

La siensa de destrar de Bertran Boysset (1350 ? - 1415) ou le savoir faire d’un arpenteur arlésien au XIVe s., trad. du provençal, notes et commentaires de Magdelaine Motte, Ecole Nationale du Cadastre, Toulouse 1988, IX + 47 p.

 

L’extrait ci-dessous donne le début de la traduction du 1er chapitre de la science d’arpenter.

 

Ier chapitre pour arpenter qui traite de “ou environ”

 

Sache le bien, destrador* et atermenador** : chaque fois que tu rencontreras et entendras des parties débattant au sujet d’un acte faisant mention d’une séterée, ou d’une quarterée, ou de 10 séterées, ou de 10 quarterées, ou environ, dis leur que cet “environ” est le seizième d’une séterée ou d’une quarterée.

Et s’il s’agissait de 10, 20, 30, 40 séterées, ou quarterées, ou de davantage, ou de moins, cependant ne retranche que le seizième d’une séterée, ou d’une quarterée, à condition que tu aies constaté avec pertinence que l’acte mentionne “tant de séterées - ou de quarterées - ou environ”.

[...]

(trad. M. Motte)

* destrador = arpenteur, celui qui utilise le destre.

* atermenador = arpenteur, celui qui pose les bornes.

 

 

Une présentation par Alain Guerreau

 

— Alain GUERREAU, « Remarques sur l’arpentage selon Bertran Boysset (Arles, vers 1400-1410) », dans Campagnes médiévales : l’homme et son espace, études offertes à Robert Fossier, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 87-102.

 

Cet article constitue une utile introduction à l’œuvre de Bertran Boysset. Il évoque successsivement : le personnage, le manuscrit, les garants des mesures et des limites, les unités de mesure de longueur et de surface, les objets mesurés, les règles générales à respecter, les instruments et leur manipulation, la méthode d’évaluation des surfaces, la précision.

Il pourra être intéressant de comparer les conclusions auxquelles parvient Alain Guerreau avec les analyses de Pierre Portet. Après avoir rappelé « l’indigence poignante de nos connaissances sur l’arpentage médiéval », A. Guerreau retient en effet cinq idées :

- un système de mesures qu’il qualifie de malcommode ;

- la siensa de destrar est un catalogue de recettes sans ordre apparent ;

- l’extrême pauvreté des outils géométriques dans le cadrfe d’une géoémtrie rudimentaire ;

- une méthode de mesure des surfaces qui domine les autres ;

- enfin le rapport entre le système des mesures et des bornes et les cadres ecclésiastiques.

 

 

Une thèse dans les années 1990, celle de Pierre Portet

 

L’œuvre de Bertran Boysset a constitué le sujet de thèse de Pierre Portet, chercheur au CNRS. Ce spécialiste de métrologie a choisi d’éditer et de commenter les deux traités de l’arpenteur, d’en publier les textes et les illustrations sur internet, et d’offrir un commentaire développé.

 

— Pierre Portet, Bertrand Boysset, la vie et les œuvres d’un arpenteur médiéval (v. 1355- v. 1416), manuscrit-université, 2 tomes, ed. Le Manuscrit, Paris 2005, 275 et 327 pages.

 

Il s’agit de la thèse de l’auteur, soutenue en 1995 à l'Université de Toulouse II Le Mirail sous la direction du professeur Pierre Bonnassié.

 

Cette thèse existe en version papier aux éditions Le Manuscrit, en deux volumes.

 

 

 

 

Mais son contenu est aussi accessible sur internet à l’adresse suivante : http://boysset.ifrance.com/boysset

 

L’étude de Pierre Portet dresse de l’arpenteur arlésien un portrait mitigé, qui relève à la fois la culture du personnage et ses archaïsmes. Voici un passage significatif de ce qu’il en dit en conclusion :

« La nouveauté des ouvrages de Bertrand vient en effet de sa qualité de praticien de la mesure. Alors qu'une grosse part de ce qui nous est parvenu sous le nom de "géométries pratiques" est fort éloigné de la réalité et ne peut se raccrocher à l'agrimensure que par des voies détournées lorsque par exemple des lettrés ont eu à gérer des domaines et partant à se livrer à des calculs de surface, les lignes écrites par Bertrand portent la marque de l'expérience de l'homme de terrain même si celui ci a dû certainement recomposer des sources italiennes pour produire sa géométrie. Là aussi, dans les villes de Toscane et d'ailleurs, les oeuvres avérées de praticiens de l'agrimensure sont rares et seul l'ouvrage d'Orbetano de Montepulciano paraît avoir été rédigé par un véritable mesureur de terrains. Pour transmettre au mieux ce qu'il savait, Bertrand n'a pas épargné sa peine. La structure des développements est bien charpentée et les recettes d'arpentages sont abondamment illustrées par des dessins naïfs et évocateurs qui nous font voir et entendre une multitude de scènes auxquelles l'auteur a sûrement participé.

Mais si Boysset se mobilise en multipliant les efforts pédagogiques, il se tient cependant à l'écart de tous les progrès qui parcourent l'expression mathématique de cette fin du Moyen Âge. Lorsqu'il compte, c'est à l'aide de chiffres romains et d'une abaque à jetons. A son époque, ce procédé est laissé de côté par les mathématiciens qui depuis le XIIIe siècle utilisent les chiffres arabes soit en les combinant sur la poussière et en effaçant les retenues comme le fait Jean de Sacrobosco dans son Algorisme , soit qui pratiquent leurs opérations sur le papier en notant les retenues. La façon de calculer de Bertrand constitue donc le premier archaïsme de sa manière de faire des mathématiques. Dans les formulations de calcul de surface, il est également possible de voir des procédés qui ne sont plus guère dans l'air du temps. Se servant d'un nombre très réduit de formules, il n'en propose le plus souvent qu'une seule pour chaque type de figure analysée, allant à l'encontre de bon nombre de traités qui donnent fréquement de multiples calculs pour connaître l'aire d'un même plan. En outre notre homme n'apprend que très tardivement l'existence d'un rapport entre le diamètre du cercle et sa circonférence et ce en le lisant dans un ouvrage de vulgarisation qui véhicule lui même une approximation très grossière du nombre pi = 3 alors que l'on utilisait plutôt celles de 3 1/7 ou de 22/7. Boysset produit donc une arithmétique et une géométrie qui sont fortement obsolètes par rapport à ce que savaient les scientifiques et les écoliers d'alors. Cela n'en est que plus captivant puiqu'il nous introduit ainsi au coeur même de l'" outillage mental " de ceux qui se livraient au calcul appliqué aux travaux des champs et à l'estimation de leurs potentialités. L'application de cette mathématique aux opérations d'agrimensure est bien effective dans le cas de Bertrand et son procès verbal de l'arpentage de Notre-Dame d'Amour témoigne de façon éclatante que l'on mesurait précisément lorsque la nécessité s'en faisait sentir. De même, la minutie avec laquelle furent réformées les mesures de longueur d'Arles montre-t-elle l'intérêt que prenait le pouvoir municipal à garantir une bonne précision des étalons en les faisant établir par des hommes de l'art et à en assurer la meilleure publicité en les affichant dans un lieu public.

Ce faisant, Boysset se place dans un courant de mesure que l'on ne peut capter qu'à l'examen des actes de la pratique avant la fin du XIIIe ou du XIVe siècle selon les régions que l'on observe et le développement qui s'y produit de l'élaboration des cadastres et livres d'estimes. J'ai indiqué qu'il était difficile de rattacher directement le genre "géométrie pratique" à une agrimensure effective mais les documents laissent voir très tôt, depuis le IXe siècle, et sur de vastes étendues - de l'Angleterre à la Catalogne en passant par la Bourgogne - des pratiques de mesure des champs et des préoccupations de précision qui n'ont rien à voir avec de fantaisistes approximations, même s'il faut pour les comprendre réviser nos modernes idées sur le sujet. S'il est pour le moment impossible d'en connaître l'importance par rapport à d'autres moyens d'évaluer la terre, on peut en revanche affirmer que la perception de la superficie existait bien là où furent produits les documents dont nous venons de parler. Les personnes qui mettaient en oeuvre de tels procédés sont fort peu connues, quelques mentions relevées au fil des lectures attestent de leur présence et c'est dans le milieu des gestionnaires de forêts royales aux méthodes d'une précoce efficacité que l'on rencontre les premiers officiers du roi en charge de la mesure de superficie.

Au contraire de ce que pensait Paul Zumthor, on pourrait finalement dire que l'apparition des cadastres n'a rien d'une redécouverte de l'arpentage au XIVe et au XVe siècle, elle s'appuie au contraire sur une technique bien vivante qui assied et permet l'introduction de nouvelles pratiques fiscales où la connaissance de la superficie n'est que le point de départ d'une évaluation plus élaborée du rapport de la terre. »

 

 

LE SITE INTERNET CONSACRÉ À BERTRAN BOYSSET

 

Le site que Pierre Portet a consacré à cet arpenteur est particulièrement intéressant. On y trouve le texte, les illustrations et des notes concernant le vocabulaire ou les notions employées par ce professionnel. On y trouve aussi diverses études complémentaires, qui ne sont pas toutes répertoriées ci-dessous, et qu’on aura intérêt à consulter.

Exemple : illustrations concernant les maisons d’Arles

 

ou les illustrations concernant les bornes imitant des colonnes antiques

 

 

La première partie du site concerne l’étude proprement dite :

 

Introduction

 

Sources

 

Bibliographie

 

Abréviations utilisées

 

Première partie

Biographie de Bertrand Boysset.

Ch. 1 : Bertrand Boysset l'homme et son milieu
Ch. 2 : Les loisirs d'un arlésien : Bertrand Boysset chroniqueur et écrivain
Ch. 3 : Bertrand Boysset, auteur technique

 

Deuxième partie

Etude de son oeuvre technique.

Ch. 1 : L'arpenteur sur le terrain
Ch. 2 : L'arpenteur et le calcul
Ch. 3 : Bertrand Boysset au travail
Ch. 4 : La place de la géométrie de Boysset dans la tradition géométrique et dans l'arpentage médiévaux : les savoirs livresques de l'arpentage
Ch. 4 (suite) : La place de la géométrie de Boysset dans la tradition géométrique et dans l'arpentage médiévaux : mesurer les champs au Moyen Âge
Ch. 5 :Le bornage

 

Troisième partie

Etude matérielle des traités d'arpentage et de bornage 


Ch. 1 : Le ms Carpentras 327, étude matérielle
Ch. 2 : Les ms Aix 123 et 124, description et étude


Conclusion

 

 

La seconde partie du site concerne la présentation des deux traités :

 

La science de l’arpentage (Carpentras, début du ms 327)

 

Table des matières détaillée de l’ouvrage

 

Texte et clichés des pages illustrées, notes et lexique

 

Le système métrologique d’Arles et sa réformation (contenant 8 illustrations)

 

Dialogue entre Dieu et l’arpenteur (12 pages illustrées)

 

Jésus à gauche, l’arpenteur et ses bornes à droite. F° 17v°-18.

 

La genèse des traités d'arpentage et de bornage racontée par Arnaud de Villeneuve (10 pages illustrées)

 

 

Traité d’arpentage, chapitres 1 à 22 (sans illustrations)

 

Traité d’arpentage, chapitres 23 à 35 (3 pages illustrées)

 

Traité d’arpentage, chapitres 36 à 46 (16 pages illustrées)

 

Méthode d’arpentage d’une terre. f° 58v°.

 

***

 

La science du bornage, Carpentras, ms 327, f° 106 à 315v°

 

Table des matières détaillée de l’ouvrage

 

Texte et clichés des pages illustrées, notes et lexique

 

Chapitres 1 à 10 (contenant 17 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 11 à 22 (contenant 7 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 23 à 29  (contenant 3 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 30 à 36  (contenant 5 pages illustrées du manuscrit)

 

Illustration du f° 112. Pose d’une borne et des agachons.

 

Chapitres 37 à 40  (contenant 10 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 41 à 44  (contenant 6 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 45 à 48  (contenant 6 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 49 à 51  (contenant 4 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 52 à 55  (contenant 6 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 56 à 60  (contenant 6 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 61 à 63  (contenant 2 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 64 à 66  (contenant 5 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 67 à 68  (contenant 4 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 69 à 71  (contenant 6 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 72 à 73  (contenant 2 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 74 à 75  (contenant 3 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 76 à 78  (contenant 5 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 79 à 81  (contenant 5 pages illustrées du manuscrit)

 

Arpentage et bornage de part et d’autre d’une rivière. f° 293v°.

 

 

Chapitres 82 à 84  (contenant 4 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 85 à 88  (contenant 3 pages illustrées du manuscrit)

 

Chapitres 89 à 91  (sans illustrations)

 

Pourquoi le terme et-il appelé terme ? (1 page illustrée)

 

Accès privé